Les jeudis

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Julien Lordinator et moi vous invitons à un nouveau rendez-vous mensuel qui symbolise un peu notre amour commun pour le genre horrifique, car malgré ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que les comics et les filles dans la vie.
L’idée est venue du cerveau complètement dérangé de mon poto Julien, grand amateur comme vous le savez de tout ce qui est bien dégueulasse, enfin non, je devrais le présenter autrement, de tout ce qui relève d’avoir un sens de l’esthétisme très prononcé, et qui a souhaité nous faire partager comme il sait si bien le faire son intérêt dans ce domaine avec toute la passion qu’on lui connait.
Le comics horrifique est un genre méconnu que nous affectionnons beaucoup, c’est pour cette raison que nous avons décidé de lui consacrer cette nouvelle rubrique, nous espérons qu’elle vous plaira et qu’elle vous fera découvrir de bien belles merveilles.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #39

Mars Attacks Partie II : Les comics

« Mars needs women
Angry red women
Mars needs women
Angry red women »

Rob Zombie – Mars Needs Women, extrait de l’album Hellbilly Deluxe Vol.2 (2010) (1)

La période Topps Comics

Dés 1994, Topps va se lancer dans les comics et va bien entendu adapter sa licence phare, malgré le fait qu’un précédent peu glorieux ait eu lieu quelques années plus tôt.

C’est en effet en 1988 qu’est publié la première série de comics Mars Attacks, c’est le petit éditeur Pocket Comics qui s’en charge et l’entreprise est très ambitieuse : Il s’agit en fait de publier un mini comic relatant l’histoire originale au travers de 55 numéros, développant peu ou prou les images des cartes originales, la couverture de chaque numéro étant l’image de la carte originale. De plus, le mode de diffusion est calqué sur celui des cartes originales, à savoir que chaque numéro du comic en question sera distribué dans une petite pochette avec un chewing-gum. Une entreprise ambitieuse ? Certes, mais visiblement trop puisque l’initiative sera un échec cuisant, la série n’allant pas plus loin que le quatrième numéro.
Un numéro zéro, relatant l’histoire tragique d’un enfant fan de Mars Attacks kidnappé par les martiens est également produit, cette histoire est d’ailleurs dessinée par un jeune artiste débutant à l’époque, Greg Cappulo.

C’est vraiment dommage que cette initiative n’ai pas put aller plus loin que ces quelques numéros, l’ambiance des cartes originales était respectée et la partie graphique vraiment de toute beauté…

En 1994, Topps remet le couvert avec une mini-série en 5 numéros. Cette série est en fait constituée d’une mini-série ainsi que de plusieurs histoires courtes écrites par Len Brown et Dave Simons et dessinées par différents artistes.
A l’époque, le film de Tim Burton est encore à l’état de projet mais on parle de plus en plus de l’adaptation de cet univers culte pour toute une génération, il n’en faut pas plus à Topps pour exhumer cette licence et mettre sur les rails cette mini série. L’équipe aux commandes a de quoi laisser rêveur : Keith Giffen au scénario et Charlie Adlard aux dessins.

L’histoire détaille l’invasion de la Terre par les martiens de façon radicale et sans équivoque, la conclusion a d’ailleurs de quoi laisser pantois [SPOILER] : Les humains sont vaincus en un temps record, écrasés par des martiens sans pitié et la Terre séparée en deux parties : Une moitié contrôlée par les martiens, l’autre par les quelques humains encore en vie [FIN DU SPOILER].

Hormis la conclusion assez surprenante, la principale différence entre les cartes originelles et cette mini-série est le ton utilisé : Dans la série de cartes originales, même si l’horreur et les situations abjectes étaient régulières, l’ambiance y restait quand même assez décalée et gentiment rétro pour ne pas être réellement prise aux sérieux, ce n’est pas le cas dans cette mini-série : Du design des martiens (qui ont troqué leur faciès original pour des dents pointus et des yeux perçants) à l’aspect de la technologie martienne (plus futuriste que les soucoupes type années 50 de l’univers original), tout y est assurément plus sérieux, de même que les événements, montrés comme de véritables actes de guerre.

Très honnêtement, malgré le changement radical de look des martiens et le ton plus dur et froid de l’histoire, c’est une mini-série d’horreur-science fiction, je trouve, assez réussie, autant scénaristiquement que visuellement.
De base, Topps choisi de développer autour de sa licence quelque chose de sérieux et de mettre donc en branle un univers un peu similaire dans l’idée à celui de la série télévisé V : Un monde sous occupation dans lequel on va suivre le destin de quelques survivants.
Visiblement ce sera peine perdue puisque toute ces bonnes intentions tomberont à l’eau : La mini-série est un échec et Topps en restera là, pour le moment…

La suite des comics Mars Attacks sera en général de timides apparitions à gauche à droite : Ainsi le magazine Wizard consacre aux martiens un numéro ½ en 1996, ce numéro spécial est en fait une sorte de numéro charnière organisant et liant la mini-série de 1994 et les histoires courtes publiées en même temps (souvent décalé dans le temps, allant des années 50 aux années 90), ce numéro spécial, titré The Invasion Dossier est signé Dwight Jon Zimmerman au scénario et Claude St Aubin aux dessins et suit le calvaire d’une jeune militaire enlevée par les martiens.
En plus « d’harmoniser » les histoires précédentes dans une seule chronologie, cette histoire prépare de plus le terrain pour le crossover géant opposant les martiens aux personnages de la maison d’édition Image, mais je vais y revenir plus bas.
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Au chapitre des bizarreries, notons notamment Mars Attacks Base-ball, un one-shot publié en 1995 qui décrit un match de base-ball opposant humains et martiens : Si les humains jouent d’abord « propre », les martiens montrent très vite leur conception très personnelle du jeu et les humains doivent vite s’aligner sur la façon de jouer de leurs homologues extra-terrestres. C’est écrit une fois de plus par Dwight Jon Zimmerman et dessiné par Hugh Haynes.
Autre étrangeté publiée la même année, Mars Attacks : God Save The Queen, montrant le combat de… La Reine d’Angleterre et sa garde rapprochée pour échapper à l’invasion martienne. Cette histoire so british est signée Len Brown, Tom Sutton et Dave Simon sur une très jolie couverture de John Bolton.

Enfin, le magazine Mad consacrera aux martiens la couverture de son numéro 353.
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Un peu refroidi par leur première tentative, Topps attendra 1997 avant de relancer la machine Mars Attacks : En parallèle d’un crossover avec la toute jeune maison d’édition Image, une nouvelle mini-série en deux numéros est publiée : Nommée Mars Attacks High School, cette mini-série en noir et blanc décrit le quotidien d’une université dans la partie dirigée par les humains de la Terre post-invasion martienne : Les professeurs sont pour la plupart des hybrides martiens-humains issus des expériences martiennes. Parmi ces professeurs, on y rencontre une jeune femme ayant servi de cobaye aux expériences « douteuses » des martiens (elle a maintenant trois seins, diverses facultés surhumaines et des dents pointues), bien décidée à se venger de ses tortionnaires.
Cette mini-série et assez originale et continue sur l’idée de base de la mini-série de 1994 : A savoir montrer le quotidien des humains dans une société occupée par les martiens.
Aux commandes on retrouve la même équipe que sur le Invasion Dossier, à savoir Dwight Jon Zimmerman au scénario et Claude St Aubin aux dessins.

Cette mini-série sera malgré tout la dernière tentative de Topps de développer son univers Mars Attacks… En effet, en 1996 sort le film de Tim Burton et pour Topps c’est visiblement la douche froide : Bien loin de leur univers sombre de science-fiction hardboiled et violente, le film de Tim Burton se veut décalé, drôle et bon enfant. Topps met alors fin sans préavis à ses ambitions et va se caler sur l’univers créé par Tim Burton aux faveurs d’un crossover avec les créations de la toute jeune maison d’édition Image.

C’est donc en décembre 1996 que commence officiellement le crossover sobrement intitulé Mars Attacks Image. Ce crossover se déroule au travers de deux séries distinctes en quatre numéros, lancées conjointement : Mars Attacks The Savage Dragon, montrant les déboires de la création d’Erik Larsen face aux martiens et Mars Attacks Image, qui elle montre les réactions des autres personnages Image (Spawn, Gen13, Shadowhawk et même Witchblade) face à l’invasion des martiens sur leur Terre.

Encore une fois le projet est ambitieux mais très vite, à la lecture des deux séries, un problème se pose : Les deux crossovers bien que liés, montrent de (trop) grosses différences.
Dans le crossover mettant en scène Savage Dragon, les martiens ont leur apparence et attitude du film de Tim Burton, à savoir un style un peu cartoon et des attitudes souvent drôles et décalés, alors que dans le crossover opposant les martiens aux créations maison de Image ils ont… Leur look et attitude des comics Topps de 1994 !
Ce manque d’homogénéité est problématique puisque les deux crossovers sont liés : Dans celui de Savage Dragon, celui-ci est enlevé par les martiens et ramené sur Mars, on suit donc ses mésaventures sur la planète rouge, la contre-partie concernant les autres personnages Image se passe sur Terre, au même moment.

Je pense que la principale raison vient très certainement du fait que ces deux crossovers ont été réalisées par deux équipes créatives différentes qui n’ont dû manifestement pas beaucoup se concerter : Pour la partie Savage Dragon, c’est l’équipe en charge des séries Topps depuis quelques temps qui s’en charge, Dwight Jon Zimmerman au scénario et Claude St Aubin aux dessins tandis que pour la partie de l’univers Image, c’est Keith Giffen au scénario, Giffen qui (voir plus haut) en 1994 avait déjà chamboulé l’univers Mars Attacks en en écrivant une version plus mature et réaliste, aux cotés de Giffen on trouve Andy Smith et (surprise) un certain Bill Sienkiewicz aux dessins.
Là où Dwight Zimmerman a décidé de coller au style du film de Burton, Giffen lui par contre persiste et signe dans son optique plus sombre et mature…
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Ce crossover souffre clairement de ce manque d’homogénéité : Là où les deux séries auraient dû être complémentaires, à la lecture on a deux séries au ton et à l’ambiance totalement différentes et donc radicalement opposées. De plus si la partie consacrée à Savage Dragon se révèle assez agréable à lire, ce n’est pas le cas de la partie Image qui s’embourbe dans un scénario d’invasion et d’attaques simultanées cousu de fil blanc à la conclusion courue d’avance. De plus, on se retrouve avec un trop plein de personnages dont certains sont là uniquement pour faire de la figuration (Witchblade ou Spawn par exemple) l’essentiel de l’histoire reposant principalement sur les personnages de Stormwatch et Gen13.

Encore une occasion manquée de mettre Mars Attacks sous le feu des projecteurs, ce sera d’ailleurs la dernière avant un petit moment : En 1998, la maison d’édition Topps Comics met la clé sous la porte et nos chers martiens retournent donc dans les limbes de l’espace pour quelques années…

Il faudra attendre 2012 pour revoir nos affreux martiens dans un comic. Après la disparition du label comics de Topps, c’est donc IDW qui récupère la licence et les choses vont commencer à devenir un peu plus sérieuses.

La période IDW

2012 est donc l’année durant laquelle la licence Mars Attacks échoue entre les mains de l’éditeur IDW. Cela fait donc 15 ans que nos belliqueux martiens n’ont pas montré leurs faciès grimaçant dans un comic mais l’heure est à la fête puisque la fameuse collection de cartes fête ces 50 ans et étonnement, le film de Tim Burton s’est forgé une petite réputation de film culte pour la génération des années 90 et parmi les fans du réalisateur.

C’est donc en juin 2012 que commence une nouvelle mini-série mettant en scène nos « amis » originaire de la planète rouge : L’histoire est écrite par John Layman et est dessinée par John McCrea.
Cette mini-série comptera 10 numéros, séparés en deux parties distinctes : La première partie est consacrée au Général Zar, un martien balafré et de son passif aux mains des humains, Zar va alors développer une haine farouche pour les terriens et devenir un chaînon essentiel de la conquête de la Terre. En parallèle ont suit le destin de trois humains, enlevés à travers le temps par les martiens, et qui se retrouve à notre époque, combattant l’invasion martienne.

Dans la seconde partie, nous faisons la connaissance de Tommy Bailey, un jeune surdoué habitant une petite ville américaine du nom de Tortilla Flat. Après avoir construit une radio pour capter les ondes spatiales, Tommy découvre par hasard le plan d’invasion et de conquête de la Terre des martiens. Il essaye de prévenir les habitants de la petite ville mais personne ne le croit et il ne peut au final qu’assister impuissant à l’invasion martienne. Dans le même temps, une organisation secrète basée à Tortilla Flat met au point une arme capable d’anéantir les martiens, mais ceux-ci ont vent de cette arme et pour contrer toute tentative de contre-attaque des humains décident de purement et simplement geler la petite ville. C’est durant cet ère glaciaire imposée que débarque une bande de tueurs à gage, aux trousses de Ray le Rat, un traître recherché par le parrain de la mafia locale. Tommy, Ray et un martien renégat nommé Blyx vont s’allier un temps pour survivre, mais la nature humaine va vite ressurgir au travers des exactions de Ray qui va devenir l’un des éléments déclencheur de la défaite humaine…

John Layman décide donc de purement et simplement d’annuler les précédents comics pour repartir de zéro : Une idée plutôt bien vue, permettant ainsi à tout un chacun d’aborder l’univers des martiens sur un point de départ neutre de toute continuité.
L’histoire adopte un ton très en phase avec les cartes à collectionner originales (d’ailleurs la couverture du numéro un ne laisse aucune ambiguïté, reprenant en grand format la première carte de la collection), les martiens y sont montrés comme des êtres implacables et cruels, mais au travers des histoires des martiens Zar et Blyx, leur agressivité et leur détermination prend une toute autre signification.
Visuellement, John McCrea décide d’opter non pas pour le style du film, mais plutôt de celui des cartes originales : Les martiens, vaisseaux et insectes géants sont clairement inspirés de la série de cartes originales, ainsi le fan de la première heure s’y retrouve plus que dans les précédents comics publiés par Topps.

Si la première partie consacrée au Général Zar, martien opportuniste, arriviste et adepte de la traîtrise, dont la haine des humains s’est forgée au travers d’expériences douloureuses avec ces derniers et sans conteste la plus réussie, l’ensemble des dix numéros se suit avec intérêt et on se retrouve là avec ce qui est très certainement paru de mieux en comics concernant Mars Attacks. Après je sais que le style de John McCrea aux dessins peut rebuter, mais dans ce cas précis, il sert assez bien le ton exagéré et violent de l’histoire.

A noter que la première partie de cette mini-série, celle consacrée à Zar justement, fut publiée en France par l’éphémère éditeur French Eyes en 2014.

En octobre 2012, IDW publie en marge de la mini-série un one-shot aussi étonnant que farfelu : Mars Attacks The Holidays durant lesquels les martiens sabotent copieusement quatre des fêtes nationales américaine : Halloween, le Veteran’s Day (une fête américaine célébrant les vétérans des différentes guerres durant lesquelles les États-Unis furent impliqués), Thanksgiving et bien évidemment Noël !
Chaque histoire de fête est réalisée par une équipe créative différente et l’ensemble reste assez agréable, particulièrement drôle et blindée de différentes références, un très bon moment de lecture.
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2013 sera une année particulièrement faste pour nos amis (ennemis ?) les martiens chez IDW car se sera l’année des crossovers pour nos amis verdâtres : Pas moins de sept crossovers différents vont paraître cette année là, opposant tout d’abord les martiens (à l’image de Deadpool chez Marvel quelques années plus tard) aux grandes figures de la littérature que sont Moby Dick, Dr Jekill et Mr Hyde et (…) Robinson Crusoé. Ils vont ensuite se frotter à différents personnages issus des licences détenues par IDW : Les robots Transformers, l’équipe de SOS Fantômes, les morts vivants et les robots de la série Zombies Vs Robots et au chapitre des rencontres totalement imprévisible, les hard rockeurs du groupe Kiss et… Popeye le Marin !
Les seuls qui échapperont à cette invasion seront les Tortues Ninja et les bidasses de GI Joe, ce qui en soit est assez dommage puisque en ce qui concerne ces derniers, d’un point de vue de cohérence, cela aurait probablement été l’une des rencontres avec le plus de potentiel.

Le mieux loti durant cette enfilade de crossovers sera l’implacable Judge Dredd dont la rencontre avec les martiens s’étalera sur quatre numéros. Scénarisé par Al Ewing et dessiné par l’infatigable John McCrea, on retiendra surtout de ce crossover les somptueuses couvertures de Greg Staples, couvertures qui d’ailleurs seront reproduites dans une série de cartes exclusives consacrées à la rencontre entre le policier de Mega City One et les martiens (voir la première partie de ce dossier pour plus d’informations).

Autant être franc, la plupart de ces crossovers ne volent pas très haut, la faute à un nombre restreint de pages ne laissant pas vraiment de place au développement d’une histoire vraiment fouillée. Seul la rencontre avec Judge Dredd sort du lot, mais là encore, il faut accrocher au style de John McCrea…

En 2014 une seule mini-série sera publiée concernant Mars Attacks : Nommée First Born, elle prend place durant l’occupation martienne et nous relate le destin d’un bébé martien abandonné sur notre planète puis recueilli par une petite fille aveugle et son oncle. Écrite par Chris Ryall et dessinée par Sam Kieth, cette mini série en quatre numéro est à la fois aussi étonnante qu’intéressante doublée d’une réflexion assez intéressante sur l’enfance et la tolérance.
Clairement en décalage avec les autres histoires de la licence Mars Attacks, cette histoire vaut assurément le détour et pas seulement pour les magnifiques dessins de Sam Kieth.

La même année IDW publiera un numéro spécial nommé Mars Attacks Art Gallery dans lequel différents artistes donneront leur vision de Mars Attacks avec un parti pris graphique intéressant, un gabarit constitué de quatre cartes vierges. Des artistes comme John McCrea (encore lui), Jason Adams, Dan Duncan ou Tim Proctor tenteront de relever le défi avec plus ou moins de réussite.
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Il faudra attendre 2016 pour de nouveau voir nos extra-terrestres sadiques repointer le bout de leurs scaphandres dans un comic avec la mini-série en cinq numéros Mars Attacks : Occupation.
Comme son nom l’indique, cette mini-série prend place durant l’occupation martienne et l’héroïne est Ruby Johnson, jeune boxeuse un peu rebelle qui va prendre la tête d’un groupe de résistants.

On retrouve d’ailleurs dans cette histoire l’infâme chef martien Zar, « héros » de la première mini-série publiée en 2012 par IDW.
C’est toujours John Layman qui scénarise et c’est cette-fois Andy Khun qui s’occupe des dessins et j’avoue ne pas vraiment accrocher au style de ce dernier, son trait anguleux et dépouillé ne m’ayant pas vraiment permis d’apprécier cette histoire, plutôt sympathique à lire au demeurant, à sa juste valeur.

Depuis Mars Attacks : Occupation, à ce jour, plus aucune trace de nos amis martiens dans un comic et IDW ne semble n’avoir rien de prévu les concernant… Wait & see comme dirait l’autre.

A noter que la totalité de ce qu’a publié IDW avec la licence Mars Attacks fut collecté dans des trade paperbacks, crossovers compris. IDW rééditera même les épisodes originaux publiées par Topps dans trois volumes titrés Mars Attacks Classics, ces trois volumes contiennent l’intégralité de ce que Topps avait publié, y compris le fameux Invasion Dossier.
A ce jour seul les deux crossovers avec Image n’ont pas été réédités.

Ce qui est ressorti de ma petite escapade en comics sur les terres martiennes c’est que bien que cet univers pourrait très facilement avoir un univers étendu bien à lui (les possibilités d’histoires sont énormes quand on y réfléchi bien), à aucun moment un éditeur n’a su exploiter cela efficacement… Les raisons sont multiples mais deux en ressortent principalement : La première est le manque d’homogénéité des différentes séries estampillées Mars Attacks car que se soit chez Topps (l’exemple le plus flagrant étant le crossover avec Image) ou chez IDW (Même si John Layman tente à de nombreuses reprises de lier ces différentes incursions dans cet univers) chaque auteur fait un peu ce qu’il veut de son coté, empêchant le lecteur de retrouver ainsi une continuité, visuelle ou scénaristique, crédible et cohérente. Après c’est un peu le cas de la plupart des comics issus de licences cinématographiques (c’est un peu le même topo concernant par exemple les comics Aliens), mais à une époque, les comics Star Wars avaient un semblant de cohérence alors pourquoi pas ?
L’autre raison est bien entendue financière : La plupart des séries Mars Attacks ont souffert de ventes plus que faibles et même si pour toute une tranche de trentenaires Mars Attacks c’est un élément essentiel de la pop culture, pour la jeune génération ça ne symbolise rien de précis, au mieux pour les plus curieux un film aux effets spéciaux un peu kitsch réalisé par Tim Burton.

Faudra t’il un nouveau film, plus fidèle au matériel original pour faire bouger tout ça et faire connaître ces images à collectionner au grand public ? Je n’aurais que ces mots lourd de sens pour réagir à cela : Ackackackack, ack ack, aaaack ! Ack !

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #38

Mars Attacks ! – Première Partie

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Il y a des œuvres dans la culture de l’imaginaire que l’on croit connaître ou qui ont une sorte de réputation un peu biaisée, soit par méconnaissance, soit par l’image qu’elle véhicule : Par exemple, pour la jeune génération actuelle, il y a de grandes chances que les super-héros soient encore pour un petit moment des personnages de films blockbusters et de dessins animés car c’est au travers de ces médias qu’elle les aura découvert, avant de (re)devenir des personnages de bandes dessinées, lorsque, je l’espère, ces jeunes spectateurs en fouillant un petit peu en découvriront les origines et ainsi les apprécieront d’avantage (ou pas, et passeront à autre chose, ce qui serait, selon moi, assez triste dans le fond). A travers cet exemple pas du tout engagé, j’en viens donc à parler du sujet qui nous intéresse en ce beau mois de décembre car Mars Attacks c’est ça, surtout hors des États-Unis : Quelque chose que l’on croit connaître, surtout grâce à un film qui en fait, ne symbolise pas vraiment l’univers qu’il adapte, voire le dénature complètement.
Vous l’aurez compris, vu le titre de cette chronique mensuelle, ce mois-ci les affreux martiens de Mars Attacks ont la vedette et quoi de mieux que le mois de décembre, période de joie, d’allégresse et de partage pour vous parler de chewing-gums, de cartes à collectionner mais aussi d’invasion martienne, d’apocalypse, de génocide, d’insectes géants, d’expériences sadiques et gores mais aussi et bien sûr de comics ? Non, franchement, je pense que c’est la période idéale !

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Comme je l’expose dans ma petite introduction, Mars Attacks est surtout quelque chose de connu outre-atlantique grâce au film éponyme de Tim Burton, dont je reviendrai un peu plus bas car beaucoup de monde, dont moi, a connu cet univers via ce film, en parler est donc un passage obligatoire que je vais donc rétrograder, en m’attaquant à cette saga de façon chronologique en commençant (logiquement) par le début, car Mars Attacks c’est surtout une fantastique collection de cartes à collectionner qui a su marquer durablement l’imaginaire collectif américain pendant des décennies. Retour donc aux années soixante, période où les extra-terrestres étaient encore des petits hommes verts belliqueux et pas encore des hydrocéphales gris se baladant à poil.

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Le producteur et distributeur des cartes à collectionner Mars Attacks est l’américain Topps.
Topps
est une firme américaine aux débuts et à l’histoire chaotique : D’abord exportateur de tabac sous le nom American Leaf Tobacco vers la fin du dix-neuvième siècle, la firme connait de grandes difficultés financières durant la première guerre mondiale, principalement car son principal fournisseur se trouvait en Turquie, la guerre limitant les exportations. Suite à la crise financière de 1929, les fils du fondateur de la firme, les frères Morris (les quatre fils de Shorrin Morris, créateur de la société historique) décident de complètement changer de secteur d’activité et de se consacrer à un nouveau marché : Celui du chewing-gum, à l’époque à ses balbutiements. Nous sommes en 1938 et la société Topps est officiellement créée.

Le secteur des confiseries est à l’époque en plein boum et de nombreux producteurs se partagent le marché. Afin de se démarquer de ses concurrents, en 1947 Topps a une idée simple : Distribuer ses produits accompagnés d’une petite bande dessinée, le premier sera le Bazooka Bubble Gum, un chewing-gum accompagné d’un petit comic-strip relatant les aventures de Bazooka Joe, un jeune garçon et sa bande. Aujourd’hui encore, le Bazooka est toujours vendu aux États-Unis.
Une autre collection de chewing-gums verra le jour quelques années plus tard mettant en scène un personnage de western très populaire à l’époque, Hoopalong Cassidy.

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En 1951, un homme du nom de Sy Berger, un vétéran de la seconde guerre mondiale passionné de sport, propose à Topps une nouvelle idée de produit : Des cartes à collectionner mettant en scène des stars du base ball. Topps produit deux premières séries de cartes en 1951, une sorte de jeu similaire à des cartes à jouer permettant de rejouer une partie de base ball. L’année suivante, Topps change son approche et sort des cartes exclusivement destinées à être collectionnées, chaque carte étant accompagnée du produit phare de la firme, un chewing-gum. Le succès est immédiat et fulgurant et Topps devient rapidement le leader du marché, sortant des cartes concernant d’autres sports comme le hockey ou le football, mais aussi dans d’autres domaines, comme le cinéma, les feuilletons ou des cartes à thèmes comme les monstres ou la science fiction, c’est au travers de cette diversification que Topps produit en 1962 une série de cartes emblématiques : Mars Attacks.

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L’idée vient tout d’abord à l’esprit de Len Brown un des créatifs de Topps, après avoir vu la couverture du comic Weird Science #16 dessiné par Wally Wood mettant en scène une invasion de martiens au cerveau proéminent et en scaphandre. Il présente l’idée à son collègue Woody Gelman et développent à eux deux l’histoire, puis demande à Wally Wood de dessiner les images : Wally Wood va donc les sketcher, puis Bob Powell va les terminer et ce sera enfin Norman Sanders qui se chargera de les mettre en couleur, la colorisation étant pour de nombreux fans un des points forts de la collection Mars Attacks.

6La fameuse couverture du Weird Science 16

La première et emblématique série de cartes est donc publiée en 1962 et c’est d’emblée un énorme succès : Contrairement à d’autres collections de cartes de l’époque, Mars Attacks ! propose de suivre une histoire complète, déclinée sur un total de 54 cartes, la numéro 55 étant une carte listant la totalité de la collection.
Les cartes racontent l’invasion de la Terre par une race de martiens particulièrement cruels et belliqueux. Des scientifiques martiens concluent que leur planète est sur le point d’exploser et que le meilleur moyen pour que la race martienne survive est de coloniser la planète habitable la plus proche, à savoir la Terre. Les martiens vont alors se mettre en chemin vers la planète bleue et commencer manu militari une invasion : Ils vont tout d’abord s’en prendre aux grandes capitales du monde, puis envahir la Terre, tuer le maximum de terriens et détruire tout ce qui est possible de détruire pour faire table rase de la race humaine et s’installer sur Terre

Les martiens vont pour cela utiliser des rayons désintégrateurs, des robots géants et larguer un peu partout sur Terre des appareils permettant de faire muter des insectes en des créatures géantes. La collection de cartes détaille aussi bien les attaques spatiales, aériennes ou terrestre des martiens ainsi que leurs exactions sur la population terrienne.

Contrairement à ce que l’on peut voir dans le film, la première chose qui marque en regardant les cartes pour la première fois c’est la violence et le sadisme dont font preuve les martiens lors de leur invasion : Dans le film, ils sont montrés comme des êtres méchamment drôles, presque loufoques alors que sur les images des cartes, ils sont cruels, sadiques voir parfois carrément pervers.
Et c’est ce coté subversif qui dès la publication de la première série va poser problème : Treize cartes vont ainsi être complètement retouchées pour paraître moins choquantes. Les version non-censurées resterons confidentielles (seuls certains collectionneurs les possédèrent, ceux qui furent les plus rapides à les acheter avant qu’elles soient retirées de la vente en fait) jusqu’en 1984, date à laquelle un set contenant les 13 cartes dans leur forme originale sera publié, quelques mois plus tard, un set complet est lui aussi publié, contenant les 55 cartes, les 13 cartes non-censurées comprises.

13En haut, la version originale, en bas la version « retouchée »

En 1994, Topps publie de nouveau une réimpression du set original de 55 cartes, contenant en plus 11 cartes inédites, basées sur des concepts inutilisés de l’époque (la carte 56 étant d’ailleurs un hommage direct à la fameuse couverture de Weird Science #16) ainsi que 34 cartes supplémentaires nommées « New and original » étant en fait des dessins de différents artistes, pour la plupart de comics : On y retrouve des dessins d’artistes comme John Bolton, Simon Bisley, Geof Darrow, Mark Schultz, Charlie Adlard ou encore Sam Kieth.

De nombreuses autres cartes à collectionner estampillés Mars Attacks ! ont aussi été publiées ailleurs : Topps en a distribué des inédites, notamment avec ses comics Mars Attacks ! et les produits dérivés distribués par Screamin’ Products. Dernièrement, en 2012, Topps en a offert quatre inédites avec le artbook Mars Attacks : 50th Anniversary Collection, la même année, Topps republie de nouveau le set original, incluant deux sets inédits : Deleted Scenes et Guide To The New Universe ce dernier set consiste surtout en des artworks issus des comics produits par IDW en partenariat avec Topps

En 2013, Topps sort une toute nouvelle série de cartes nommée Mars Attacks : Invasion. Ce set contient 95 cartes, avec une nouvelle histoire (les cartes 1 à 58), les suivantes étant différents sets, notamment des dessins d’artistes et des thèmes différents comme l’anatomie martienne.

 

En 2015, une troisième série inédite voit le jour, Mars Attacks : Occupation. Cette série contient 81 cartes, les 45 premières raconte une nouvelle histoire et les suivantes sont comme la série précédente, découpée en plusieurs sets de quelques cartes thématiques (Artworks, Dinosaurs Attacks ! Vs. Mars Attacks ! Etc.) pour compléter cette dernière série, un dernier set de 18 cartes est financé via Kickstarter et est distribué en 2016, Judge Dredd Vs. Mars Attacks !.

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Enfin, en 2017 afin de célébrer les 55 ans de la licence, Topps distribue une nouvelle série de 110 cartes nommée Mars Attacks : The Revenge. Cette série contient une nouvelle histoire sur les 55 premières cartes, les 55 suivantes étant des crayonnés et des versions encrés des cartes de cette nouvelle série.

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Interlude : Mars Attacks ! Le Film

Avant de parler des comics, il faut logiquement parler de l’adaptation cinématographique de Mars Attacks puisque les premières séries de comics sortiront peu avant et seront principalement créées pour surfer sur la future sortie du film.

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L’histoire est à peu de chose près la même que celle des fameuses cartes à collectionner : Des soucoupes volantes sont détectées en approche de la Terre, les martiens (même si dans le film leur provenance n’est pas très claire) envoie un message à la Terre dans une langue incompréhensible. Un scientifique réussi malgré tout à créer un traducteur et en conclu qu’ils viennent en paix. Une cérémonie d’accueil en grande pompe est donc mise en place mais tourne court : Peu après leur arrivée, les martiens se mettent à désintégrer les convives et commencent peu à peu à faire régner la terreur sur toute la planète en détruisant tout les symboles de la civilisation humaine, non sans une certaine ironie et un humour grinçant.
Certains humains résistent malgré tout et la solution pour mettre fin à cette invasion semble être aussi délirante qu’improbable.

La première idée d’adaptation filmique de Mars Attacks date de 1985 et c’est le scénariste et réalisateur Alex Cox qui la présenta aux sociétés Orion et TriStar Pictures. On lui demandera par trois fois de revoir son script, il abandonnera et le dernier jet sera rédigé par Martin Amis, ses multiples réécritures ne serviront finalement à rien puisque Orion et TriStar abandonneront le projet.

C’est ensuite au tour de Jonathan Gems, scénariste ayant souvent travaillé avec Tim Burton. Gems approche donc le réalisateur avec sa propre idée d’adaptation de Mars Attacks.
Nous sommes donc en 1993 et le scénariste propose alors deux scénarios : Un basé sur Dinosaurs Attacks ! (une autre série de cartes à collectionner de Topps distribuée peu après Mars Attacks !) et un autre basé sur Mars Attacks ! Burton écarte rapidement Dinosaurs Attacks !, trouvant l’idée trop proche de Jurassic Park sorti quelques années plus tôt. Burton trouve l’idée de Mars Attacks ! parfaite pour lui permettre de réaliser un film rendant hommage aux films de science fiction des années 50, notamment ceux de Ed Wood dont Tim Burton est un grand fan.
Burton conclu un accord avec Warner Bros et le studio acquiert les droits des cartes à collectionner.

La sortie est prévue pour l’été 1996 et le scénario de Gems est achevé en 1994, le film est alors budgété à 260 millions de dollars. Hors de question pour Warner de produire un film si cher, Jonathan Gems va alors réécrire le scénario une douzaine de fois afin qu’il rentre plus dans le budget du studio, à savoir 60 millions de dollars. Incapable de livrer un script pour ce budget, c’est finalement les deux scénaristes du biopic Ed Wood (une autre réalisation de Tim Burton, sortie la même année), Scott Alexander et Larry Karaszewski qui livreront le script final.
Le tournage, initialement prévu pour mi-août 1995 et finalement reporté à février 1996 et se terminera en juin de la même année.

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A la base, Tim Burton voulait que les martiens soient animés en stop-motion afin de rendre hommage au travail de Harry Harryhausen et donner au film un cachet plus «  rétro ». Burton croyait fermement en cette idée et avait déjà engagé Henry Selick, réalisateur du film L’Étrange Noël de Monsieur Jack pour superviser tout cet aspect du film. Néanmoins, Selick était déjà trop occupé à son adaptation de James et la Grosse Pêche : Burton engage donc Barry Purves qui durant 8 mois et une équipe de plus de 80 animateurs travaillera sur l’animation en stop-motion des martiens. Efforts inutiles puisque l’idée sera finalement abandonnée pour des raisons de délais de tournage et bien entendu de budget. Se sera finalement la société ILM qui se chargera des effets spéciaux du film, livrant des martiens en images de synthèse. Quant aux autres effets spéciaux, notamment les séquences de destruction, se sera le studio Warner Digital qui les créeront.
Des miniatures seront également utilisées, notamment lors de la séquence de destruction du Casino.

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Barry Purves posant avec une des figurines ayant servi pour les essais en stop-motion

Pour ce qui est des anecdotes de tournage, elles sont légion, le développement et la réalisation du film furent particulièrement chaotiques : Burton refusera que les dialogues des martiens soient sous-titrés, comme le voulait le studio et maintiendra cette idée jusqu’au bout. Le film devait originellement compter plus de 60 personnages et devait comporter des sous-intrigues se passant aux quatre coins du monde, notamment en Chine, au Japon, en Europe et en Afrique : Toutes ces sous-intrigues furent supprimées du script final afin de consacrer l’essentiel de l’histoire aux événements se passant aux États-Unis, le nombre de personnages fut donc réduit à 23.
Beaucoup d’acteurs prestigieux furent castés pour le film, notamment Hugh Grant pour le rôle du scientifique et Meryl Streep pour le rôle de la première dame tenu par Glenn Close. Le rôle du journaliste tenu par Michael J.Fox fut offert par Tim Burton à Johnny Depp, qui refusa catégoriquement.

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Le casting final a de quoi laisser rêveur : Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Danny De Vito, Annette Bening, Michael J.Fox, Natalie Portman. Il faut rajouter à cela tout un tas de seconds rôles assez croustillants, tenus notamment par Pam Grier, Jack Black ou le chanteur Tom Jones qui tient son propre rôle.

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La musique est quant à elle signée par un habitué des films de Tim Burton, Danny Elfman. Mars Attacks ! marque d’ailleurs la réconciliation entre Elfman et Burton suite à une brouille entre le réalisateur et son compositeur fétiche après le tournage de L’étrange Noël de Monsieur Jack.

L’adaptation sort donc le 12 décembre 1996 aux États-Unis, et sera loin de remplir ses objectifs : Le film aura au final coûté plus de 100 millions de dollars à Warner Bros (80 millions de tournage et 20 millions de marketing), et à la fin de son exploitation en salles dans le monde, le film aura rapporté un peu plus de 101 millions de dollars, soit à peine plus que ce qu’il a coûté.
Quant aux critiques, elles seront mitigées, le film divise et souffre de la comparaison avec Independence Day (enorme succès au box office), sorti la même année et utilisant la même thématique.
Pour Warner Bros, Mars Attacks ! est un échec…

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Personnellement, et comme beaucoup je pense, j’ai découvert l’univers de Mars Attacks au travers de ce film que j’ai par ailleurs beaucoup apprécié et que j’apprécie d’ailleurs toujours beaucoup, néanmoins, une fois que l’on s’intéresse au sujet, on se rend vite compte que le film a une optique et un ton diamétralement opposés à l’œuvre originale.
En effet, une fois que l’on a vu et que l’on est plus familier avec l’univers original (à travers des cartes mais aussi des comics, dont je reviendrai plus tard), on se rend compte que le film propose une ambiance, un ton et un humour qui n’a au final que peu de chose en commun avec les fameuses cartes : Là où les martiens des cartes ont un comportement belliqueux, violent, cruel et sadique, le film nous montre des êtres drôles, sarcastiques et avides de blagues potaches et de mauvais goût.
Plus qu’une véritable adaptation, le film est plus un moyen avoué qu’à trouver Tim Burton pour rendre hommage à tout un pan de la science fiction des années 50, le film est d’ailleurs truffé de multiples clins d’œil et références à de nombreux films de science fiction, notamment ceux d’Ed Wood.
Le film est donc, je trouve, une réussite mais ne caractérise absolument pas l’œuvre originale.

Plus que de simples cartes à collectionner, Mars Attacks est devenue une licence culte qui a pendant longtemps marqué l’imaginaire collectif américain : Surfant sur une imagerie directement issue des années 50 / 60 et celle de la guerre froide, les martiens cristallisaient la peur de l’époque, celle de l’inconnu et de la découverte de la conquête spatiale, ses possibilités et ses ramifications.

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Véritable icône de la culture populaire américaine, Mars Attacks n’allait bien sûr pas échapper aux déclinaisons en comics. Et les débuts furent, comment dire, pas vraiment concluant… Pour en savoir plus je vous donne rendez-vous le mois prochain pour la seconde partie de ce dossier consacré aux martiens les plus cruels de la science-fiction !

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #37

Thor : Vikings

Horreur et super-héros ont pendant un temps fait bon ménage, même si cette mode est aujourd’hui plus ou moins passée, il fut un temps où confronter des super-héros à des créatures monstrueuses ou des situations horrifiques était monnaie courante.
De nombreuses petites histoires plus ou moins déconnectée de la continuité respective des personnages sont apparus, principalement au début des années 2000, souvent pour flirter sur le succès de Walking Dead. Si dans le domaine des super-héros et de l’horreur on pense tout de suite à la fameuse série Marvel Zombies, écrite par Robert Kirkman, le même auteur que Walking Dead, d’autres personnages se sont déjà frotté à des morts-vivants, notamment Thor ! Et c’est de notre ami au casque ailé dont nous allons parler ce mois-ci mais avant, petit tour d’horizon des super-héros ayant croisé la route de personnages issus de la culture horrifique.

Si certains personnages ont le profil pour se frotter à des monstres, on pense bien sûr à Batman chez DC ou Ghost Rider chez Marvel par exemple, d’autres personnages se sont déjà frottés à des monstres issus de la culture horrifique : En remontant très loin, on apprend ainsi que Le Surfer d’Argent, les X-Men et notre ami Spider-Man se sont déjà retrouvés confronté à Dracula ou que plus récemment, le Punisher et Wolverine ont dû faire face à des infections similaires à celle de 28 Jours Plus Tard.

Ce fut aussi le cas du mercenaire disert Deadpool qui se réveilla un beau jour dans un monde dominé par une invasion de zombies (très bonne histoire que j’ai d’ailleurs chroniqué ici.
Plus étonnement, d’autres personnages pourtant moins enclins à se retrouver face à ce genre de menace ont aussi eu droit à leur virée en enfer : Ainsi Superman à affronter une horde de zombies dans une histoire courte écrite par le très prolifique Steve Niles (une des stars de cette rubrique) dans un numéro spécial Halloween en 2007.

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L’autre moyen est bien sûr lors de crossovers, par exemple les stars de la maison d’édition Top Cow ont affronté les monstres des films classiques comme Mister Hyde ou le Loup-Garou lors du crossover Monster War et j’ai souvent parlé ici des multiples crossovers mettant en scène super-héros et d’autres personnages issues du cinéma comme Aliens ou Predator.

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Super-héros et horreur, ce n’est donc dans le fond pas une idée nouvelle, ça remonte à très loin et contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est certes irrégulier, mais ça arrive assez souvent. Néanmoins, hormis lorsque ces histoires sont déconnectées de la continuité intrinsèque de chaque personnage, peu de risques sont pris pour vraiment basculer dans l’horreur la plus totale et ces histoires restent souvent « dans les clous » pour ne pas trop offusquer le lecteur : Certes Spider-Man affronte Dracula, mais ce dernier est traité comme un énième ennemi du Tisseur.

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Non, pour vraiment voir nos costumés favoris se retrouver baignant dans les viscères, il faut plutôt se tourner vers les histoires externes à la continuité, des Elseworlds chez DC ou dans certains What if… chez Marvel (Le Et si Peter Parker était devenu Venom ? Finissait dans un jeu de massacre assez poussif par exemple) ou bien dans d’autres labels comme Max chez Marvel et c’est au travers de ce label qu’est paru l’histoire de ce mois-ci, histoire qui voit le puissant Thor affronter des morts-vivants d’un nouveau genre puisque ces ignobles zombies sont… Invulnérables  !

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En l’an 1003, en Norvège, des vikings pillent un village, violent les femmes et tuent quasiment tout les villageois avant de repartir vers ce qu’ils appellent « le nouveau monde ». Mais avant leur départ, le sorcier du village place une malédiction sur eux, demandant aux Dieux qu’ils n’atteignent jamais leur destination. 1000 ans plus tard, en 2003, les vikings finissent par arriver mais dans le port de New York. Leur voyage les a changés, les transformant en de surpuissants zombies, quasiment invulnérables. Thor fait alors irruption mais est facilement vaincu par le chef des vikings, ce dernier lui casse le bras et lui arrache Mjolnir, qu’il jette dans l’Hudson River.

Vaincu, blessé et affaibli, Thor se réveille dans la maison du Docteur Strange qui lui explique la raison de la surpuissance des vikings : Ceux-ci sont devenus si puissants car lors du rituel, la mort du sorcier du village a créé une sorte de surcharge, donnant ainsi une longévité et une force exceptionnelle aux vikings.

Afin de les combattre, Thor et le Docteur Strange doivent réunir une équipe de héros issue de la descendance des vikings et retourner les affronter.
La police, l’armée et même les Avengers vaincus, le seul espoir du monde reste Thor et ces fameux héros…

Thor : Vikings est donc une mini-série en cinq numéros publiée de septembre 2003 à janvier 2004 chez Marvel sous le label Max, le label pour lecteurs maturs de Marvel.
C’est écrit par Garth Ennis et dessiné par Glenn Fabry.

La première chose qui frappe lors des premières pages de Vikings, c’est la violence et la crudité des scènes : Rien n’est épargné aux lecteurs, que se soit les exactions des vikings ou la violence des combats, c’est un véritable festival gore auxquels notre dieu du tonnerre est confronté : Les vikings zombies sont des êtres sans foi ni loi, accumulant les cadavres sur leur chemin et s’adonnant aux pirex excès.
Cette opposition avec le monde plus « gentillet » des super-héros Marvel (Ennis ayant choisis pour les personnages Marvel leur look des années 70) joue beaucoup sur le coté abject des actes des vikings, donnant ainsi dés les premières pages un contraste saisissant entre les deux univers. Effet renforcé par le trait réaliste et tout en détail de Glenn Fabry, qui n’épargne rien au lecteur, notamment le visage tuméfié du Dieu du Tonnerre qui prend cher face aux vikings et que l’on a pas l’habitude de voir en si mauvaise posture.
Visuellement, c’est absolument époustouflant et l’on en peut que regretter que Glenn Fabry soit aussi souvent un cover-artist, tant ses prestations sur des intérieurs, à l’image de ce Thor : Vikings, sont époustouflantes.

En plus d’être très beau (les quelques visuels égayant cette chronique sont là pour le prouver), l’aspect visuel de cette histoire est à garder en mémoire, les prestations en intérieur de Glenn Fabry étant assez rares.

Niveau scénario, Garth Ennis reste fidèle à lui-même : C’est violent, crû, les dialogues sont disons, « très colorés » mais ça reste fichtrement bien écrit et documenté. Tout en restant fidèle à l’univers Marvel, le scénariste irlandais réussi néanmoins à insuffler son style irrévérencieux au travers d’une violence extrême, de l’humour noir et des personnages hauts en couleur, notamment le chef des vikings.

Garth Ennis, malgré sa réputation de trublion, reste avant tout un auteur efficace qui sait écrire une histoire avec habileté pour tenir le lecteur en haleine, ce Thor : Vikings en étant un preuve supplémentaire, un tant soit peu qu’il en est encore besoin de le prouver.

Pour finir, un petit mot sur la publication de cette mini série : Elle fut tout d’abord publiée en trade paperback aux États-Unis en février 2004 et en France par Panini à deux reprises : Une première fois dans un album 100% titré Thor : Vikings, Rendez-vous au Walhalla en décembre 2004 et une seconde fois dans la collection Marvel Dark (une collection destinée à accueillir des histoires un peu plus mature de l’univers Marvel) en octobre 2013. Les deux versions françaises sont assez aisément trouvables à prix raisonnabls en occasion et sur certains sites de ventes en ligne, donc pas d’excuses pour ne pas lui laisser sa chance.

Vous l’aurez compris, Thor : Vikings, bien avant Marvel Zombies prouvait que super-héros et horreur pouvaient faire bon ménage du moment qu’une équipe créative talentueuse est aux commandes, ce qui est le cas ici. Plus qu’un bon moment de lecture, Thor : Vikings est un passage obligé pour tout amateur de comics de super-héros un peu déviants.
Une lecture que je vous recommande chaudement, par Odin  !

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Thor : Vikings, disponible depuis le 30 octobre 2013 en France chez Panini Comics dans la collection Marvel Dark.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #36

Trick ‘R Treat

Nous sommes en octobre et c’est ce mois-ci que nous allons fêter Halloween, plus précisément le 31. Fête pas vraiment très suivie en Europe, c’est par contre une véritable institutions aux États Unis, comparable à Noël ou la fête du nouvel an en terme d’importance et (surtout) de gains et bénéfices pour les vendeurs de produits dérivés divers et variés. Halloween c’est bien sûr un véritable business pour les marchands de costumes et de sucreries (et d’alcool pour les plus vieux) mais aussi une manne pour les pourvoyeurs d’univers imaginaires : Films bien sûr mais aussi romans et bien entendu bandes dessinées placent leurs actions durant la fête des morts, une nuit durant laquelle il est dit que vivants et trépassés se côtoient…
Et quelle aubaine pour nous faire frissonner nous, lecteurs et spectateurs d’œuvres horrifiques, que cette fameuse nuit durant laquelle toutes les horreurs semblent permises ! Vous êtes prêts à cette année passer la nuit en compagnie de votre serviteur ? Alors accrochez-vous, direction la petite ville de Warren Valley dans l’Ohio pour y fêter dignement cette fête en compagnie de Michael Dougherty et du mystérieux Sam !

«  Well I let their teeny minds think
That they’re dealing with someone who is over the brink
And I dress this way just to keep them at bay
‘Cause Halloween is everyday
It’s everyday  »

Ministry – Everyday is Halloween, extrait de l’album Toronto 1986

Les films à sketchs c’est une grande tradition du cinéma d’horreur, beaucoup de films ont déjà usé de cette technique, souvent pour le meilleur (comme dans l’excellent Creepshow de Stephen King et George A. Romero, déjà chroniqué ici même dans cette même rubrique, ou pour le pire, comme Darkside : Les Contes de la Nuit Noire (1) ou l’exécrable Creepshow 3 dont, pour une fois, je vous épargnerais les bandes annonces.
Le principe des films dit à sketchs, c’est de proposer pas une mais plusieurs histoires courtes, plus ou moins inter-connectées par un fil conducteur, c’est un exercice assez périlleux car trouver une cohérence entre plusieurs histoires souvent toutes radicalement différentes est assez compliqué et il est assez rare que cela soit fait de façon subtile : Par exemple, dans Darkside : Les Contes de la Nuit Noire (encore lui…) un petit garçon raconte des histoires effrayantes à un cannibale afin de gagner du temps avant d’être dévoré, niveau fil rouge crédible et subtile, on a déjà vu mieux…

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En ce qui concerne le fait de situer l’action à Halloween, là par contre, c’est une pratique courante dans le cinéma d’horreur : Si on pense tout de suite au chef d’œuvre Halloween, La Nuit des Masques de John Carpenter (1978), il existe un nombre incroyable de films qui se passent durant Halloween et très franchement en faire une liste ou bien donner des exemples seraient fastidieux pour deux raisons : la première, il y en a ÉNORMÉMENT, allant du film d’horreur pur au film pour la jeunesse, le nombre de films situant leur action durant cette fête est juste monstrueux, ensuite, la seconde raison est que ces productions sont souvent de mauvaise qualité, ce sont pour la majorité des films jouant sur l’imagerie et ou la période de l’année et finissent souvent en DTV ou sont retirés des salles le lendemain d’Halloween, avant que la colle de l’affiche soit sèche…

Les « Films d’Halloween » c’est donc en général un style de film qui a mauvaise presse : Considérés comme des films de piètre qualité, peu sortent du lot et il faut vraiment creuser pour en trouver de bons offrant un spectacle de qualité tout en gardant « l’esprit d’Halloween », et c’est justement le cas de ce Trick ‘R Treat  !

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Trick ‘R Treat est donc un film d’horreur sorti en 2007, le film raconte le destin croisé de plusieurs personnages, tous plus ou moins liés par un mystérieux petit garçon masqué nommé Sam. Toutes les mésaventures des personnages se passent durant la nuit d’Halloween, tueur en série, vampires, fantômes, zombies, la plupart des thèmes sont habilement abordés dans le film.
Le film est écrit et réalisé par Michael Dougherty (scénariste notamment de X-Men 2 et Superman Returns) produit par Bryan Singer est interprété (entre autre) par Brian Cox (X-Men 2, Zodiac, Troie), Anna Paquin (Rogue/Malicia dans la saga X-Men) ou encore Dylan Baker (Requiem for a Dream).
Il faut également savoir que le film est à la base dérivé d’un court métrage animé réalisé et écrit par Michael Dougherty appelé Season’s Greetings et sorti en 1996 (2) ayant pour héros le petit monstre au masque en tissu Sam, qui deviendra par la suite l’emblème de l’univers de Trick ‘R Treat.


Le court métrage Season’s Greetings

Le film se décompose en cinq histoires ainsi qu’un prologue et une conclusion.
Dans le prologue, un couple se dispute devant chez eux au retour d’une fête d’Halloween un peu trop arrosée, quand la jeune femme est brutalement agressée.
Dans la seconde histoire, un homme empoisonne un jeune garçon mais va de Charybde en Scylla quand il tente de dissimuler le corps dans son jardin.
Troisième histoire, des enfants entraînent une de leur camarade de classe dans une mine désaffectée dans laquelle s’est passé une tragédie afin de l’effrayer, mais se retrouvent pris à leur propre jeu.
Dans la quatrième, une jeune femme hésite à se rendre dans une fête organisée par sa grande sœur et en chemin est prise à partie par un vampire particulièrement sanguinaire.
Dans le dernier segment, un vieil homme acariâtre est violemment attaqué chez lui par un petit garçon masqué.
Par contre je vous laisse le soin de découvrir la conclusion, assez prévisible mais particulièrement haute en couleur et jouissive  !

Qu’est ce qui fait de Trick ‘R Treat un film différent des autres films d’Halloween  ? Tout simplement parce que le film prend le contre-pied de la plupart des films de ce style : Ce qui choque dés la première histoire, c’est que le film ne fait pas de distinction pour ses victimes, hommes, femmes ou enfants, tout le monde est susceptible d’y passer, là où la plupart des films d’Halloween nous proposent des enfants comme héros, dans Trick ‘R Treat, tous les personnages sont des victimes potentielles, le premier enfant à y passer nous montre d’ailleurs une longue agonie qui ne fait d’ailleurs pas dans la dentelle, âmes sensibles s’abstenir.
Cette scène choc nous met de plus directement dans l’ambiance d’Halloween : Enfants qui font du porte à porte, adultes en pleine orgie, alcool, loin de la fête bon enfant de voisinage, on nous montre le vrai Halloween, avec son folklore certes mais aussi ses dépassements et ses excès.
Cet aspect à mi-chemin entre la fête de jeunesse et les abus du monde des adultes (les enfants frappant à la porte de l’une de leurs professeurs pour y découvrir une véritable orgie costumée en est le meilleur exemple) donnent du coup une impression douce amère de cette fête, renforcé par la violence des scènes d’horreur, cette sensation sera d’ailleurs commune à toutes les histoires du film, certes c’est une fête (à priori) joyeuse, mais ça reste quand même la fête des morts avec tout ce que ça implique dans sa signification.

L’autre filiation évidente est celle avec les comics d’horreur de l’âge d’or et les films d’horreur des années 80 : Le générique est en effet un montage de diverses couvertures et pages de comics et le film fait ses transitions entre chaque histoire aux moyens de bulles et d’encarts, même la ville s’appelle Warren Valley, très certainement en hommage aux comics Warren Publishing.
Cette filiation est aussi évidente dans la photographie du film, aux couleurs chaudes et très visibles, qui lui donne un aspect presque cartoonesque et années 80. D’ailleurs le film ne renie à aucun moment, l’une des héroïnes s’appelant par exemple Laurie, comme l’héroïne du film de John Carpenter. Il y a beaucoup de ces petits clins d’œil dans le film, que je laisse le soin aux plus observateurs de découvrir, et j’avoue que pour moi ça a été particulièrement drôle.
Même chose pour les acteurs, toujours à la limite du surjeu, là encore dans un style très années 80

Trick 'r Treat
A mi chemin entre hommage et déstructuration du film de Halloween, Trick ‘R Treat est un film atypique, prenant le contre-pied des films du genre pour offrir aux spectateurs quelque chose de différent et de résolument jouissif pour un fan de la grande époque des films d’Halloween. A priori le film aurait dû être un succès, mais l’histoire fut tout autre…


Bande annonce américaine de Trick ‘r Treat

Prévu à l’origine pour être diffusé dans les salles à Halloween 2007, soit plus de deux ans après la fin du tournage, le film ne sera pas et pour d’obscures raisons marketing, jamais diffusé en salles…
Très touché par cette décision, Michael Dougherty ne va pourtant pas se décourager et va prendre la décision de diffuser son film dans divers festivals de cinéma fantastique : Décision salutaire, puisque le film va vite devenir une véritable bête de festival et collectionner les avis élogieux, aussi bien critiques que du public et va en faire un film culte pour de nombreux fans, faisant de son croque-mitaine, le petit Sam, une nouvelle figure emblématique du cinéma d’horreur.

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Même si le film cartonne dans les festivals, ce sera un peu le même triste topo pour sa sortie sur le marché de la vidéo : Le film sera distribué en direct-to-vidéo en DVD et Bluray le 6 octobre 2009 soit plus de deux ans après sa première présentation au public (le 9 décembre 2007 au Harry Knowles’  Butt-Numb-A-Thon  film festival à Austin au Texas) et donc 4 ans après la fin de son tournage, uniquement en Amérique du nord, en Australie, en Angleterre puis quelques semaines plus tard en Allemagne et à ce jour, le film n’a toujours pas été distribué ailleurs… (3)

Le film étant donc devenu malgré lui et « grâce » à ces déboires de distribution une oeuvre culte, écrite par un scénariste baignant dans la culture comics, largement inspiré de comics et comme nous l’avons vu plus haut ne reniant absolument pas cette filiation, le film allez donc logiquement connaître des déclinaisons au format papier. Ces extensions à l’univers du petit Sam valent-elles le détour, à l’image de son film d’origine  ? Réponse le 31 octobre  !

Non, je plaisante, réponse tout de suite  !

La première série de comics fut l’adaptation du film. Prévue à la base pour sortir conjointement à la sortie du film en salle à Halloween 2007, elle fut logiquement elle aussi repoussée pour sortir conjointement à la sortie vidéo, sous forme de Graphic Novel, compilant les quatre chapitres prévu à l’origine indépendamment, c’est sorti uniquement aux États-Unis chez DC/Wildstorm.

Cette première série à des auteurs plutôt prestigieux aux commandes : Marc Andreyko au scénario et quatre artistes pour les différentes chapitres. Que du beau monde niveau dessins : Mike Huddleston, Grant Bond, Christopher Guggliotti (dont j’avais déjà parler dans le Jeudi consacré à Massacre à la Tronçonneuse) et enfin la superstar Fiona Staples, consacrée depuis pour sa participation à la série Saga de Brian K. Vaughan.

De quoi ça parle  ? Et bien du film, puisqu’il s’agit de l’adaptation stricto sensu du film, ni plus ni moins. L’histoire est exactement la même, sans rien en plus.

Très honnêtement, c’est plutôt bien écrit et niveau dessin, ça se tient également plutôt bien : La plupart des artistes respectent bien l’ambiance et les codes visuels du film.

C’est un très bon comic d’horreur, une autre façon de voir le film mais qui n’a malheureusement aucune valeur ajoutée si on a déjà vu le film, en résumé un pur produit promotionnel, certes fichtrement bien fichu mais un simple produit promotionnel… A réserver uniquement aux fans inconditionnels d’horreur dessinée.
Conjointement à la sortie du second film d’horreur de Michael Dougherty, Krampus dans lequel il s’attaque cette-fois à la fête de noël, Legendary Comics sort une seconde série de comics dérivée de Trick ‘R Treat, sous titrée Day of the Dead, c’est donc sorti le 6 octobre 2015 en trade paperback aux États Unis chez Legendary Comics et le 11 octobre 2017 en France chez Hachette Comics.
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Contrairement à la première série il s’agit ici d’histoires originales, liées elles aussi par le même fil conducteur, à savoir le petit monstre Sam.
L’histoire débute alors qu’un grand père et sa petite fille sont sur le perron de la maison en train de tailler une citrouille le soir d’Halloween, la petite fille est très effrayée par cette fête et son grand père va lui raconter des histoires ayant lieu durant cette fête afin de lui faire comprendre que plus qu’une fête où l’ont va de maison en maison pour quémander des friandises, Halloween c’est aussi un état d’esprit.

Ces histoires sont au nombre de quatre, chacune d’entre elles étant scénarisée et dessinée par des artistes différents.

Autant commencer par le début avec la première histoire (…) à savoir La Graine : C’est écrit par Michael Dougherty lui-même et c’est dessiné par l’excellente Fiona Staples.
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Direction l’Irlande au dix-septième siècle et nous faisons la connaissance de Thomas, un jeune prêtre récemment ordonné. Sous les ordres d’un commandeur sadique, Thomas est chargé de donner les derniers sacrément aux victimes du commandeur, des « sorcières ». Mais un jour Thomas se prend d’affection pour Brigid, une jeune sorcière rousse et fini par tomber amoureux d’elle. Thomas et Brigid vont alors tout faire pour tenter d’échapper au commandeur et ces hommes et quitter l’Irlande. Mais leur route sera chargée d’embûches, et leur seul héritage sera peut être une fameuse graine…

Très honnêtement, c’est une très bonne histoire : Déjà visuellement, Fiona Staples est au top, ses planches sont magnifiques et il se dégage de ces personnages une véritable grâce inhérente au style de l’artiste. Pour ce qui est de l’histoire, on a là une histoire d’amour digne de Roméo et Juliette avec tout ce que ça implique.
Au final c’est une très bonne histoire dont le seul défaut et le même que celle des deux suivantes, j’y reviendrais donc plus tard.

Seconde histoire, La Fille du Maïs, c’est écrit par Todd Casey et dessiné par Stephen Byrne.
23L’histoire prend place en 1853 pendant la conquête de l’ouest, Sarah est une jeune adolescente qui arpente le grand ouest avec son père, chargé de préparer et repérer les lieux pour le futur passage train à vapeur. Tout se passe bien, lorsque les pionniers trouvent sur le futur passage du train un village indien. Les pionniers font mine de faire ami-ami avec les indiens et Sarah se prend d’affection pour la fille du chef. Un soir alors que Sarah se promène aux alentours du village indien, dans des champs de maïs, elle y rencontre une mystérieuses jeune femme s’adonnant à un rituel. La fille du chef lui explique que cette jeune femme est surnommée la Fille du Maïs et qu’elle est une chaman. Après quelques jours sur place, Sarah décide de montrer à ses nouveaux amis en quoi consiste la fête d’Halloween mais son père a de bien plus sombres projets pour les indiens…
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Seconde histoire et c’est encore une vraie réussite : Je dirais même que des quatre histoires c’est même la plus réussie. Les dessins de Stephen Byrne sont sublimes, certaines planches sont même absolument époustouflantes. Quand à l’histoire, même si elle est assez classique, son aspect cruel et historique là rend particulièrement touchante.
Selon moi la meilleure histoire de ce recueil, qui a malheureusement le même défaut que la précédente, sur lequel je vais revenir plus bas.

Troisième et avant dernière histoire, Écho et là, les choses se gâte… C’est écris par Zach Shields et dessiné par Stuart Sayger.
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L’histoire raconte le périple de Jake, un détective privé chargé par une femme le soir d’Halloween de retrouver sa jeune sœur, récemment disparue dans un parc dans lequel un tueur sévit depuis plusieurs semaines. Jake va prendre l’enquête mais va vite se retrouver embringué dans une histoire assez sombre et sordide dans le milieu de la sorcellerie.
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Si les deux premières histoires sont assez réussie, c’est tout le contraire de celle-ci : D’une part l’histoire est très ambitieuse, voir trop : Trop de personnages qui pour certains ne servent à rien (le producteur), trop d’événements s’enchaînent pour un récit ayant si peu de pages pour se développer. Du coup, les péripéties de notre détective alcoolo s’enchaînent à grande vitesse, parfois de façon complètement abracadabrantesque. Le récit a donc un aspect bordélique malgré son pitch de départ plutôt simple. Pour finir les dessins n’aident pas : Confuses, trop sombres, imprécises, certaines planches sont parfois quasiment incompréhensibles, n’aidant pas à comprendre un récit déjà pas bien clair…
De toutes les histoires c’est sans conteste la plus mauvaise, rajouté à cela le défaut des deux précédentes que je vais pouvoir exposer de suite car il ne concerne pas la dernière histoire.

Car en effet, ces trois premières histoires ont un grand défaut. Trick ‘R Treat est un univers qui de base, repose sur l’esprit de la fête de Halloween et force est de reconnaître que en ce qui concerne ces trois premières histoires, le lien avec cette fête est plutôt mince : Dans la première, la fête n’existe même pas encore, dans la seconde elle ne sert que de prétexte au grand final et dans la troisième elle n’y est quasiment pas faite allusion, car mettre quelques gamins qui courent déguisés en fond de décor ne justifie pas de faire d’une histoire une histoire se passant à Halloween, il y a un esprit, des aspects visuels à respecter, surtout quand on est dérivé d’un film qui a bâti son succès là-dessus.
Très honnêtement, en lisant ces trois premières histoires je me suis senti un peu floué, croyant retrouver la saveur et l’ambiance du film, ce qui ne fut malheureusement pas le cas…

Enfin bref, revenons à nos comics et parlons de la dernière histoire, La Légion des Monstres. C’est écrit par Marc Andreyko et dessinée par Zid.
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Dans les années 1960, James et Rory sont deux enfants voulant profiter à fond de leur dernière fête d’Halloween ensemble avant de devenir des « Grands ». Pour marquer le coup, il dépasse un peu les bornes en saccageant le jardin d’un voisin. Ils sont finalement coincés par le shérif et le père de Rory, un pasteur peu enclin à encourager la fête d’Halloween. Alors que Rory se prend une correction sous les yeux médusés de James, des monstres de tout ce qu’il y a de bien réel apparaissent et enlèvent les deux enfants. James et Rory se retrouvent alors dans un endroit bizarre où semblent coexister tout les monstres d’Halloween et décident de se joindre à eux pour faire régner la terreur dans leur petite ville, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’ils sont en train de devenir physiquement, les monstres qu’ils incarnent…

Contrairement aux trois autres histoires, c’est la seule dont on ressent vraiment l’esprit d’Halloween : Tout y est, que se soit visuellement ou dans son scénario et très franchement, cette histoire est un vrai plaisir à lire. De plus, les dessins de Zid sont absolument somptueux, sans conteste les plus beaux du recueil, ça se passe de commentaires comme vous pourrez le constater avec les quelques pages égayants cette chronique.
Des quatre histoires, c’est celle qui est le plus en phase avec l’esprit de Trick ‘R Treat  : Même si le scénario n’est pas de ce qu’il y a des plus original, il est rudement bien écrit et réussi vraiment à créer une empathie pour les deux jeunes héros, donnant même un aspect presque féerique à la fête d’Halloween. La cerise sur le gâteau étant son aspect visuel, magnifique qui forme avec le récit un ensemble absolument admirable.

Que dire au final sur ce recueil  ? Très honnêtement, j’ai été un peu déçu : J’ai vraiment et comme vous avez put le constater plus haut, adoré ce film et je pensais y retrouver l’ambiance et l’esprit dans ce comic, ce qui ne fut malheureusement pas le cas, mise à part dans la dernière histoire. Après est-ce que du coup je conseille ce livre, oui et non. Si vous êtes amateur de comics d’horreur comme moi, je dirais que oui, car mis à part la troisième histoire, les autres sont vraiment de qualité et mérite vraiment que l’ont s’y attarde. Par contre si vous souhaitez retrouver l’ambiance du film et la prolonger, vous pouvez passer votre chemin sans hésitation.

Un dernier mot sur l’édition française et je félicite Hachette Comics pour leur travail de qualité : L’édition est impeccable, hardcover et papier glacé de rigueur et mise à part quelques coquilles dans la traduction, c’est du très bon boulot.
De plus, avoir traduit et édité un comic dérivé d’un film qui n’est même pas sorti en France était un véritable risque qui je l’espère sera payant et verra l’édition d’autres livres de ce type dans notre pays, notamment ceux tirés d’un autre film dont je vous ai parlé plus haut, ceux du film Krampus.

Trop peu suivie et fêter en Europe, la fête d’Halloween est pourtant une véritable institution outre atlantique et fait partie de la culture américaine. C’est une véritable manne financière pour le commerce mais aussi un puits d’idées pour les créatifs : Chaque année aux États-Unis voit surgir à cette période toute une flopée de films, romans ou bandes dessinées horrifiques de qualité plus ou moins bonne mais ayant tous cet esprit à la fois festif et effrayant que nous, européens, ne pouvons que regarder de loin… Heureusement que pour nous faire partager cet esprit il reste des univers comme Trick ‘R Treat pour nous restituer à nous aussi, la magie d’Halloween !

Trick ‘R Treat, Happy Halloween disponible depuis le 11 octobre 2017 en France chez Hachette Comics

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1 : Ce film est souvent titré Les Contes de la Crypte  : Le Film en France, hors il n’a aucun lien avec la fameuse série, la dite série ayant ses propres films : Le Cavalier du Diable (1995), La Reine des Vampires (1996) et Ritual (2001, inédit en France).

2 : Ce court métrage est visible sur internet mais aussi dans les bonus des DVDs et Blu-rays de Trick ‘R Treat.

3 : Il faut néanmoins préciser que les versions DVD et Blu-ray américains possèdent un doublage français (québécois, de très bonne qualité) ainsi que les sous-titres qui vont avec, attention néanmoins car que se soit le DVD ou le Blu-ray, les deux sont zonés et si l’envie vous prend de vous les procurer, ils vous faudra un lecteur dézonné pour pouvoir les visionner.
Quand au DVDs allemand et anglais, eux par contre lisibles sur un lecteur français, ils ne possèdent ni doublage ou sous-titres français…
A noter que le blu-ray anglais, aujourd’hui trouvable à pris d’or (compter une quarantaine d’euros minimum) comporte lui par contre sous titres, et doublage en français.


Ah et puis juste comme ça car je viens seulement de le remarquer, ça fait trois ans pile poil ce mois-ci que les Jeudis de l’Angoisse (Des Comics) fêtent leurs trois ans !

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #35

Resident Evil : Code Veronica et les comics Resident Evil

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Aaaaah Resident Evil, rien que le nom me donne envie de laisser tomber l’écriture de cette chronique pourtant si chère à mon cœur et de me jeter sur ma console pour mettre des roustes à coup de Beretta à toute une horde de monstruosités mutantes. Tout le monde connait plus ou moins la licence Resident Evil, que se soit au travers de la série de jeux vidéos ou même, honte à vous, des (infâmes et irrespectueux) films avec Milla Jovovich. Comme toute saga engrangeant de l’argent, les produits dérivés sont légion : Outre les figurines, statuettes et autres joyeusetés promotionnelles chères aux fans hardcore (il existe même des éventails Resident Evil ! Et euh… Si vous pouvez vous en procurer et bien euh… Je suis preneur…) il ne fallut pas longtemps avant que les premiers mangas et comics arrivent sur les étals en arborant fièrement le fameux logo rouge sang.
Bien que se soit une série de jeux essentiellement japonaise (néanmoins, certains titres Resident Evil ont été développés en occident), il en existe des comics produit aux États-Unis et ça tombe bien (ou pas) puisque… C’est de mangas (plutôt de manhwas d’ailleurs) que l’on va parler aujourd’hui ! Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, si vous connaissez peu ou pas ce qu’est Resident Evil, une petite présentation s’impose.

Resident Evil et le survival horror

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Resident Evil (Biohazard au Japon (1) ) est donc une série de jeu vidéo dont le premier titre fut distribué en 1996 sur Playstation. Fondateur du genre de jeu vidéo dit de Survival Horror (2), il s’agit d’un style de jeu dans lequel le héros est coincé dans un endroit hostile, le plus souvent infesté de monstres de tout genre et doit survivre pour s’en sortir en rationnant les munitions et les items de soin, tout en résolvant des énigmes. Dés sa sortie, Resident Evil est un succès mondial, aussi bien critique que public (3) et va donc engendrer des suites, beaucoup de suites : A ce jour la série Resident Evil compte sept épisodes principaux et pas moins d’une quinzaine de spin-off et de versions plus ou moins améliorées ou remakes des différents épisodes.

Le survival horror est un style très populaire pour plusieurs raisons, déjà pour le challenge que chaque jeux proposent : Ce sont des jeux exigeants, difficiles et qui mettent les nerfs des joueurs à rude épreuve. Ce sont également des jeux tirant leurs inspirations de la culture horrifiques : Films de monstres ou de zombies (Resident Evil, Parasite Eve), phénomènes paranormaux (Silent Hill, Project Zero) ou encore ils arrivent même que le style se mixe avec d’autres genres comme le jeu d’infiltration (Forbidden Siren, Haunting Ground) ou le FPS (Amnesia, Condemned).

A partir de Resident Evil 4, la série va prendre un virage à 180 degrés en s’orientant vers le jeu d’action (même si ce virage était déjà amorcé depuis longtemps avec un Resident Evil 3 orienté plus action que survie et la série de spin-ofs des Resident Evil Survivor), cette orientation va durer durant 3 épisodes (Resident Evil 4, 5 et 6) avant de revenir au survival horror récemment avec le septième opus, à un petit détail prêt : D’un style de jeu à la troisième personne (style de jeu où l’on voit son personnage), le jeu passe en mode FPS (style de jeu où l’on voit avec les yeux des personnages).

Même si Resident Evil 7 est une réussite incontestable, Resident Evil reste pour les fans de la première heure un survival horror dans lequel on tire sur des zombies (ce qui n’est pas tout à fait vrai puisque même si le zombie reste l’antagoniste de choix dans les premiers épisodes, il y a de nombreux épisodes de la série qui n’en comportent pas, comme Resident Evil 4 et 5 et Resident Evil Révélations par exemple).

Comme toute série, tout les épisodes et spin-off ne se valent pas et les fans ont tendance à avoir des préférences, généralement en fonction de l’époque où ils ont connu la série : Pour les plus jeunes, le favori est souvent Resident Evil 4, épisode sorti en 2005 sur le Gamecube de Nintendo, pour les autres qui ont comme moi connu et suivi la série depuis son tout premier opus, les préférences vont souvent aux épisodes originaux et en ce qui me concerne un de mes épisodes favoris est sans conteste Resident Evil : Code Veronica et ce pour plusieurs raisons, que je vais exposer ci dessous avec plaisir.

La genèse de Resident Evil : Code Veronica

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Resident Evil est une série de jeu dont chaque épisode a subi des développements plus ou moins chaotiquse, et cela tient en général en plusieurs facteurs : D’une part le tempérament volcanique et exigeant de son créateur, le terrible Shinji Mikami qui n’a pas hésité à plusieurs reprises à revoir de A à Z des jeux de la série dont le processus de production étaient déjà bien avancé (4), l’autre facteur est souvent dû à la société Capcom elle-même, souvent en bisbille avec ses deux principaux rivaux de l’époque, à savoir Namco et Squaresoft (futur SquareEnix). Et c’est de cette rivalité que viendra principalement les aléas de développement de Code Veronica.

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Shinji Mikami, créateur de la série Resident Evil lors de la promotion de son dernier jeu, The Evil Within

Pourquoi à l’époque Capcom en veut à Namco et Squaresoft ? Pour le premier, Namco (créateur de la série de jeux de combat Tekken, entre autre), il s’agit plus d’un problème d’ego : Capcom a eu beaucoup de mal lors du passage à la 3D, particulièrement des jeux de combat, ce qui ne fut pas le cas de Namco qui avec Tekken et Soul Blade sont devenus en quelques mois les leaders du marché, reléguant Capcom et ses jeux de castagne en 2D quasiment aux oubliettes… Il faudra attendre Street Fighter IV, soit 14 ans plus tard pour que Capcom retrouve l’estime des joueurs et le chemin du succès dans ce domaine.
Pour ce qui est de Squaresoft (studio créateur de la saga Final Fantasy, entre autres), c’est encore pire et directement lié à Shinji Mikami et au développement de Resident Evil 2 : En effet, lors du développement de Resident Evil 2, et comme je l’ai rapidement abordé, Mikami décida au 2/3 du développement du jeu de tout reprendre de zéro, car selon lui il était insatisfait du résultat.
Découragés, les ¾ de l’équipe créative et technique partirent sans se retourner pour aller travailler… Chez Squaresoft qui à l’époque développe un autre gros titre de l’horreur vidéoludique, Parasite Eve, l’adaptation/suite en jeu vidéo d’un roman d’horreur à succès au Japon.
Lassé d’attendre la sortie de Resident Evil 2, le public japonais se détournera de ce dernier un temps pour porter plus d’attention à Parasite Eve, projet plus stable et prometteur qu’un hypothétique Resident Evil 2, déjà trois fois repoussé. Resident Evil 2 et Parasite Eve sortiront même à quelques mois d’intervalles au Japon, janvier pour Resident Evil 2, mars pour Parasite Eve.

Enfin, à l’origine, Code Veronica devait accompagner la sortie de la console Dreamcast de Sega mais soucieux du succès de cette dernière, Capcom décida d’attendre que le parc des consoles atteignent le million d’exemplaires avant de lancer son titre… Du coup encore repoussé.
En attendant, Capcom développera un autre épisode de Resident Evil, Resident Evil 3 : The Last Escape sur la Playstation 1 (5), les deux jeux seront alors développés en parallèle et certaines idées à la base prévues pour Code Veronica finiront d’ailleurs dans Resident Evil 3, comme la présence d’un ennemi récurrent traquant le héros, devenant l’imposant Nemesis.
D’ailleurs pour la petite histoire, Code Veronica aurait dû être l’épisode 3 de la franchise mais Capcom aurait préféré donner cette appellation à l’opus Playstation 1 pour rester dans les bonnes grâces de Sony (6).

Resident Evil 3 et Code Veronica eurent d’ailleurs des dates de sorties très proches, à peine 6 mois : Resident Evil 3 sorti en septembre 1999 et Code Veronica en février 2000.

Resident Evil : Code Veronica, l’épisode différent

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Ce qui frappe au premier abord avec Code Veronica (appelons-le CV pour plus de facilité), c’est que le jeu diffère totalement de Resident Evil 3 : Déjà en terme de gameplay, Code Veronica revient aux sources des deux premiers opus et s’éloigne du traitement plus action de Resident Evil 3, ce dernier proposait aux joueurs un système d’esquive, des espaces de jeu plus larges, un nombre d’ennemis plus important à l’écran et des armes lourdes. Rien de tout cela n’est présent dans CV : On revient aux bases du premier opus avec des munitions plus rares, des espaces confinés et des ennemis plus résistants. L’autre différence est notable visuellement, pas de villes apocalyptiques et retour aux vieilles bâtisses glauques et aux centres de recherches souterrain abandonnés.
L’autre différence flagrante et au niveau scénaristique : CV est en effet l’un des premiers épisodes de la série à proposer un scénario plus fouillé et notamment des méchants plus travaillés, le retour d’Albert Wesker, plus charismatique que jamais et surtout le terrifiant Alfred Ashford, personnage psychotique et sadique à la personnalité trouble.
C’est aussi la première fois que le jeu fait des références appuyés à autre chose que des films de zombies : On y voit ainsi des références à Psychose d’Alfred Hitchcock, HP Lovecraft, aux films de la Hammer ainsi qu’aux Giallo italiens.
Le scénario est résolument intéressant et complexe et du coup je ne peux pas trop en dévoiler ici au risque de spoiler, pour ceux qui jouent et qui n’ont pas fait le jeu, il ne vous reste qu’à prendre une manette et vous lancer (7), pour les autres qui ne jouent pas (personne n’est parfait), au pire demandez à quelqu’un de vous faire découvrir le jeu ou regardez un walkthrough sur internet.

Avec son retour aux sources de la série, sa direction artistique résolument différente des autres opus, son scénario allant de surprises en surprises (brouillant même parfois les pistes), et ses méchants charismatiques, CV est un épisode à part de la franchise Resident Evil : Différent, il a su s’attirer la préférence d’une partie des fans et est considéré par beaucoup (dont moi) comme le meilleur épisode de la période survival de la saga.

Resident Evil : Code Veronica X, la mise à jour.

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Malgré ces qualités, CV souffre de quelques défauts : La principale étant son final, énigmatique et expédié, laissant de nombreuses questions sans réponses.
Ce défaut sera corrigé dans une version corrigé de CV, appelé Resident Evil Code Veronica : Complete sur Dreamcast et Resident Evil Code Veronica : X lors de son portage sur Playstation 2 et Gamecube. Cette nouvelle mouture proposera donc une séquence finale augmenté de plus de neuf minutes de cinématique, plus explicative et claire que la séquence originale.
L’autre défaut étant par contre plus cocasse puisqu’il s’agit de la ressemblance un peu trop flagrante entre Steve, l’un des personnages du jeu avec Leonardo Di Caprio (période Titanic), ayant servi d’inspiration. Ça peut prêter à sourire aujourd’hui mais Capcom eu tellement de retour des joueurs sur ce point que le pauvre Steve dû se retrouver affublé d’une nouvelle coiffure lors de la version X de CV.

Resident Evil  : Les Comics

Comme toute saga vidéoludique qui se respecte, Resident Evil eu droit à de nombreuses adaptations en comics (et plus tard en mangas, mais c’est un autre sujet sur lequel je reviendrais probablement une autre fois) pour m’intéresser aujourd’hui uniquement aux comics.

Le tout premier comic Resident Evil est un comic promotionnel publié par Marvel pour promouvoir la sortie du premier jeu sur Playstation. Le jeu suit la triste destinée de Richard Aiken à son arrivée dans le manoir Spencer, jusque sa rencontre avec le terrible Yawn. En parallèle, ont suit la préparation de l’équipe Alpha des S.T.A.R.S. menée par Albert Wesker.
Autant être franc, c’est très mauvais : Mal écrit (scénario de Dan Shahee, Chris Krahmer et Simone Seydoux) et dessiné avec les pieds par un Dave Johnson débutant pas vraiment au top et qu’on a depuis connu plus à l’aise.
Un pur objet promotionnel sans autre réel intérêt que d’être un collector très prisé des fans car aujourd’hui complètement introuvable.

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Deux ans plus tard, peu après la sortie de Resident Evil 2 sur le sol américain, c’est DC/Wildstorm qui obtient la licence Resident Evil et lance un magazine sobrement intitulé Resident Evil. Ce magazine durera 5 numéros et consistera surtout en un ensemble d’histoires courtes ayant plus ou moins de liens entre elles se déroulant dans l’univers de Resident Evil 1 et 2 et ou utilisant les personnages de ces deux jeux.
La plupart des ces histoires sont assez courtes et signées principalement par les scénaristes Ted Adams (aujourd’hui président de IDW) et Kris Oprisko (un habitué des comics à licence puisqu’il travaillera sur les adaptations en comics de Metal Gear Solid, Les Experts ou encore Underworld). Niveau dessins, là aussi quelques artistes reviennent régulièrement et plutôt des têtes connues, principalement Carlos D’Anda et Lee Bermejo.

17Autant être franc, c’est vraiment pas la joie et la qualité des histoires oscillent souvent entre le « pas terrible » et le « nul »… Des lectures anecdotiques puisque même pour les fans ces histoires n’ont aucun intérêt, ne faisant même pas partie de la chronologie.
Les différents numéros sont agrémentés d’interviews et de fiches des personnages et monstres ainsi que de jolies couvertures, notamment de Jim Lee.
Pour résumer, un pur magazine destiné à racketter l’argent des fans les plus assidus.
Sachez que si le cœur vous en dit, les histoires courtes des quatre premiers numéros (pour une raison que j’ignore il manque les histoires du numéro 5) sont compilés dans un trade paperback intitulé Residen Evil Collection One.

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Le second « comic » publié dans le pays de l’oncle Sam est en fait l’adaptation de Resident Evil Code Veronica, mais ça, j’y reviendrais plus bas.

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Troisième comic Resident Evil, Fire & Ice est toujours publié par Wildstorm sous la forme d’une mini-série en 4 numéros publiée de décembre 2000 à mai 2001, puis réimprimée dans un trade paperback en 2010 pour accompagner la sortie du jeu Resident Evil 5. La série fut publiée en France par Panini Comics en 2010 dans un hardcover sous le titre Resident Evil : La Glace et le Feu.
Au scénario on retrouve donc les auteurs ayant « œuvré » sur les numéros du magazine publié en 1998, à savoir Ted Adams et Kris Opersko au scénario et Lee Bermejo et Shawn Crystal aux dessins.
On fait donc la découverte de l’équipe Charlie des STARS, une équipe spécialement créée pour combattre les scientifiques fous de la société Umbrella. L’équipe Charlie enquête sur un cirque visiblement infecté par un virus et va vite découvrir les ramifications et origines de cette infection.

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Là encore et malgré le talent de Lee Bermejo, ça ne vole pas bien haut et la lecture devient vite très barbante et le pire c’est que malgré le fait que je sois très bon public pour ce genre de publications, c’est assez rare que je ne ressente pas l’impression de lire un comic dérivé de la série dont il porte le nom et c’est ce qui s’est passé avec Fire & Ice car durant toute la lecture je n’ai pas eu l’impression de lire un comic Resident Evil… Les personnages ne sont pas attachants, les scènes d’action anecdotiques et l’histoire pas vraiment originale.
Encore une occasion manquée avec un comic qui aurait pu être réussi.

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Le dernier comic Resident Evil publié à ce jour est une mini-série en 6 numéros sobrement intitulée Resident Evil Volume 2 et fut publiée par Wildstorm en 2009 puis compilée dans un trade paperback en 2011.
Le scénario est de Ricardo Sanchez et les dessins de Jheremy Raapack et Kevin Sharpe.
Le scénario, même si il ne fait pas partie de la chronologie officielle est un spin-off de Resident Evil 5 et nous présente deux nouveaux personnages, membres du BSAA : Mina Gere et Holiday Sugarman. En mission sur une station spatiale, Mina Gere va se retrouver aux prises avec des zombies et des mutants, pendant ce temps, en mission au Grezbekistan, l’équipe de Sugarman se fait décimer par une armée de mutants, il sera le seul survivant. Ces deux événements apparemment sans lien vont très vite se recouper quand Sugarman et Mina Gere vont devoir faire équipe.

Enfin un bon comic Resident Evil ? Presque ! Suivant la logique de la série des jeux, ce comic délaisse le coté survie pour se concentrer sur de l’action gore à outrance et ma foi, ça fonctionne plutôt bien. L’histoire ne casse pas trois pattes à un zombie mais se laisse suivre agréablement, du fait d’une narration décomplexée peu avare en dialogues et des dessins étonnement réussis.
En bref, une mini-série qui ne réinvente pas le genre mais se laisse agréablement lire sans lassitude.

Resident Evil : Code Veronica, l’adaptation officielle

Cette bande dessinée est l’adaptation officielle du jeu du même nom, elle est écrite par Lee Chung Hin et Hui King Sum et dessinée, encrée et colorisée par Hui King Sum. Elle fut publiée en Chine et en Corée en 2000 en 18 numéros, quasiment conjointement à la sortie du jeu, puis publiée aux États-Unis par Wildstorm en 2002.

L’histoire reprend exactement la trame du jeu : Alors qu’elle a infiltrée le QG parisien de la société Umbrella, Claire Redfield est capturée puis emprisonnée sur l’île prison de Rockfort Island. Suite à une attaque de l’île par un commando inconnu, elle est libérée par son geôlier et découvre que l’île est peuplée de zombies… Elle fait la connaissance d’un autre prisonnier évadé, le jeune Steve, et les deux infortunés vont devoir faire équipe pour sortir vivant de l’enfer qu’est devenu la petite île. Peu après sa libération, Claire réussi à envoyer un message de détresse à son frère, Chris, qui se met immédiatement en route pour secourir sa sœur.

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Comme pour le jeu qu’il adapte, ce comic, qui est en fait un manhwa (8), a une histoire de publication assez originale : Publiée d’abord en Corée et en Chine en 18 chapitres, cette bande dessinée sera ensuite traduite en anglais en quatre volumes, comprenant chacun 4 chapitres et la moitié d’un cinquième, la suite dudit chapitre scindé en deux se trouvant dans le volume suivant. Les dialogues ont été de plus complètement réécrit pour la version anglophone par Ted Adams et Kris Oprisko (encore eux…)

Objectivement, cette bande dessinée est très réussie, à condition de ne pas être allergique au style coréen : Plus vif, énergique et dépouille que le style japonais, si on ne connait pas trop ce genre, ses aspects peuvent être déstabilisant aux début mais très honnêtement, on s’y fait assez vite. Le trait est donc très vif et dynamique et les décors sont souvent assez chiches, privilégiant les personnages et l’action (9).

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CV ne déroge pas à la règle et reste dans les canons inhérent du style manhwa : Tout les aspects visuels inhérent au style sont présents, après, libre au lecteur d’adhérer ou non. Personnellement, j’ai eu un peu de mal au début et puis au bout de quelques pages on s’y fait, tout est question de goût. Néanmoins, si déjà vous êtes habitués à lire des mangas, la lecture d’un manhwa ne devrait pas vraiment être un problème.
Enfin, lors de gros plans où de splash-pages, la colorisation prend un aspect peint du plus bel effet et les-dites vignettes et pages ont un rendu parfois vraiment impressionnant, certaines égayant d’ailleurs cette chronique.

Niveau scénario, si vous avez fait le jeu, pas de véritable surprise à l’horizon puisque cette bande dessinée suit pas à pas le déroulement du jeu original, quasiment aux détails prêts : L’action suit celle du jeu quasiment à l’identique, allant même jusqu’à représenter les personnages ramassant certains items ou donner les solutions des énigmes. Une fidélité bienvenue qui montre un respect évident pour le matériel original mais qui à la longue se révèle un peu « lourde » : En effet, lire une bande dessinée qui est entrecoupée de passages durant lesquels les personnages débattent avec eux-même sur l’utilité de tel ou tel objet casse parfois un peu le rythme.
D’un coté, pour ceux qui n’ont pas fait le jeu, c’est plutôt bienvenu puisque la lecture de la bande dessinée peut quasiment servir de compagnon et aider à anticiper certains événements et difficultés du jeu original, néanmoins il faut avouer que pour ceux qui ne jouent pas, savoir que telle clé ouvre telle porte n’a pas grand intérêt.

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Au final est-ce que je conseille la lecture de cette bande dessinée ? Assurément, d’une part pour sa fidélité à l’œuvre originale car elle permet de revivre cette véritable odyssée de l’horreur que vont vivre Claire, Steve et Chris sur Rockfort Island de façon très fidèle. Ensuite pour son style visuel vraiment original qui sort des sentiers battus.
A mi-chemin entre objet promotionnel et véritable bande dessinée d’action/horreur, Resident Evil : Code Veronica est une œuvre atypique, intéressante et vraiment originale : Un must read pour les fans de la franchise et une vraie et excellente curiosité pour les autres.

Sachez que la Corée adapta également les opus deux et trois de Resident Evil ainsi que l’épisode Zero, ces différentes bande dessinées ayant d’ailleurs aujourd’hui le même point commun : Celui d’être extrêmement rare, donc très prisé des fans et s’arrachant donc logiquement à prix d’or sur internet : Comptez entre 40 et 70 € selon les tomes pour la version américaine de Resident Evil Code Veronica

Resident Evil est devenu avec le temps bien plus qu’une série de jeux vidéo : Déclinée en films, bandes dessinées, romans (papier et audio) et multiples produits dérivés, c’est devenue une part essentielle de la culture horrifique geek, elle a également instauré des codes visuels et scénaristiques uniques.
De part son style sans équivalent à ce jour, la saga a su transcender le jeu vidéo et est devenue elle-même une référence qui dorénavant influence les médias dont elle s’est inspirée : La série fêtait ses 20 ans d’existence en 2015 et il est fort à parier que l’on a pas fini d’en entendre parler  !

Resident Evil : Code Veronica, mini-série en 4 tomes publiée de juin à Décembre 2002 aux États-Unis par DC/Wildstorm.

1 : La série fut renommée Resident Evil en occident pour éviter une confusion avec un groupe de métal américain du même nom.

2 : Il est utile de préciser que l’appellation « Survival Horror » fut créée par Capcom pour designer les jeux de ce style sortis par eux-même, même si elle s’est généralisée depuis, à la base c’est un terme réservé aux productions Capcom, tout comme le terme « Versus Fighting » qui désigne les jeux de combat sorti chez Capcom.

3 : Le premier Resident Evil sera même le seul jeu de l’histoire à obtenir la note ultime de 100% dans le magazine de jeux vidéo français Joypad.

4 : Mikami n’hésita pas par exemple à reprendre de zéro le développement de Resident Evil 2, pourtant achevé à… 65%  ! Reculant ainsi de quasiment un an la sortie du jeu. Le bougre réitéra la chose à une moindre mesure lors du développement de Resident Evil 4, passant d’un style survival horror à un style de pur jeu d’action.

5  : Prévu sur Playstation 2, Resident Evil 3 sortira finalement sur Playstation 1 et là encore pour une histoire de rivalité : En effet Capcom n’aurait apparemment pas apprécié que Sony envoie en priorité ses kits de développement Playstation 2 aux studios qu’elle jugeait plus « loyaux » et quels étaient ces studios  ? Je vous le donne en mille : Namco et Squaresoft  !

6 : D’ailleurs Shinji Mikami n’ayant été que producteur sur Resident Evil 2 et 3, il considère Code Veronica comme son véritable Resident Evil 2.

7 : Pour information, le jeu est disponible sur Dreamcast, Playstation 2, Gamecube, PS3 et Xbox 360. On peut aussi revivre l’histoire du jeu de façon assez fidèle sous la forme d’un jeu de tir dans Resident Evil : The Darkside Chronicles sur Wii et PS3. A noter également que le deuxième opus de la série de jeux vidéos Survivor reprend la trame scénaristique de Resident Evil Code Veronica, mais vu la qualité du titre, très mauvaise, il vaut mieux se tourner vers The Darkside Chronicles.

8 : Un manwa est une bande dessinée coréenne, très proche du manga, ces bandes dessinées ont en fait un style et une narration qui leur sont propres, légèrement différente de leurs cousins japonais.

9 : L’autre différence entre manga et manhwa est le mode de publication : Là où les mangas sont d’abord publié de façon hebdomadaire dans de grosses revues anthologique en noir et blanc (comme le très célèbre Weekly Shonen Jump), les manhwas sont en couleurs et publiés sous forme de fascicules d’une vingtaine de pages, un peu à la manières des comics américains.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #34

Vampires Vs Zombies  !

 

 

Les « Jeudis » prennent aussi leurs quartiers d’été en ce beau mais chaud mois d’août ! Après un long dossier en deux parties sur la saga Massacre à la Tronçonneuse (que vous pouvez retrouver ici et ici) qui m’a cannibalisé (sans mauvais jeux de mots) pas mal de temps et d’efforts, je lève le pied ce mois-ci et plutôt que de vous proposer un long dossier sur un thème ou une saga horrifique précise, je vous propose pas une, mais deux reviews de deux comics d’horreur traitant du même thème : Et si les vampires existaient, comment réagiraient-ils à une invasion de zombies (qui eux n’existent pas non plus cela dit…) ?
Deux auteurs ont tenté de répondre à cette question et pas des moindres : La légende de l’horreur qui nous a malheureusement quitté depuis peu, George Romero et le surdoué Max Brooks. Deux légendes, deux approches différentes, direction le stade ultime de l’horreur, quand vampires et zombies sont forcés de se tirer la bourre !

Honneur aux légendes et ouvrons le bal avec Empire of the Dead, de George Romero et Alex Maleev, Dalibor Talajic et Andrea Mutti, publié en trois tomes en France par Panini de Septembre 2014 à Mai 2015.

L’humanité se remet tant bien que mal de la peste zombie qui a sévi des années 60 à nos jours : Les zombies sont quasiment vaincus, la peste est endiguée et les humains tentent tant bien que mal de reformer une société cohérente dans des bastions dirigés de main de maître par des hommes politiques tyranniques et sans pitié. C’est le cas de New York, ville fortifiée dirigée par le maire Chandrake. Dans cette ville sans foi ni loi, Penny Jones, une jeune scientifique, étudie les zombies et constate qu’en plus d’avoir réussi à les domestiquer, ces derniers servant désormais de chair à canon pour les militaires et de gladiateurs pour amuser les civils dans des duels d’arènes, évoluent et sont progressivement en train d’acquérir des consciences qui leurs sont propres, c’est le cas de Xavier, une jeune militaire récemment infectée qui lutte entre sa raison et la faim tenace qui la tiraille.
Mais dans New York, des rumeurs folles se propagent : Des cadavres sont découvert exsangues dans les rues, deux marques au cou et la haute société qui dirige la ville ne semble pas être étrangère à ces meurtres. Commence alors pour Penny Jones, Xavier et quelques autres une succession de découvertes, comme un mystérieux « Camp de Travail » dans lequel des jeunes gens sont parqués comme des animaux et disparaissent.

Empire of the Dead est un récit typique de George Romero, on y retrouve la plupart des thématiques chères au réalisateur avec la lutte des classes, l’anti-militarisme, l’évolution des zombies vers une seconde humanité et beaucoup d’autres choses que je vous laisse le soin de découvrir.
De plus, Romero a eu la bonne idée de placer son récit dans son propre univers et sa saga des …  Of The Dead : Ainsi, plusieurs références sont faites aux films La Nuit des Morts Vivants, Zombie mais surtout à Day of the Dead et Land of The Dead, Empire of the Dead étant d’ailleurs plus ou moins une suite à ce dernier film, tant les thématiques et l’aspect visuel sont similaires.

9Là où l’incursion des vampires aurait pu paraître plutôt exagérée et extravagante, Romero a choisi de traiter cela de façon subtile et plutôt que de faire des vampires des êtres bestiaux et assoiffés de sang, à l’image des zombies pour la chair humaine, ils sont ici dépeint comme des êtres froids et calculateurs, se rendant bien compte que sans les humains et à la mercie des zombies, leur propre race va droit à sa perte. On retrouve donc et comme je le citais plus haut, un parallèle avec la lutte des classes cher au réalisateur de Pittsburg, les vampires symbolisant de toute évidence les politiques et les zombies la classe populaire, qui tant qu’elle reste passive ne représente pas de danger mais qu’il faut tout de même garder à l’œil. A coté de ça, il y a aussi des références faite à plusieurs thèmes « zombiesque », notamment l’apprivoisement et l’évolution des zombies, commencé dans Le Jour des Morts-Vivants et développé dans Land of the Dead, la zombie Xavier ayant assurément des points communs avec le zombie pompiste Big Daddy du film.

11Empire of the Dead est de ce fait un récit dense, complexe, qui peut être lu à plusieurs niveaux : Bien loin d’un combat gore entre deux espèces du cinéma d’horreur, c’est une histoire intelligente, dont le seul et unique défaut est peut-être, selon moi, une profusion de personnages qui du fait force parfois le lecteur à revenir en arrière pour se remémorer qui est qui.

Visuellement, les trois tomes sont signés par trois artistes différents, mais au style assez similaires.
Le premier tome est dessiné par la star Alex Maleev, le bulgare et sont style sombre servant à merveille le récit, pas grand chose à reprocher à ce tome, le trait de Maleev étant résolument parfaitement adapté au récit.
Le second tome quand à lui est réalisé par Dalibor Talajic, l’artiste croate ayant un trait sensiblement similaire à celui de Maleev, moins détaillé et plus clair dans les lignes notamment, on est pas trop dépaysé et la transition se fait en douceur. Enfin le dernier tome est signé par Andrea Mutti, un autre habitué de cette rubrique et des récits d’horreur en général, là encore le choix de l’artiste est pertinent puisque son style s’adapte parfaitement à ceux de ces prédécesseurs, donnant à l’ensemble une cohérence assez surprenante malgré la succession de trois artistes.
12A noter que toutes les couvertures alternatives sont compilées en fin de chaque album et on y retrouve des talents comme l’habitué des zombies Arthur Suydam, Frank Cho, Greg Horn, Alexander Lozano ou l’excellent et brillant Francesco Mattina.

Panini propose les trois tomes en hardcover, dans une édition et une traduction impeccable : Rien à redire de ce coté là.

En résumé  : Une histoire d’horreur ancrée dans la saga cinématographique de George Romero qui étend et développe des thématiques de façon intelligente, bien illustrée et bien éditée, en bref une lecture plus que recommandable.

Deuxième round et c’est cette fois au créateur du fameux et depuis référentiel Guide de Survie en Territoire Zombie de s’attaquer à cette épineuse question : Et si les zombies infestaient un monde déjà peuplé de vampires, comment ces derniers réagiraient-ils ? Extinction Parade est un comic en deux tomes publié en France par Panini en juin et novembre 2015, c’est donc Max Brooks qui scénarise et le dessinateur espagnol Raulo Caceres qui s’attelle au coté visuel.

L’infection zombie est en train de se déclarer et les humains sont envahis par les vagues de zombies qui se propagent de plus en plus de part le monde. D’abord amusés et condescendants, les vampires observent cette débandade, amusés de constater que les humains et leur société soient si facilement submergés par des êtres si faibles et pitoyables. Mais malgré tous leurs efforts pour endiguer l’infection, les humains succombent et l’amusement des vampires va vite se succéder à un sentiment d’inquiétude, voir de peur : Et si les humains étaient vaincus, que vont-ils devenir sans source de nourriture ? L’extinction des vampires, dont l’existence dépendait des humains, est-elle également en marche ? Depuis des millénaires, habitués à vivre dans l’ombre d’une société humaine qu’il méprisent, les vampires vont devoir sortir de leur anonymat pour combattre les zombies et ainsi devenir, peut-être, les sauveurs de la race humaine.
Mais là où les humains, malgré des siècles d’expériences de la guerre ont échoué, les vampires et leurs simples pouvoirs suffiront-ils à venir à bout de la horde de zombies, maintenant maîtres du monde, les vampires ont-ils retenu les leçons de la défaite humaine ? Rien n’est moins sûr…

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Même thème, traitement différent : Max Brooks dépeint dans Extinction Parade des vampires absolument détestables : Orgueilleux, condescendants, les vampires de Max Brooks sont des êtres absolument infâmes, traitant les humains, pourtant essentiels à leur survie, comme du bétail. Dans le premier tome, les vampires, d’abord amusés de la débandade humaine face aux zombies prennent peu à peu conscience de ce qui se passe : L’extinction des humains est inéluctable, et sans humains plus de sang et donc cela signifie aussi leur extinction à eux. Les vampires sont alors forcés de sortir de l’ombre et combattre les zombies, mais ces êtres si puissants se révèle eux aussi rapidement submergés par la masse des zombies et doivent très vite revoir leur tactique. C’est ainsi que dans le second tome, sous titré Guerre Totale, les vampires vont devoir apprendre à faire ce qu’ils n’ont jamais fait : La Guerre. Mais là où les humains ont échoué malgré leur expérience millénaire à s’entre-tuer, les vampires vont devoir commencer à zéro, étudiant l’ennemi, tirant des leçons des victoires et des défaites…

3Véritable analogie de l’évolution de la société et des statuts des êtres qui la composent dans le premier tome, les vampires symbolisant évidemment « les puissants » et les humains la classe populaire qui même si elle est à leurs yeux méprisables est essentielles à leur survie, Extinction Parade est un portrait au vitriol sanglant de notre société qui va droit dans le mur de par son inertie et sa condescendance : Ainsi les vampires restent inertes face à une situation qui très vite devient ingérable et se réveille pour secourir une civilisation qui est aux portes de son extinction au pire moment, celui où l’écroulement est déjà engagée…
7Dans le second tome, les vampires, cachés depuis des millénaires doivent faire la guerre, mais dans ce cas là, il faut tout commencer à zéro mais la situation est déjà mal engagée, et les vampires n’ont qu’un seul exemple, celui des humains, qui ont déjà échouer face aux zombies : Les suceurs de sang ont-ils retenu la leçon de la défaite humaine ou vont-ils de nouveau faire des erreurs ? Le constat de Max Brooks est cinglant : Là encore dans ce tome on a droit à une analogie de l’histoire de la guerre au travers des découvertes et expérimentations des vampires, où l’évolution des moyens ne va pas forcément dans le bon sens…
La conclusion est sans équivoque, mais pour la connaître, il va falloir lire cette histoire  !

Visuellement, c’est un de mes artistes favoris qui s’occupe de ce combat sanglant, le dessinateur espagnol Raulo Caceres. En effet, Caceres fait sans conteste parti de mes artistes favoris, donc excuse-moi si j’ai tendance à trop jeter de fleurs durant les lignes qui suivent.
Visuellement, le savoir faire de l’artiste est stupéfiant à chaque page : C’est gore, très gore même, honteusement détaillé tout en restant lisible, les splash pages sont énormes, dépeignant des scènes de massacres absolument infernales. De même le savoir faire de l’artiste dans le dessin des corps et des expressions des visages dans le style typiquement ibérique – style que j’affectionne beaucoup en passant – fait des merveilles : L’horreur de certaines situations est véritablement visible sur le visage de certains personnages, rendant du coup l’immersion et le coté désespéré de l’histoire encore plus fort.
Caceres était donc véritablement l’artiste tout désigné pour cette histoire, un carton plein absolument flagrant dès les premières planches, comme vous pourrez le constater avec les images qui égayent cet article.

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Extinction Parade est donc une histoire surprenante : Sur des visuels gores et cradingues de toute beauté, Brooks réussi à y ajouter une réflexion et un constat cinglant de l’état de notre société et de ses dérives. Un tour de force salutaire, une lecture dont on ressort le cœur et l’esprit retournés.

Bien loin de l’image habituel des « Versus », Empire of the Dead et Extinction Parade sont deux visions, certes très différentes, mais à la fois intelligentes et surprenantes de la rencontre entre deux icônes de l’horreur.
Je dis souvent qu’il n’y a pas de mauvaise idée, juste de mauvais scénaristes et le fait de faire s’opposer deux mythes aussi différents que les zombies et les vampires était en soit un projet casse-gueule, à moins d’y mettre des personnes compétentes et talentueuses qui maîtrisent le sujet, et qui mieux que George Romero et Max Brooks, spécialistes des histoires de zombies pouvaient réussir ce tour de force ? La preuve tient en ces deux histoires, réussies tout en étant très différentes, mes lectures conseillées de l’été, assurément  !
(sauf que l’été prend fin le jour de la publication de cette chronique…)

 

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #32 et 33

Massacre à la Tronçonneuse, première partie

Il est des films qui marquent durablement, que ce soit le spectateur, le monde du cinéma, la culture populaire et l’imaginaire collectif. Une famille de cannibales du fin fond du Texas, des victimes terrorisées, une ambiance glauque et poisseuse ainsi qu’un boogeyman devenu depuis une figure emblématique de l’horreur moderne : Il n’en aura pas fallu plus pour faire de The Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la Tronçonneuse en France) un film culte, symptomatique de son époque et représentatif de toute une nouvelle génération de cinéastes et de films qui en leur temps vont redéfinir le monde de l’horreur au cinéma. Massacre à la Tronçonneuse s’est aussi une licence foisonnante : Sept films, des produits dérivée à la pelle et bien sûr vous vous en aurez douté puisque c’est le nerf de cette rubrique, des comics !
Avant de nous intéresser plus particulièrement aux déclinaisons en format neuvième art de cette saga mythique, petit rappel de ce qu’est Massacre à la Tronçonneuse, son histoire et son impact.

At the chainsaw – chainsaw buffet
The secret ingredient screams
You’re my main course
At the chainsaw buffet
Feed on man-eaters’s cuisine
At the chainsaw – chainsaw buffet

Lordi – The Chainsaw Buffet, extrait de l’album The Arockalypse (2006) (1)

Note  : Pour des raisons de place et d’exhaustivité, je ne m’intéresserais qu’à deux films de la saga, à savoir le film original et son remake de 2003. Le premier pour son coté historique et iconique et le second d’une part pour sa qualité indéniable, et car la plupart des comics Massacre à la Tronçonneuse sont issus de l’univers de ce film.

Massacre à la Tronçonneuse  : L’enfant de la douleur

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Massacre à la Tronçonneuse sort sur les écrans américains le 1 octobre 1974 et pour les américains c’est un choc, aussi bien visuel qu’émotionnel : Le film est d’une violence crue, brutale et sans concession, du jamais vu jusqu’alors. Filmé de manière réaliste, limite documentaire, le film choque, dégoûte, indigne et fascine : Nous sommes dans les années 70 et le cinéma d’horreur amorce déjà depuis plusieurs années un virage vers quelque chose de nouveau et Massacre à la Tronçonneuse va en être l’une des pierres angulaires.

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L’histoire raconte la calvaire vécu par Sally Hardesty et sa bande d’amis : Alors qu’ils traversent le Texas en van, Sally et son frère handicapé Franklin insistent pour faire un détour par leur maison d’enfance. En chemin ils prennent en auto-stop un personnage aussi excentrique qu’inquiétant : Scarifié, en proie à un accès de démence, il s’entaille la main en hurlant de rire avant d’être éjecté du van. Arrivé à une station service, pas plus d’aide ne leur viendra du gérant, personnage affable mais bizarre…
Arrivés à la maison d’enfance de Sally et Franklin, quelques membres du petit groupe disparaissent à proximité d’une petite ferme se trouvant non loin. Très vite la nuit tombe et commence alors pour Sally un véritable calvaire aux mains d’une des familles de psychopathes les plus dangereues et les plus sadiques jamais vus au cinéma.

Pour comprendre l’impact du film, il faut se remettre dans le contexte de l’époque : Nous sommes à la fin des années 70, les États Unis sortent péniblement de la guerre du Viêt Nam, un conflit qui leur aura coûté leur fierté, aura divisé le pays et marque en quelque sorte la fin de l’idéal de vie à la mode américaine. Le modèle de « l’American Way of Life » est ébranlé par ce conflit sanglant, les jeunes générations cherchent à se démarquer mais se heurtent à la réalité : Le mouvement hippie a du plomb dans l’aile et montre ses limites, la jeunesse est déboussolée et désillusionnée, l’actualité et frappée par des faits divers qui vont eux aussi marquer l’époque : Le scandale du Watergate ébranle l’Amérique et des noms comme Ed Gein, Charles Manson, Ted Bundy ou John Wayne Gacy font les gros titres des journaux. Pour la plupart de ces criminels, ils sont tous de la même génération et leurs méfaits participent à façonner un nouvel imaginaire horrifique, plus réaliste, dont le cinéma va vite s’emparer.
Dans les années 50/60, le cinéma est dominé par l’horreur gothique de la Hammer, des films qui placent l’horreur dans des châteaux luxuriant européens et confrontent les victimes à des monstres pour la plupart issus de la littérature populaire : Dracula, le monstre de Frankenstein ou la Momie sont les têtes d’affiche de toute une pléthore de films dont le succès s’étiole considérablement à cette époque, le public ne croit plus à ces histoires trop souvent ressassées et cherche de la nouveauté.

Quelques films et réalisateurs vont commencer à marquer une évolution du style vers quelque chose de différent, dés le milieu des années 60 quelques films vont apparaître et progressivement faire évoluer l’horreur au cinéma vers quelque chose de différent : On notera des films comme 2000 Maniacs de Herschell Gordon Lewis en 1964, La Nuit des Morts-Vivants de George Romero en 1968, Black Christmas de Bob Clark en 1974, Le Mort Vivant de ce même Bob Clark la même année qui reprend le thème du symptôme post-traumatique de la guerre du Viêt Nam, La Colline à des Yeux de Wes Craven en 1977, Halloween de John Carpenter en 1978, Zombie de George Romero et I Spit On Your Grave de Meir Zarchi la même année et enfin Maniac de William Lustig en 1980.

Ces films ont pour points communs de démonter les codes jusque là établis par le cinéma d’horreur et d’amener l’horreur au plus proche du spectateur : Fini les monstres classiques, les châteaux hantés et les cimetières brumeux, les nouvelles faces de l’horreur ont des visages humains, tueurs en séries, zombies, psychopathes en tout genre sont légions et l’action est délocalisée dans les quartiers pavillonnaires, les campagnes et les lieux de vie communs (hôpitaux, centres commerciaux etc.). De ce fait, le spectateur se sent du coup plus impliqué dans l’action donnant au cinéma une authenticité accrue, c’est d’ailleurs sur cet aspect réaliste que va jouer au maximum Massacre à la Tronçonneuse, jusque allez dans… La publicité mensongère  !

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L’idée de Massacre à la Tronçonneuse vient au jeune réalisateur Tobe Hooper durant les années 70 alors qu’il n’est qu’un simple étudiant en cinéma documentaire, ces études seront d’ailleurs déterminante pour le style visuel de son futur film.
Il développe l’histoire pendant des années, s’inspirant notamment beaucoup du tueur nécrophile Ed Gein, dont il reprendra beaucoup d’éléments, notamment la ferme isolée, le masque en peau humaine de son tueur à la tronçonneuse et l’attirance pour la profanation de cadavres d’un des autres personnages. Pour ce qui est de la tronçonneuse, l’idée lui est venu alors qu’il était en train de faire la queue dans un magasin, il remarqua un étalage avec des tronçonneuses et se dit que si il pouvait en saisir une et découper les autres clients avec, il avancerait plus vite.
Le scénario définitif sera écrit par Tobe Hooper et Kim Henkel et le tournage commence dans une petite ferme de Round Rock au Texas, durant l’été 1973.
La plupart des acteurs sont de parfaits inconnus, pour la plupart, ils sont texans et ont simplement joué dans des publicités ou des films d’entreprise.

Les conditions de tournage sont extrêmes : Dans la petite ferme, la température estivale avoisine souvent les plus de 40 degrés et dû à un budget serré, l’équipe tourne parfois jusque 16 heures par jour, mettant à rude épreuve les nerfs des acteurs : La relation avec certains acteurs, notamment William Vail qui, excédé par les conditions de tournage deviendra insupportable, la légende raconte même que Tobe Hooper le fera mourir plus tôt que prévu dans le film afin de se débarrasser de lui.
De plus, l’atmosphère du plateau est très lourde : Pour les besoins du tournage, Hooper et Henkel se sont approvisionnés en os et cadavres d’animaux chez un vétérinaire du coin. Très vite les charognes d’animaux commencent à pourrir à cause de la chaleur et on doit injecter du formol dedans. L’odeur de pourriture, de formol, la chaleur et le manque de sommeil mettent à bout les acteurs et l’équipe technique, si bien que durant la scène du dîner, l’actrice Marilyn Burns craque et fait une véritable crise de nerfs, visible à l’écran, cette scène n’étant en fait pas simulée.

L’autre acteur du film à souffrir du tournage n’est autre que Gunnar Hansen, qui interprète Tronche de Cuir : Afin que les autres acteurs le trouvent toujours impressionnant et ne sympathisent pas avec lui, il passe la totalité du tournage à l’écart des autres, portant son masque durant parfois 16 heures par jour, même pour manger.
Encore pour des raisons budgétaires, le sang utilisé dans le film est du véritable sang d’animaux, récupéré dans un abattoir car moins cher que le sang factice.
Niveau budget, le film devient rapidement un gouffre : Prévu au départ pour ne coûter que 60 000 dollars, il en coûtera en fait plus de 300 000…

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Conscient que le réalisme est une part essentiel du succès d’un film, la première bande annonce du film n’hésitera pas à scander « Ce qui se passe est réel », l’idée d’un tel slogan étant venu à Hooper après qu’il ait vu dans la rue l’affiche d’un film d’horreur de série B utilisant le même genre d’accroche.

Le film sort le 1 octobre 1974 à Austin au Texas dans une version classé X (interdit au moins de 18 ans), Hooper demandera à de nombreuses reprises à la MPAA d’examiner de nouveau le film afin qu’il obtienne un classement R, classement accordé après la coupe de plusieurs scènes.
Une version complète du film sera finalement diffusée avec une interdiction R à San Francisco, provoquant le départ de plusieurs spectateurs durant la projection du film. En 1976, deux cinémas d’Ottawa au Canada projetteront le film, les gérants seront alors convoqués par la police locale afin de cesser sa diffusion sous peine de condamnations.
Le film sera interdit dans de nombreux pays, notamment l’Angleterre qui après un an de diffusion en salles censurera le film, censure qui ne sera levée qu’en 1998. Le film sera également interdit dans sa version intégrale en Australie, le pays des kangourous lui préférant sa version coupée R du MPAA américain. Le film sera également interdit de diffusion et d’exploitation dans de nombreux pays, notamment la Suède, la Finlande, le Chili, l’Irlande et la France.
Pour ce qui est de notre beau pays, il sera interdit par cinq ministres de la culture successifs, et malgré l’acharnement du distributeur René Chateau qui a acquis les droits du film, c’est finalement Jack Lang qui lèvera cette interdiction en 1979. Massacre à la Tronçonneuse sera d’ailleurs le premier film que René Château éditera en VHS dans sa collection « Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision  , suivront d’autres films marquants comme Zombie de George Romero et Maniac de William Lustig.

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Malgré tous ces aléas, le film est un succès mondial et rapportera rien qu’aux États Unis plus de 31 millions de dollars, devenant l’un des films d’horreur les plus rentables de l’histoire, il ne sera détrôné que 4 ans plus tard par Halloween de John Carpenter.

D’un simple film a petit budget, filmé et distribué dans la douleur, Massacre à la Tronçonneuse devient un des films emblématiques de l’histoire du cinéma en redéfinissant (ainsi que d’autres films de l’époque) tous les codes de l’horreur. Un film charnière, indispensable qui quelques décennies plus tard, n’allat bien évidemment pas échapper à la mode du remake…

Massacre à la Tronçonneuse 2003  : On ne prend pas les mêmes et on recommence  !

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En 2003, le producteur Michael Bay, à l’époque tout juste auréolé de ses succès en tant que réalisateur sur des films d’action comme Bad Boys, Rock, Armageddon et Pearl Harbor décide de produire un remake de Massacre à la Tronçonneuse.
Levée de boucliers immédiate de la part des fans qui voient en l’intention de cet actioner une entreprise purement mercantile qui débouchera forcément sur un futur nanar, hors c’était bien mal connaître le gaillard.
Pour ne rien arranger, Bay nomme à la réalisation un parfait inconnu du nom de Marcus Nispel, réalisateur allemand qui n’a jusque là réalisé que des clips vidéos, notamment pour Faith No More, Janet Jackson et surtout Mylène Farmer, pour qui il a d’ailleurs réalisé 4 clips.
Contre toute attente, la collaboration entre le faiseur d’explosions américain et le jeune réalisateur allemand va donner à ce remake une qualité jusque là rarement atteinte pour un film de ce type.

Sorti sur les écrans en France le 21 janvier 2004, le film est boudé par la presse mais plébiscité par le public : Dés son premier week-end d’exploitation, il rapporte plus de 80 millions de dollars de recettes et reçoit de nombreuses critiques favorables, encore de la part du public.

Pour ce qui est du film en lui-même, j’avoue ne pas avoir accroché au premier visionnage et il a fallu que je le revois pour vraiment l’apprécier et il fait maintenant parti de mes remakes favoris (avec L’Armée des Morts de Zack Snyder, La Colline à des Yeux de Alexandre Aja et Halloween de Rob Zombie) et ce pour de nombreuses raisons, que je vais soumettre ici.

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Première chose appréciable, ce remake n’est pas tombé dans le piège de la copie conforme : Plutôt que de refaire le film original, le remake n’en prend que la trame originale, à savoir un groupe de jeunes, perdu au fin fond du Texas en proie avec une famille de psychopathes.

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De là, Michael Bay et son scénariste Scott Kosar vont complètement se détacher du film original et faire un film complètement différent : De passage dans une petite ville du Texas, en route pour un concert, Erin et ses amis prennent en stop une jeune femme visiblement en état de choc, bredouillant des phrases à peine compréhensible. La jeune femme fini par se suicider en se tirant une balle dans la tête à l’arrière de leur van…
Effrayés, gênés par une cargaison de cannabis qu’ils comptaient vendre durant le concert, le groupe d’amis fini par s’arrêter dans une station service et appelle le shérif du coin pour demander de l’aide. Ledit shérif leur donne rendez-vous non loin de là mais alors qu’il tarde à arriver, certains membres du petit groupe finissent par explorer les alentours et découvrent une grande bâtisse, seulement habitée par un vieil homme acariâtre en chaise roulante.

Après un coup de fil au shérif, Erin et un de ses amis sont attaqués par un individu masqué armé d’une tronçonneuse. Entre temps le shérif est arrivé sur les lieux et trouvant un joint de cannabis dans la voiture, livre un interrogatoire musclé aux jeunes gens et fini par les emmener chez lui menottes aux poignets, son chez lui étant la fameuse bâtisse découverte par Erin quelques heures plus tôt…
Commence alors pour les survivants une nuit d’horreur aux mains d’une terrifiante famille de psychopathes.

Le film est surtout remarquable sur deux points : D’une part sa direction artistique, absolument fantastique, et sa réalisation. L’addition de ses deux facteurs donne au film un cachet visuel d’une efficacité redoutable. D’un aspect sombre, poisseux et glauque, les décors sont une part intégrante de l’efficacité visuelle du film, Nispel ayant un talent indéniable pour filmer les décors.
La réalisation est également un des points forts du film : Rythmée et nerveuse pendant les phases de tensions, elle sait également se faire plus contemplative (voir notamment ce plan magnifique de Erin marchant sous des arbres ombragés), jouant avec les nerfs des spectateurs.

De ce coté on peut également féliciter la production sans faille du film, même si on n’apprécie pas Michael Bay, force est de reconnaître que sur ce genre de film, c’est un producteur de génie.
Dernier point et pas des moindres, le casting et l’interprétation : la tête d’affiche est Jessica Biel, à l’époque surtout célèbre pour son rôle de petite fille modèle dans la série bigote 7 à la Maison qui livre une performance intense très efficace. Autre point fort du casting, le rôle du shérif sadique est tenu par Robert Lee Ermey, acteur populaire pour son rôle de sergent instructeur sadique dans le Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Quand au rôle de Leatherface, il est tenu par Andrew Bryniarski, un acteur habitué des seconds rôles qui demanda lui même à Michael Bay d’auditionner pour le rôle.

Tout ces facteurs combinés font de ce Massacre à la Tronçonneuse version 2003 un film d’une redoutable efficacité, brutal, rapide et cru, il prend à contre-pied le film original pour livrer quelque chose de différent et réussi impeccablement à imposer une ambiance, un rythme qui lui est propre : Un remake détaché du film original, qui réussi à se créer sa propre identité, la définition même du remake réussi  !

Fin de la première partie, rendez-vous le mois prochain pour passer au crible les comics issues de la saga de la famille texane la plus barrée de l’histoire du cinéma  !

1 : 

Massacre à la Tronçonneuse, deuxième partie

Massacre à la Tronçonneuse : Les Comics

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Comme toute bonne saga cinématographique qui se respecte, Massacre à la Tronçonneuse a eu droit à de nombreuses déclinaisons en comics, mais de façon beaucoup moindre que d’autres sagas du même genre : Son aspect hardcore visuellement très cinématographique étant, je pense, émotionnellement assez difficile à retranscrire en bande dessinée. Ça n’a pas empêché plusieurs éditeurs de s’y essayer, pour des résultats parfois assez surprenants, dans le bon comme le mauvais. Petit tour d’horizon des versions dessinées de la famille de dégénérés la plus célèbre du Texas  !

Leatherface, mini série en 4 numéros, publiée aux États Unis par Northstar Comics en 1991

Cette mini série est en fait l’adaptation du troisième film de la saga, elle est écrite par Mort Castle, le premier numéro est dessiné par Kirk Jarvinen et les numéros suivants par Guy Burwell.
L’histoire est exactement la même que le film éponyme à quelques détails près puisque Mort Castle a travaillé à l’écriture de son scénario à partir du script original du film écrit par David Schow.
L’histoire raconte le calvaire de Michelle et Ryan, un couple de passage au Texas alors que les exactions de la terrible famille viennent d’être découvertes  : Les membres de la famille sont en fuite et la police sillonne la région à leur recherche. Mais la famille compte en fait plus de membres et Michelle et Ryan vont vite le découvrir après une échauffourée avec le gérant d’une station service particulièrement belliqueux.

Pour le scénariste, le fait d’avoir écrit son histoire à partir du script original a un effet particulièrement flagrant dés les premières pages  : Le comic est clairement plus violent et gore que le film, déjà lui-même particulièrement édulcoré (2).
Contre toute attente, cette mini-série est particulièrement réussie : L’histoire est très prenante, riche en rebondissements, en scènes gore et les dessins, même si ils restent sur de nombreux points typiques des productions des années 90 sont assez réussis.
Mention spéciale aux couvertures, réalisées par Guy Burwell, splendides  !
En résumé, un bon moment de lecture horrifique, malheureusement aujourd’hui quasiment introuvable à prix décent, chacun des 4 numéros se monnayant autour de 20 dollars…
De plus, il n’en existe pas de version reliée.

Pour la petite histoire, Nothstar avait en projet plusieurs autres comics exploitant la licence, notamment une adaptation du film original de 1974 (une publicité était d’ailleurs visible à la fin du dernier numéro de Leatherface) ainsi que deux one shots : Texas Chainsaw Massacre Portfolio (Avec Dave Dorman au scénario) et Leatherface Special, écrit par Mike Baron qui devait raconter l’enfance du tueur au masque de chaire humaine.
Tout ces projets n’ont jamais vu le jour.

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Jason Vs Leatherface, mini-série en trois numéros publiée par Topps Comics en 1995

Rencontre au sommet entre Jason Voorhees, le tueur au masque de hockey de Crystal Lake et la famille de barjots texane  !
Alors que des industriels véreux ont en projet de vider le lac, plein de déchets radioactifs, dans lequel ce bon Jason repose pour y construire un complexe hôtelier, notre bon vieux tueur monolithique se retrouve enfermé dans un container et expédié vers un dépôt de produits toxiques au Mexique. C’est sans compter la vigueur du bonhomme qui durant le voyage en train s’échappe du container, massacre le personnel à bord et se retrouve au beau milieu du Texas, sur les terres de la famille de Leatherface ! Jason ne tarde pas à croiser leur chemin et contre toute attente, touché par la détresse du monstre masqué à la tronçonneuse dans lequel il se reconnait, fait ami ami avec eux. Mais bientôt, des dissensions apparaissent et l’affrontement parait inévitable.

Écrit par Nancy A. Collins, dessiné par Jeff Butler sur des couvertures de Simon Bisley, Jason Vs Leatherface est un pur comics gore décomplexé, mais particulièrement surprenant sur la façon dont sont traités ses personnages : Le rapport entre Jason et Leatherface est ainsi parfois presque touchant, de même que les rares moments durant lesquels les membres de la famille se livrent à Jason (on pense notamment à la scène du grenier, à la fois touchante et pathétique) ou lorsque ce dernier s’interroge sur son propre statut familial.
Les dessins de Jeff Butler sont quant à eux quasiment parfaits, dessinés dans un style très EC Comics et servent admirablement le récit. Les couvertures acérées de Simon Bisley complètent ce tableau et vous l’aurez compris, Jason Vs Leatherface est une lecture que je recommande plus que chaudement.

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Malheureusement, comme pour le comic Leatherface cité plus haut, trouver les trois numéros à un prix décent est un véritable sacerdoce, aucun éditeur n’ayant reprit les droits des publications Topps, ce comic est probablement à jamais perdu dans les limbes…
Il n’existe bien évidemment pas de version reliée non plus.

Les productions Avatar Press 

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Après le remake de 2003, Avatar Press récupère de nombreuses licences issue des films d’horreur New Line Cinéma, notamment Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit et bien sûr Massacre à la Tronçonneuse, pour en produire des adaptations et des comics dérivés.
En ce qui concerne Massacre à la Tronçonneuse, Avatar Press produira deux one shots et une mini série, tous issus de l’univers du remake de 2003, tous se situant chronologiquement avant le film et lui servant de préquelle.

The Texas Chainsaw Massacre Special , one shot publié en 2005

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Dans ce one shot, on suit le calvaire de trois condamnés en fuite et de leurs compagnes. Après avoir braqué l’épicerie de Luda Mae, ils sont pris en chasse par Leatherface et le shérif Hoyt.

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Ce one shot est écrit par Brian Pulido est dessiné par Jacen Burrows, l’un des artistes phares de la maison d’édition et autant être franc d’emblée, malgré sa courte durée ce one shot est une grande réussite, réussissant en quelques pages à parfaitement retranscrire l’ambiance du film, notamment grâce à l’utilisation de tons bruns pour les couleurs et une parfaite ressemblance entre les personnages dessinés et les acteurs du film. Une réussite, dont on ne peut reprocher que la durée, beaucoup trop courte…

The Texas Chainsaw Massacre : The Grind, mini série en trois numéros, publiée en 2006

Le bus d’une chorale de jeunes filles tombe en panne à proximité de l’abattoir abandonné non loin de la ferme de la famille Hewitt. Très vite, le couple qui les accompagnait est tué par Leatherface après qu’ils soient partis chercher de l’aide. Quant aux jeunes femmes et la jeune enfant du couple, elles sont faites prisonnières et droguées par le shérif Hoyt dans l’abattoir en attendant que Leatherface viennent les tuer et les « conditionner ». Les filles vont tenter de s’enfuir, mais se sera pour affronter un à un les différents membres de la famille.

Une fois de plus c’est Brian Pulido qui écrit avec brio cette histoire dérivée du remake de 2003, on retrouve donc les mêmes personnages et les mêmes lieux. Une fois de plus, Pulido prouve qu’il a bien saisi les codes et références visuels du film et livre une histoire haletante, enchaînant les scènes gores et sadiques avec jubilation, le genre de production typique Avatar qui, je l’avoue, me ravisse à chaque fois.

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Niveau dessin, c’est l’artiste Daniel HDR qui s’y colle, dans un style très voisin de celui de Jacen Burrows sans toutefois atteindre le niveau de ce dernier, notamment dans la reproduction des visages des acteurs du film. Néanmoins ça reste parfaitement lisible, The Grind étant comme le one shot précédent une lecture particulièrement jouissive.

The Texas Chainsaw Massacre  Fearbook, one shot publié en 2006

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Quatre amis sont de passage à proximité de la ferme Hewitt, sur le chemin ils s’arrêtent à l’épicerie de Luda Mae mais alors que le shérif était de bonne humeur et aurait pu les laisser repartir sans encombre, Hoyt a des soupçons (fondés) sur le fait que l’un d’eux, végétarien qui plus est (ce qui déplaît fortement à l’irascible shérif) soit sous l’emprise ou en possession de drogues. Il n’en faut pas plus pour que le belliqueux shérif embarque tout ce petit monde jusque chez lui… Commence alors pour les quatre amis un voyage sans retour vers l’enfer.

Brian Pulido laisse sa place à Antony Johnston au scénario et ce dernier s’en sort admirablement en l’espace de quelques pages : Ce Fearbook est une nouvelle fois une réussite, gore, sans concession, sa conclusion à la fois pathétique et terrible laissant un goût amer au lecteur.
Aux dessins, Daniel HDR rempile tout en étant assisté de Mauricio Dias pour les décors : Pas grand chose à reprocher de ce côté, Daniel HDR continuant sur la lancée de The Grind.

On reproche souvent aux productions Avatar Press une certaine facilité dans le gore facile et les productions de pure exploitation : Force et de reconnaître que dans le cas de l’exploitation de la licence Massacre à la Tronçonneuse, le petit éditeur à fourni un travail admirable en adéquation avec le film qu’il exploite.
Après libre à chacun de penser ce qu’il veut de ces comics, personnellement, je suis fan et très franchement je les recommande, surtout si comme moi vous avez apprécié le remake de 2003, dont les comics cités plus haut respectent à la lettre les codes visuels et scénaristiques.
Seule déception, aucun de ces comics n’a été réédité ni collecté dans des éditions reliées et ne le sera probablement jamais pour des problèmes évident de droit… On peut toujours les trouver d’occasion par ci par là, mais souvent à des prix prohibitifs.

Les productions Wildstorm

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En 2007, Avatar Press perd la totalité de ses licences issues des films d’horreur New Line Cinéma qui sont récupérées par DC/Wildstorm. Cette même année, Wildstorm publie une mini série en 6 épisodes sobrement intitulée The Texas Chainsaw Massacre, cette mini série sera suivie de trois one shots et d’une autre mini série en 3 numéros. Un numéro spécial, New Line Cinema’s Tales of Horror, contiendra également une histoire courte mettant en scène la terrible famille (3).

The Texas Chainsaw Massacre, mini série en 6 numéros publié en 2007

Après les événements du premier film, les membres de la famille Hewitt sont introuvables, Erin, la seule survivante est en état de choc et à été placée dans un asile…
Deux agents du FBI sont chargés d’enquêter sur ces odieux crimes, l’agent Blaine est d’ailleurs l’oncle de Pepper, l’une des victimes, et est bien décidé de faire la lumière sur ces crimes odieux et la disparition de sa nièce. Arrivés sur place en même temps qu’une équipe de télévision menée par la présentatrice Kim Burns, les malchanceux nouveaux arrivants vont devoir faire face à la mystérieuse et sadique famille qui loin d’avoir disparue et est au contraire toujours bien présente, couverte par les habitants du coin qui « Ne veulent pas de problèmes avec les Hewitt… ».
Commence alors pour nos malheureuses victimes un véritable voyage en enfer, entre cannibalisme, viols et tortures rien ne leur sera épargné.

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Au scénario, on a deux scénaristes chevronnés à savoir Andy Lanning et Dan Abnett. Il est plutôt surprenant de voir ces deux scénaristes aux commandes de cette mini série, les deux hommes étant plutôt habitués aux productions super héroïques, notamment sur les séries spatiales (le tandem à fait les beaux jours des Gardiens de la Galaxie et de Thanos chez Marvel notamment). La principale différence entre le film et cette mini série, c’est la psychologie des personnages : Là où dans le film (et même dans les comics Avatar Press) pour certains leurs motivations et implications restaient assez nébuleuses, dans cette mini série ils sont tous dépeints comme de véritables psychopathes, cruels et dépravés ne laissant aucune place à l’ambiguïté quant à leur réelle place dans cette famille et leurs intentions. Les scénaristes incluent même de nouveaux membres à la famille étayant ainsi le portrait de famille déjà bien fourni en personnages bizarres.
Ce postulat plus cru et direct déplaira très certainement à ceux qui ont apprécié cette ambiguïté dans le film (on pense notamment au personnage des deux femmes vivants dans la caravane ou le jeune Jedidiah) (4) mais se révèle efficace : On ressent réellement un aspect de survie sans espoir pour les personnages tout au long de l’histoire, les survivants ne pouvant logiquement compter sur personne que sur eux-même pour survivre.
Visuellement, c’est Wes Craig qui dessine l’intégralité des 6 numéros de cette mini série et c’est manifestement très inégal : Les visages sont parfois différents d’une case à l’autre, ressemblant parfois aux acteurs du film, parfois non… Les lacunes sont nombreuses au niveau du dessin et très honnêtement, finissent par gêner la lecture.
Scénaristiquement osée, desservie par une partie graphique tout juste passable, cette première mini série n’est malheureusement pas ce qui est sorti de mieux sur l’univers de Massacre à la Tronçonneuse, une lecture à réserver aux fans pur et dur de la saga.

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Prévue à la base pour être un ongoing, la série se limitera finalement à ces six épisodes, Wildstorm préférant par la suite continuer l’exploitation de ces licences au travers de mini séries plus courtes et de one shots.

The Texas Chainsaw Massacre  : Cut  ! One shot publié en 2007

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30 ans après les événements du premier film, une équipe d’étudiants en cinéma reviennent sur les lieux du massacre pour y tourner un documentaire. Malheureusement pour eux, la maison Hewitt est toujours occupée…

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Une histoire courte plutôt bien fichue, écrite par Will Pfeifer et dessinée par Stefano Raffaele. L’histoire montre ce que sont devenues les membres de la famille trente ans plus tard et son découpage, notamment dans la scène finale, est particulièrement réussi.
Scénario intéressant ajoutant pas mal de choses à la mythologie et agrémenté de dessins réussis, un one shot plus que recommandable.

The Texas Chainsaw Massacre  : About A Boy, one shot publié en 2007

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Cette histoire est en fait une préquelle au film Massacre à la Tronçonneuse  : Le Commencement, sorti en 2007.
L’action se situe deux ans avant, en 1972 et est centrée sur Leatherface. L’instituteur de la ville se rend à la maison Hewitt afin de s’entretenir avec Luda Mae concernant son fils Thomas, futur Leatherface. Dans le même temps, Thomas espionne des jeunes en train de se baigner, surpris il est pris à parti par un des garçons qui se moque de lui et le blesse. Furieux, Thomas se met en tête de se venger…

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Une histoire intéressante, qui approfondie bien et développe des thèmes et histoires que l’on aurait manifestement voulu voir dans le film (5). Au scénario se sont de nouveau Dan Abnett et Andy Lanning et aux dessins l’artiste Joel Gomez, qui livrent une prestation honorable, on appréciera notamment le faciès de Thomas Hewitt, largement inspiré par le Frankenstein de Bernie Wrightson.

The Texas Chainsaw Massacre  : Hoyt By Himself, one shot publié en 2007

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Un histoire courte centrée sur le personnage du shérif Hoyt et de son passé durant la guerre de Corée, conflit durant lequel il fut forcé de se livrer au cannibalisme afin de survivre.

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Très certainement un des meilleurs one shot sorti à ce jour concernant Massacre à la Tronçonneuse. Cette histoire dresse un portrait à la fois terrible, pathétique et sensible du shérif Hoyt et de son passé, rendant le personnage et ses motivations presque logiques aux vues de ses expériences passées : Un must read, renforcé par des dessins absolument sublimes de Wes Craig, qui montre beaucoup encore plus l’étendue de son talent sur cette histoire courte que sur la mini série précédente sur laquelle il à œuvré.

The Texas Chainsaw Massacre : Raising Cain, mini série en trois numéros publiée en 2008

Raising Cain raconte l’histoire de deux frères jumeaux, Cain et Abel, nées au sein du clan Hewitt. L’histoire se situe plusieurs années après les événements du premier film de 2003, la mère des jumeaux est Henrietta, la femme malingre vivant dans la caravane.
Malgré son appartenance à la diabolique et monstrueuse famille, leur mère est bien décidée à les faire échapper à l’héritage familial. Après avoir pris la fuite durant la nuit, Henrietta tombe dans une rivière : Un des bébés est sauvé in extremis par Luda Mae, mais l’autre est emporté par les flots en même temps que sa mère. Henrietta meurt quelques heures plus tard au bord de la rivière, le bébé survit malgré tout et sera recueilli par une famille normale, tandis que l’autre sera élevé dans la famille Hewitt. Leurs deux destins seront ainsi mis en parallèle mais comme beaucoup de malédiction, l’héritage de la famille n’est jamais bien loin et les deux frères vont finir par être réunis…

Très certainement une des histoires les plus intéressantes sorties chez Wildstorm concernant Massacre à la Tronçonneuse : L’histoire est très réussie, brossant une fois de plus un portrait particulièrement effrayant de la famille Texane, farouchement accrochée au concept de la famille unie et malheur à quiconque essayera de passer outre cette idéologie.
L’histoire est signée par la star des comics d’horreur Bruce Jones dont j’avais déjà parlé dans mon Jeudi précédent.
Niveau dessins, j’avoue là par contre être dubitatif : Réalisés par Chris Gugliotti, leur aspect caricatural, limite abstrait, donne certes un certain cachet à l’histoire mais très honnêtement, j’aurais préféré un style plus réaliste qui à coup sûr aurait mieux servi le thème et l’ambiance de l’histoire, mais ce n’est qu’un avis personnel, le style visuel étant parfaitement maîtrisé, pas grand chose à reprocher malgré tout de ce coté là.

Bonus :
The Texas Chainsaw Massacre : The Texas Chainsaw Salesman, histoire courte issue du magazine New Line Cinema’s Tales of Horror, publiée en 2007

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Dans cette histoire courte, un vendeur à domicile s’arrête un soir à la maison Hewitt. Son destin de futur repas semble tout tracé à un détail prés qui pourrait bien le sauver  : Il vend des tronçonneuses  !

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Une histoire courte assez plaisante à la fin surprenante, écrite par Peter Milligan et dessinée de façon admirable par Tom Feister, à lire  !

Contrairement aux productions Northstar, Topps et Avatar, la totalité de ces histoires ont été collectées dans deux albums reliés, la première mini série a même été publiée en France par Panini Comics en 2009 dans leur collection Darkside.

Massacre à la Tronçonneuse est une saga mythique qui au fur et à mesure du temps a su se tailler une place particulière dans le cœur des fans d’horreur : Plus réaliste qu’un Vendredi 13 ou un des épisodes des Griffes de la Nuit, Massacre à la Tronçonneuse nous ramène à une réalité brutale beaucoup plus effrayante et viscérale, chose que peu de sagas horrifique réussissent.
Le premier film reste à ce jour un monument du cinéma d’horreur, quasiment inaltéré par le temps dont la puissance visuelle et évocatrice et encore aujourd’hui presque palpable. Même si le remake de 2003 a choisi de prendre une direction radicalement opposée, ces thématiques sont respectées et en font son digne successeur.
Les comics issus de cette franchise l’ont bien compris et pour la plupart respecte cet aspect, parfois même plus que les multiples suites sorties en film, un tour de force très rares qui mérite amplement que les fans d’horreur s’intéressent à ces produits dérivés, respectueux et honorables très méconnus, même par les fans de la saga, à bon entendeur !

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2 : Massacre à la Tronçonneuse III est dans sa version originale considérablement censurée, comme la plupart des films produit par la société New Line à l’époque  : Plus de 4 minutes de plans gore et de scènes de violence ont ainsi été coupés pour que le film échappe à la classification X aux États Unis, une version non-censurée sortira 12 ans plus tard en DVD, incluant également une fin alternative. Jason Va En Enfer, le neuvième épisode de la série Vendredi 13 aura droit au même traitement.

3 : Ce magazine contient également une histoire courte mettant en scène Freddy Krueger, cette histoire est dérivée de l’univers de la série de films Les Griffes de La Nuit.

4 : Cette ambiguïté sera également absente de la préquelle du remake de 2003, Massacre à la Tronçonneuse, le Commencement, réalisé par Jonathan Liebesman sorti en 2007.

5 : Des scènes racontant l’histoire de Thomas Hewitt auraient dû être tournées mais ne le furent pas par décision des producteurs, voulant garder un aspect plus mystérieux au personnage de Leatherface, il en subsiste quelques traces dans les scènes coupées du film, visibles dans les bonus du DVD.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #31

Lucy Loyd’s Nightmare

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Les comics d’horreur et leur éditeur historique et emblématique EC (Entertainement Comics), sont un véritable pan de l’imaginaire collectif américain qui a influencé un nombre incroyable d’auteurs de part le monde, que se soit dans les bandes dessinées ou d’autres médias comme le cinéma ou la littérature.
Stephen King, Alan Moore, Frank Miller ou encore David Cronenberg, George A Romero ou Rob Zombie en étaient des fervents lecteurs et leur ont déjà rendu hommage à de nombreuses reprises (1). Emblématique de leur époque, leur héritage est encore très présent aujourd’hui et il arrive régulièrement que des auteurs leur rendent hommage : On a tous en tête la série télévisée culte qui en était directement inspirée, Les Contes de la Crypte, mais aussi au travers de films (Body Bags, Creepshow, Les Contes de la Nuit Noire entre autres) ou de récits d’anthologies et c’est aujourd’hui le cas puisque nous allons parler de Lucy Loyd’s Nightmare, ouvrage paru un peu dans l’indifférence générale en 2014 et pourtant pas dénué d’intérêt si les récits horrifiques vous passionnent, mais avant, c’est quoi un comic d’horreur ? D’où ça vient ? Petite piqûre de rappel.

Make you’re mommy cry
Daddy blows his mind
Listen up and learn, 
We’re not bad for the kids, we’re worse
Make ’em take offense
Taint your innocence
The first time always hurts
We’re not bad for the kids, we’re worse

Lordi – We’re not bad for the kids (We’re worse), Extrait de l’album To Beast or Not To Beast (2013)

Les comics d’horreur typiques, tel qu’ils ont été popularisés depuis les années 50 sont des histoires courtes où le plus important est la chute : Souvent morbides et/ou cruelles, elles sont aussi souvent au désavantage du méchant de l’histoire qui se retrouve pris à son propre jeu et en paye le prix fort.
Ces comics étaient très populaires au début des années 50 et ont connu durant cette période un succès phénoménal.

Malheureusement, cet âge d’or ne va pas durer : De la fin des années 40 au début des années 50, un psychiatre américain du nom de Fredric Wertham va mener une croisade très virulente contre les comics. Même si parmi les fans de comics il est surtout tristement connu pour ces observations/conclusions particulièrement fantasque sur les super-héros, sa campagne était au départ principalement axée sur les comics d’horreur et policier, les Crime Comics, qu’ils jugent responsable majoritairement de la délinquance juvénile.

Cet acharnement atteindra son apogée en 1954 et la publication de son livre La Séduction de L’innocent. Suite à la publication de ce livre, le docteur Wertham donnera nombre de conférences et une commission sénatoriale est créée, commission qui débouchera sur la création du fameux Comic Code Authority, un organisme chargé de contrôler le contenu des publications accessibles à la jeunesse aux États-Unis.

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Le docteur Wertham, examinant un comic

Les comics vont subir durant cette période un véritable acharnement médiatique (des séances publiques de bûcher durant lesquels les enfants brûlent leur collection sont même organisées un peu partout aux États Unis), EC ne s’en relèvera pas et ferme ses portes en 1955, laissant derrière elle un héritage encore présent de nos jours.
Les comics EC ont vu des auteurs emblématiques travailler dans leurs pages, ces auteurs sont maintenant considérés comme des légendes : Wally Wood, Harvey Kurtzman, John Severin ou Jack Davis ont offert aux EC Comics leurs plus beaux récits et ont marqué de leur empreinte tout un média et un pan de la culture populaire mondiale.
Il faudra attendre le début des années 60 pour revoir de nouveaux des comics d’horreur dans les étals américains et l’apparition d’un autre éditeur emblématique dans le domaine, Warren Publishings. Fondé par James Warren en 1960, la maison d’édition publie tout d’abord deux magazines consacrés au cinéma fantastique et de science fiction : Famous Monsters of Filmland et Monster World, au succès quasi immédiat. Suivrons deux autres magazines, Spacemen et Help!.
James Warren introduit d’abord timidement ce qu’il appelle les monster comics dans le magazine Monster World avant de lancer ses premiers titres entièrement dédiés au genre en 1964 avec la publication des magazines mythiques Creepy et Eerie.

Ces magazines en noir et blanc vont de suite avoir un succès phénoménal, et pour ne pas avoir de problème avec le Comics Code Authority, James Warren va prendre une décision simple : Ne pas apposer le logo de l’organisme et s’en affranchir.
De ce fait ses magazines vont immédiatement tomber dans la catégorie des livres pour adulte et les auteurs seront du coup libres d’y raconter les histoires qu’ils souhaitent, sans aucune limitation de contenu.
Autre différence, Warren délaisse le format comics, qu’il juge à l’époque trop similaire à celui des comics pour la jeunesse, pour un format magazine, plus attractif pour une audience plus âgée.
Durant plus de dix ans, les publications Warren vont de nouveaux remettre sur le devant de la scène les comics d’horreur et c’est encore un véritable festival d’auteurs devenus aujourd’hui des légendes de leur média qui vont travailler sur ces magazines, d’une part la plupart des auteurs ayant œuvré sur les publications EC vont faire leur retour chez Warren, mais l’éditeur verra aussi émerger une nouvelle génération d’auteurs tous plus talentueux les uns que les autres, la liste est particulièrement longue mais ont peut citer pêle-mêle des auteurs comme Dave Cockrum, Berni Wrightson, Richard Corben, Rich Buckler ou Pepe Romano qui feront leur début dans les pages des publications Warren (2).

Suite à une baisse d’intérêt de la part du public, des choix éditoriaux et financiers hasardeux ainsi que des problèmes de santé de son créateur, James Warren, Warren Publishings est déclaré en banqueroute en 1983. C’est l’éditeur Dark Horse qui reprendra les droits des magazines Creepy et Eerie et dans un premier temps, et en rééditera les histoires emblématiques avant de relancer en 2009 Creepy et Eerie en 2012.
Pour finir, il est bon de souligner que même si les éditeurs emblématiques de ce genre sont EC et Warren, DC Comics et Marvel Comics ont eux aussi publié nombre de comics horrifiques, certes moins démonstratifs niveau thème et imagerie que les deux éditeurs historiques du genre mais de qualité globale plutôt bonne, voir parfois excellente : Ainsi DC Comics publiera des revues particulièrement intéressantes comme House of Mystery, Tales of the Unexpected Swamp Thing ou encore It’s MidnightThe Witching Hour. Du coté de chez Marvel, les titres Tomb of Dracula ou The Monster of Frankenstein surferont aussi sur la vague, mais sans vraiment s’écarter nettement du genre super héroïque comme l’a fait DC Comics.
Pour trouver des titres plus proches de ce style chez Marvel, il faut plutôt se diriger à l’époque vers la ligne Epic, un dérivé de Marvel plus accès sur des publications « adulte ».

Le comics d’horreur est un thème franchement très vaste et passionnant sur lequel il y a beaucoup plus à dire que le résumé très succin que je viens de faire ci-dessus, peut-être qu’un jour je m’y attarderai plus en détails…
Enfin bref, revenons à nos moutons et passons au livre de ce mois-ci, l’excellent mais énigmatique Lucy Loyd’s Nightmare ! Pourquoi énigmatique ? Excellent au point que Kurt Russel y fasse un caméo ? Mais pourquoi toutes ces questions et pourquoi je m’emballe autant ! ? Pour la dernière question je ne sais pas, pour les autres, réponse tout de suite  !

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur publié aux États-Unis chez le petit éditeur Jinx Comics et en France en 2014 par Delcourt, le scénario est écrit par Lucy Loyd et les dessins sont signés Mike Robb. Enfin la colorisation est d’une illustre inconnue, qui signe juste du prénom Beverly.

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Lucy Loyd’s Nightmare est un recueil d’histoires courtes d’horreur, toutes plus ou moins liées de façon directe ou indirecte.
Le livre s’ouvre sur un court récit d’introduction : Joey rencontre une de ses amies, Candy, sur une brocante. Après quelques quelques courtoisies d’usage, Joey est assez surpris de découvrir sur le stand de Candy un exemplaire du dernier livre de Lucy Loyd. En le feuilletant, Joey découvre que le protagoniste de la première histoire n’est autre que… Lui-même ! Avant même de se rendre compte de ce qu’il se passe, Joey est brutalement écrasé par un poids lourd.

La première histoire intitulée Love Grass, nous présente un homme récemment divorcé rendu particulièrement nerveux par le bruit des paysagistes œuvrant dans la cour de son immeuble, se rendant compte que les paysagistes travaillent aussi non loin de l’immeuble dans lequel vit sa femme, il va mettre au point une terrible machination afin de se venger de celle-ci.

7 La seconde histoire est titrée Bad Habits et nous emmène à l’époque du far west faire la connaissance d’un shérif particulièrement truculent, amateur d’histoires scabreuses et vulgaires qui un soir va se retrouver confronté à une armée de zombies bien décidés à lui faire la peau.
L’histoire suivante a pour titre A Good Man.
Encore enfant, Sam n’aspirait qu’à devenir quelqu’un de bien. Vingt cinq ans plus tard, il est un clochard alcoolique dont la providence viendra peut être d’Eddy un ancien camarade de classe, mais les apparences sont parfois trompeuses…
La quatrième histoire, Inside, est l’une des plus intéressantes :  Jim est un fan de Lucy Loyd et il attend chaque nouveau livre de l’auteure avec impatience. Cependant, il n’attend pas les livres pour les mêmes raisons que les autres fans : Jim est en effet convaincu d’être une création de Lucy Loyd et que celle-ci prend un malin plaisir à lui faire vivre des histoires toutes plus horribles les unes que les autres et de le faire survivre à chaque fois pour le tourmenter de nouveau.

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Dernière histoire, Préhistorock et c’est avec surprise que le récit s’ouvre sur une conversation entre Bob et Syphilis, respectivement un tyrannosaure en plastique et un poisson rouge. Bob est en fait le jouet favori de Tommy, leader du groupe de rock Let’s Get Kill. C’est en fait Bob qui écrit et compose toutes les chansons du groupe, Tommy le cachant dans son appartement et s’attribuant toute la renommée. Seulement Bob commence à en avoir assez et va échafauder un plan pour se venger du chanteur.
Chaque histoire est entrecoupée de petits interludes montrant le destin du livre que vous tiendrez pendant la lecture, jusqu’à ce qu’il atterrisse entre vos mains. Ces petites histoires sont présentées par un mystérieux personnage au visage sombre nommé Jack, particulièrement cruel et sadique. On retiendra notamment le destin tragique de Timmy, un petit garçon prisonnier du destin que lui a réservé Lucy Loyd.

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A-t-on vraiment encore besoin de présenter Lucy Loyd ?
Si vous êtes fan d’horreur, le nom de cette écrivaine ne vous est probablement pas inconnu, dans le cas contraire, voici une rapide présentation ! Lucy Loyd est une auteure d’horreur américaine très prolifique : Durant sa carrière elle a signé de nombreuses anthologies d’histoires d’horreur, toutes adaptées par la suite en comics.
La première est Lucy Loyd’s Fantasy, c’est d’ailleurs dans ce premier livre qu’apparait le personnage de Jim (3), que l’on retrouve dans l’histoire Inside. Suivrons ensuite et entre autres les livres Lucy Loyd’s Darkness et Lucy Loyd’s Madness.
Lucy Loyd est une personne très secrète : On sait juste d’elle qu’elle est très âgée, qu’elle est handicapée et qu’elle ne se montre quasiment jamais en public. Elle n’a, de plus, jamais dédicacé un seul de ses livres.
On la dit acariâtre et souvent désagréable avec les dessinateurs travaillant avec elle, le seul avec qui elle a avoué avoir eu plaisir à travailler étant Mike Robb qui signe d’ailleurs l’intégralité des dessins de ce recueil ainsi que l’encrage. Je n’ai par contre trouvé aucune information sur la coloriste, qui signe simplement du prénom de Beverly (4).

La maîtrise de Lucy Loyd dans le genre horrifique est en soit assez impressionnante : chaque histoire à une chute franchement très surprenante et imprévisible, même moi qui suis très aguerri à ce style d’histoire je fus très agréablement surpris par ce livre et ces petites histoires qui brassent assez large niveau thème et ambiance : Amoureux transis de monstres, zombies, psychopathes, meurtriers, les thèmes sont variés et malgré la violence de certaines histoires elles sont à chaque fois teintées d’une pointe d’humour noir assez rafraîchissante dédramatisant un peu le sordide des scènes.
De plus, comme je le dis plus haut, chaque histoire est plus ou moins liée directement de façon astucieuse et on se surprend à chercher chaque référence à telle ou telle histoire dans la suivante ou la précédente.
Le quatrième mur est également régulièrement brisé, impliquant le lecteur dans l’histoire qu’il est en train de lire et renforçant ainsi l’immersion.
Enfin, pour les connaisseurs, les personnages sont représentés avec l’apparence de personnalités plus ou moins connues de l’univers du fantastique et de l’horreur : Ainsi Jim, le « jouet » de Lucy Loyd est manifestement l’acteur Kurt Russel alors que son psychiatre est un sosie de l’éditeur James Warren (voir plus haut pour plus de détails). Je suis quasiment certain d’en avoir raté d’autres, mais je suis sûr que la plupart des personnages sont inspirés par des personnes réelles gravitant autour du monde de l’horreur imaginée.

Niveau dessins, Mike Robb fourni un travail exceptionnel : Son trait est fin et détaillé, de plus le coté sobre et réaliste du dessinateur sied parfaitement à l’atmosphère sombre et crû de l’ensemble des histoires. Un choix parfaitement adapté, la partie graphique étant sans conteste un point fort du livre.
Enfin la colorisation, volontairement old school avec ses teintes pâles et claires est également très bien vu, renforçant le coté « hommage » de ce recueil. Personnellement, j’aurais rajouté une colorisation tramée en points, comme sur les anciens comics afin de renforcer cet aspect, mais bon, je chipote.

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur absolument jouissif : A mi-chemin entre hommage aux EC Comics et histoires aux thèmes plus moderne, finement écris, intelligent et superbement dessins et mis en couleurs, c’est un véritable régal pour les amateurs d’horreur dessinés et même les autres. C’est également je pense un parfait point de départ pour qui voudrait avoir un premier contact avec le genre horrifique des comics d’horreur de style EC ou Warren, la maîtrise dont font preuve les auteurs sur ce livre étant absolument admirable et de plus, parfaitement abordable pour tout type de lecteurs.
Plus qu’un livre, une lecture plus que recommandable, Lucy Loyd étant de toute évidence une auteure à suivre de prés si vous ne la connaissez pas, mais je suis sûr qu’en tant que fan d’horreur vous avez très certainement déjà lu quelque chose d’elle, donc c’est un achat que vous avez forcément déjà fait.

Lucy Loyd’s Nightmare, de Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly, disponible depuis le 2 avril 2014 chez Delcourt dans la collection Machination.


Bande annonce de Lucy Loyd’s Nightmare

Attendez, c’est quoi ce bruit derrière moi  ? Qui êtes vous madame et qu’est ce que vous faites là… Si j’ai lu le livre ? Oui, et j’ai beaucoup aimé… Me le dédicacer, euh oui… Mais pourquoi vous m’appelez Jim ? D’accord… Non…
Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’écrire sur ce livre…

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Je les entends gratter la porte… Aidez-moi…

1 : Stephen King et George A Romero se sont même rejoints l’espace d’un film afin de rendre un vibrant hommage sous forme d’un film à sketchs, Creepshow que j’ai déjà chroniqué dans cette rubrique.

2: Warren sera aussi un des premiers éditeurs à faire travailler des auteurs internationaux sur ces publications, notamment des auteurs espagnols.

3  : Jim est un personnage récurrent des histoires de Lucy Loyd, notamment pour ces histoires durant lesquels il affronte les Junkmunks, des gremlins sanguinaires habillés comme des musiciens hippies des années 60.

4  : La maison d’édition Jinx Comics, Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly n’existent pas

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #30

28 Jours de Plus tard

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Au début des années 2000, le cinéma d’horreur connaît un renouveau salvateur au travers d’une nouvelle vague de films de genre que l’on croyait jusque là complètement dépassée, les films de zombies : Resident Evil (adaptation du célèbre jeu vidéo) de Paul WS Anderson en 2002, L’Armée des Morts (remake du Dawn of the Dead / Zombie de George Romero par Zack Snyder) en 2004, et même le vétéran George Romero reviendra derrière la caméra avec l’excellent Land of the Dead – Le Territoire des Morts en 2005.
Mais de nombreux films vont également et étonnement venir d’Europe, notamment d’Angleterre et d’Espagne : Le délirant et très british Shaun of the Dead du tandem Edgar Wright et Simon Pegg en 2004 et l’oppressant [Rec] de Jaume Balaguero en 2007, un found footage espagnol aussi effrayant qu’efficace. Même la France y touchera, mais sur le tard, avec le très bon La Horde de Yannick Dahan en 2009.
Mais la plus grosse claque de cette époque nous viendra directement de la perfide albion et ce sera le réalisateur chéri des festivals de l’époque, Danny Boyle, qui la signera : On est en 2002 (2003 pour le reste du monde) et apparaît sur les écrans 28 Jours Plus Tard et là, c’est la claque !
Décryptage d’un film hors du commun par son approche du film de virus, son ambiance survoltée et son atmosphère délétère, un cocktail qui allait inévitablement intéresser le monde des comics.

Now if I am to survive
The infection must die
Murder the beast
That’s been eating me alive
The infection must die

Disturbed – The Infection, extrait de l’album Asylum (2010)

28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, 2002

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Le film commence lorsqu’un commando de défense des droits des animaux fait irruption dans un laboratoire avec pour but de délivrer les animaux servant aux expérimentations qui y sont détenus. Malgré les avertissements d’un scientifique sur place, les bons samaritains de la cause animale libèrent un singe contaminé par un virus inconnu qui une fois délivré, devient fou furieux et attaque les membres du commando, les infectant de sa maladie…

2

28 jours plus tard, Jim, qui était dans le coma, se réveille dans un hôpital désert de Londres et commence à errer dans les rues de la ville, elles aussi désertes. Il trouve refuge dans une église et y découvre un charnier et croit trouver d’autres survivants : Il s’agit en fait de personnes infectées, reconnaissables à leurs yeux injectés de sang, qui le poursuivent immédiatement. Jim ne doit son salut qu’à deux personnes, Marc et Séléna, qui le sauvent in extremis de ses poursuivants.
Jim apprend alors que l’Angleterre est en quarantaine, ravagée par un virus appelé « La Fureur ». Le trio va alors se mettre en quête d’un moyen de quitter l’Angleterre.

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A l’époque, Danny Boyle est surtout connu pour trois films : La très britannique comédie noire Petits Meurtres entre Amis, le décadent Trainspotting et une adaptation à la qualité « discutable » d’un livre d’Alex Garland, La Plage noter que l’idée de 28 Jours Plus Tard vient également d’Alex Garland, qui soumettra l’idée à Danny Boyle après le tournage de La Plage, ce film ayant au moins le mérite d’avoir servi à réunir les deux auteurs). Il est d’autant plus bizarre à l’époque de le voir sur un film d’horreur, mais le réalisateur récidivera des années suivantes en touchant à d’autres genres tout aussi varié, la science fiction avec Sunshine (2007), le drame humain avec Slumdog Millionnaire (2008), le huis clos avec 127 Heures (2010) et même le biopic avec Steve Jobs en 2015, l’histoire du créateur de la multinationale Apple.

28 Jours Plus Tard est un film aussi novateur que surprenant : Déjà par son approche, le film a un rythme très rapide, là où la plupart des films sur ce thème prennent le temps de poser leur univers ou leur ambiance, 28 Jours Plus Tard, dès les premières scènes impose une ambiance oppressante, suffocante et viscérale.
Le sentiment d’insécurité est perpétuel, les scènes de violence et de course poursuite sont filmées caméra à l’épaule, lui donnant de faux airs de documentaire d’une efficacité redoutable. Le jeu des acteurs, sans cesse à fleur de peau, ainsi que la musique dramatique et désespérante exceptionnelle de John Murphy, finissent de former un cocktail détonnant qui donne au film une ambiance particulière, jusque là rarement vue dans ce genre de film.

28 Jours Plus Tard (parallèlement à L’Armée des Morts de Zack Snyder pour le genre zombies (1)) va imposer de nouveaux standards dans le film de virus et d’infection, tant bien qu’un nouveau sous-genre va alors apparaître, le film dit « d’infectés » (2).
Le film est un véritable succès international et reçoit 31 nominations et 10 récompenses dans divers festivals à travers le monde.
Financièrement, pour un budget initial de 8 millions de dollars, il en rapporte 6 fois plus après son exploitation en salles à travers le monde. Une suite est rapidement envisagée mais mettra quand même 5 ans à arriver sur les écrans.

28 Semaines Plus Tard de Juan Carlos Fresnadillo, 2007

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Le film s’ouvre sur une séquence nous présentant Don, un homme qui s’est retranché dans une ferme en rase campagne avec un groupe de survivants aux premières heures de l’infection. Un soir, un jeune garçon apeuré frappe à la porte et malgré le danger, les survivants lui ouvre : Des infectés en profitent pour entrer et massacrent les survivants, seul Don en réchappera…

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28 semaines après le début initial de l’infection qui a frappée l’Angleterre, l’île est devenue un no man’s land farouchement gardé par les forces de l’OTAN sous commandement américain. L’épidémie a été endiguée et le repeuplement du pays est en cours, toujours supervisé par l’OTAN. On retrouve Don, qui après avoir récupéré ses deux enfants est relogé dans un appartement du centre de Londres.
Désireux de récupérer des affaires dans leur ancienne maison, ses deux enfants déjouent la vigilance des soldats et pénètrent dans la zone interdite. Dans leur ancienne maison, à leur grande surprise, ils y retrouvent leur mère (dont leur père leur a affirmé qu’elle était morte), contaminée, désorientée mais consciente, un comportement aux antipodes des infectés réguliers. Ramenée à la base, leur mère subit des tests et il en est déduit qu’elle est une porteuse saine du virus. Malheureusement, elle est condamnée à mort par les soldats pour ne prendre aucun risque. Don, rongé par la culpabilité d’avoir menti à ses enfants, la fait s’échapper mais après avoir l’avoir embrassé, fini contaminé et commence à attaquer les autres survivants du centre d’accueil…

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Le réalisateur Juan Carlos Fresnadillo est à l’époque un quasi-inconnu : Il n’a réalisé qu’un seul long métrage assez confidentiel, Intacto, avec Max Von Sydow sur un homme volant la chance des autres pour le compte du propriétaire d’un casino. Il est donc assez surprenant de le retrouver aux commandes d’un projet aussi important que la suite de 28 Jours Plus Tard. Néanmoins, il été repéré par Danny Boyle, un gage de qualité d’autant plus que le britannique va d’ailleurs réaliser lui-même la scène d’ouverture du film (l’attaque de la ferme) avant de passer la main au jeune réalisateur espagnol.

La principale différence entre 28 Jours Plus tard et 28 Semaines Plus Tard est de toute évidence les moyens : Tout est plus grand, plus impactant, plus agressif et spectaculaire que le premier opus. Il en ressort du film un aspect moins personnel et intimiste pour une mise en avant flagrante du spectaculaire donnant au film un ton plus apocalyptique, encore plus survitaminé et violent. L’incursion de l’armée donne ainsi lieu à des scènes puissantes et tendues (l’attaque au lance-flammes), renforçant le coté menaçant et violent du film.

Contrairement à son prédécesseur, 28 Semaines Plus Tard va à sa sortie beaucoup diviser : Certains apprécient son ton plus agressif et rapide que celui du premier film, d’autres au contraire regrettent l’aspect plus réfléchi et posé du premier film.
Chacun son opinion, néanmoins il faut reconnaître que 28 Semaines Plus Tard est un spectacle d’une efficacité redoutable, à la fois brut et violent, visuellement et idéologiquement très agressif. Si dans la forme cette suite diffère de son prédécesseur, dans le fond le discours et l’intention restent les mêmes et c’est cela l’essentiel.

28 Jours Plus Tard, les comics

Avec son ambiance très british, ses personnages forts, ainsi que son climat de fin du monde survoltée, la licence allait inévitablement intéresser le monde des comics.
Le film est distribué par Fox Atomic (3) aux États Unis, une branche de la 20th Century Fox spécialisée dans les petites productions de films de genre comportant également une branche de publications de comics, et c’est donc logiquement sous ce petit et éphémère label que paraît le premier comic issu de l’univers de 28 Jours Plus Tard, ce sera d’ailleurs le premier comic publié par Fox Atomic.

28 Jours Plus Tard  : Le Contre-Coup

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28 Days Later  : The Aftermath (28 Jours Plus Tard  : Le Contre-Coup en France) est donc publié en 2007, soit 5 ans après la sortie du premier film pour promouvoir le second film, 28 Semaines Plus Tard.
Le graphic novel est décomposé en 4 parties, reprenant les différents stades de l’infection : Développement, Propagation, Extermination et Quarantaine. Tous les chapitres sont écrits par Steve Niles (qu’on ne présente plus si vous êtes un habitué de cette rubrique, sinon vous pouvez vous reporter ici pour plus de détails) et chaque chapitre est dessiné par un artiste différent, les trois premiers chapitres sont indépendants et racontent l’histoire de personnages à différents stades de l’épidémie, le quatrième est une conclusion, réunissant tout les protagonistes des chapitres précédents.

Chapitre 1  : Développement

Dans ce premier chapitre, on suit le parcours de deux scientifiques travaillant sur un « remède » visant à calmer les pulsions violentes des personnes les plus agressives, mais les recherches vont prendre un tournant inattendu…

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Aux dessins on a Dennis Calero (que l’on retrouve également sur la quatrième histoire) et son trait sombre sied parfaitement à l’histoire, un choix particulièrement judicieux donc.

Chapitre 2  : Propagation

Second chapitre où l’on assiste cette fois-ci aux premières heures de l’infection : Une famille fait un pique-nique dans un parc de Cambridge quand le petit garçon de la famille est attaqué par un singe enragé. L’enfant est emmené d’urgence en ambulance, suivi de près par sa famille. S’ensuit une véritable lutte pour la survie pour la petite famille dans une ville dévastée par l’épidémie.
Aux pinceaux, c’est cette fois-ci Diego Olmos qui s’y colle et son style très comics est un peu en décalage avec celui de Dennis Calero tout en restant très agréable. Son style clair correspond néanmoins à l’ambiance du récit, car nous sommes aux débuts de l’épidémie.

Chapitre 3  : Extermination

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Troisième chapitre avec l’histoire de Hugh, un survivant solitaire arpentant les rues de Londres qu’il considère comme son territoire, jusqu’au jour où un rival va empiéter sur son « territoire », s’ensuit une lutte entre les deux survivants où tous les coups sont permis.

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Très bonne surprise puisque l’on a droit aux dessins du beaucoup trop rare Nat Jones pour ce troisième chapitre. Ce dessinateur plutôt discret fait partie des artistes dont je guette chaque apparition (je l’ai connu avec l’excellent The Nail de Steve Niles et Rob Zombie) avec impatience : Son trait fin et détaillé est tout bonnement impressionnant et cette histoire prouve une nouvelle fois les qualités et le talent indéniables de l’artiste.

Chapitre 4  : Quarantaine

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Chapitre final de ce graphic novel  : Clive, l’un des scientifiques du premier chapitre, Sid et Soph du chapitre deux et Hugh du chapitre trois se retrouvent dans un camp de quarantaine vers la fin de l’infection. Mais très vite les suspicions sur les véritables intentions des militaires à leur égards commencent à poindre et s’évader devient vite une évidence…
Retour de Dennis Calero aux dessins qui change légèrement de style avec une touche plus claire et visiblement, l’utilisation de l’informatique. N’en reste pas moins que son style est parfaitement adapté à l’histoire, le choix de lui confier cet ultime chapitre étant de toute évidence particulièrement logique.

28 Jours Plus Tard : Le Contre-Coup est un très bon graphic novel  : Finement écrit, il respecte à la lettre le scénario et l’ambiance du film tout en étoffant son histoire. De plus, il se lit plutôt vite et sans aucune lassitude et l’on replonge avec plaisir dans l’ambiance survoltée et désespérée des films. Un excellent moment de lecture horrifique plus que recommandable.

En France ce graphic novel à été publié par Panini dans leur collection Darkside.

28 Jours plus Tard  : La mini-série

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Publiée de juillet 2009 à juin 2011 par Boom! Studios aux États Unis et en France d’avril 2010 à juin 2012 par Delcourt, la mini-série 28 Jours Plus Tard se situe chronologiquement entre les deux films. Elle est écrite par Michael Alan Nelson et dessinée par Declan Shalvey et Alejandro Aragon.

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L’héroïne est Séléna, l’une des survivantes du premier film qui après l’épidémie qui a frappé l’Angleterre a trouvé refuge dans un camp en Norvège. Là-bas elle est contactée par un journaliste américain, Clint Harris, qui a pour projet de retourner en Angleterre afin de réaliser un reportage sur ce qui se passe vraiment là-bas, les autorités de l’OTAN muselant toute personne cherchant à parler de ce qui s’y est vraiment passé.
D’abord réticente, Séléna fini par accepter de l’accompagner et retourne dans l’enfer qu’est devenu ce pays. Mais à peine arrivés sur place, les choses vont se compliquer et Séléna et Clint vont vite se retrouver piégés sur le no man’s land qu’est devenu la Grande Bretagne.
Entre la menace des infectés toujours présente, les militaires sur place, des survivants très agressifs et les fantômes du passé de Séléna, sortir de nouveau de cet enfer ne va pas être une partie de plaisir pour nos deux infortunés héros…

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Sorti deux ans après la sortie du film 28 Semaines Plus Tard, ce comic ne peut donc pas se targuer de vouloir surfer sur le succès du film… Par contre, de vouloir surfer sur le succès de Walking Dead, probablement, la série de Robert Kirkman étant à l’époque en pleine ascension.
Enfin bref, quoi qu’il en soit, si j’ai décidé de vous parler de cette mini-série ce mois-ci c’est qu’elle vaut le détour, et ce pour plusieurs raisons que je vais vous exposer de suite !

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Tout d’abord malgré sa longueur (24 numéros) la série n’est jamais lassante : Mark Alan Nelson décrit les mésaventures de Séléna et Clint sans jamais tomber dans la redite, que se soit de ce qui a déjà été fait dans les films ou dans d’autres récits du même genre, une prouesse vue le nombre d’histoires de zombies ou de virus existant s déjà lors de la publication de cette mini-série.
Nos deux héros vont véritablement de Charybde en Scylla tout au long de leurs mésaventures, leurs péripéties sont véritablement prenantes et haletantes et on attend la suite avec beaucoup d’impatience, ce qui est plutôt surprenant pour un comic dérivé d’un film, ces outils  promotionnels (qui n’en ne sont pas vraiment uns, vu ce que j’ai écrit plus haut) étant rarement de bonne qualité. Ce n’est pas le cas ici vu les superlatifs que j’utilise depuis le début de cette critique : Pour être franc, c’est même une de mes séries favorites du genre et vous devez vous douter que j’ai dû en voir et lire énormément.
Si la série est excellemment bien écrite, qu’en est-il de sa partie graphique ? Là aussi, on peut être surpris.

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Aux dessins, les premiers chapitres (1 à 12) sont donc dessinés par Declan Shalvey, l’artiste irlandais fourni une prestation remarquable, respectant à la lettre l’ambiance des films de même que leurs codes visuels, que se soit l’ambiance post-apocalyptique à la touche british, l’apparence des infectés, les tenues des survivants ou des militaires, visuellement on est de nouveau projeté dans l’ambiance des films sans aucune ambiguïté. Enfin, les personnages déjà rencontrés dans les films (car hormis Séléna, on croise d’autres visages connus) sont aussi reconnaissables au premier coup d’œil, ce qui est rarement le cas dans ce genre de comic.
Les autres chapitres sont quand à eux dessinés en majorité (en majorité car d’autres dessinateurs font des apparitions pour certains chapitres) par Alejandro Aragon. L’artiste argentin est quand même un niveau en dessous de Declan Shalvey et même si la transition est plutôt douce, Aragon tentant au début de « copier » le style de son prédécesseur, le style moins précis d’Aragon jure un peu avec celui de Shalvey. Néanmoins, autant être honnête, ça reste aisément lisible et même si Aragon n’est pas du niveau de Shalvey, ça ne gène pas la lecture à moins d’être vraiment très exigeant.
Visuellement donc, sans être exceptionnelle, c’est tout à fait lisible et appréciable, l’ambiance sombre et violente des films étant parfaitement retranscrite.

C’est donc quasiment un carton plein pour cette mini-série : Très bien écrite, tenant la route visuellement, elle est une parfaite continuation des films. Si vous avez aimé les films où êtes juste à la recherche d’une bonne histoire d’horreur, cette mini série est faites pour vous.

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L’intégralité de cette mini-série a été publiée en France par Delcourt en cinq tomes.
Que se soit en films ou en comics, 28 Jours/Semaines a profondément marqué le genre du film d’infectés en instaurant de nouveaux codes visuels ou scénaristiques : Avec un traitement plus agressif, une ambiance rapide et survoltée, l’univers et ses codes créés par Alex Garland et Danny Boyle au cinéma sont très vite rentrés dans l’imaginaire collectif et l’on peut y voir ses influences de façon très nettes dans de nombreuses œuvres actuelles du même genre (4).
Voici donc deux films majeurs dans le cinéma de genre horrifique qui se doivent d’être vus absolument, si ce n’est pas déjà fait.

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1 : Les deux films, même si ils ont de nombreux points communs ont eu des développements et des productions très proches (à peine un an de différence), il est donc peu probable que ce dernier ai copié sur l’autre, les points communs des films étant sans doutes des coïncidences. De même que le début de 28 Jours Plus Tard étant quasiment identique à celui de Walking Dead, Robert Kirkman ayant révélé que lorsqu’il a écrit Walking Dead, il n’avait pas encore vu ni entendu parlé de 28 Jours Plus Tard.

2 : Même si rétrospectivement, George Romero s’était déjà intéressé à ce thème avec son film The Crazies (1973), re-titré La Nuit des Fous Vivants en France, qui décrivait déjà une infection par un virus rendant les gens complètement fous.

3 : Fox Atomic sera un label plus qu’éphémère puisqu’il ne durera que 3 ans, de 2006 à 2009  : Seul 10 films sortiront sous ce label, majoritairement des films d’horreur. Quand à la branche comics, seul 4 seront publiés : 28 Days Later, The Aftermath, The Hills Have Eyes : The Beginning (un préquel du film La Colline à des Yeux 2) et deux tomes de Nightmare Factory, une compilation de petites histoires d’horreur inspirées des nouvelles de Thomas Ligotti.

4 : Par exemple le jeu vidéo ZombiU de Ubisoft sorti en 2012 sur WiiU puis sur Xbox One et PS4 en 2015 en reprend quasiment tout les codes visuels, notamment la localisation en Angleterre.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #29

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson

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Il y a parfois des moments où l’actualité vous rattrape et mon statut de simple collaborateur sur un blog ne me fait pas déroger à la règle…
Je ne vais pas vous cacher qu’à la base, un autre « Jeudi » sur un tout autre thème était prévu mais le décès prématuré de Bernie Wrightson dimanche dernier m’a brusquement fait changer mes plans. Exit donc ma première idée, et place à un autre hommage (j’en ai déjà fait un « à chaud » ici) à ce grand maître de l’horreur dessinée !

Bernie Wrightson est surtout connu des fans de comics pour sa légendaire itération illustrée du Frankenstein de Mary Shelley, mais l’artiste a également beaucoup travaillé pour les magazines d’horreur Warren Publishing, particulièrement les mythiques revues Eerie et Creepy, durant les années 70 (de 1974 à 1978 pour être plus précis) et c’est l’intégralité de ces travaux pour ces deux magazines que propose l’éditeur Delirium dans cet album (1).

L’album reprend donc l’ensemble des histoires réalisées par Bernie Wrighston pour les deux magazines est force est de reconnaître à la lecture de cet ouvrage que le dessinateur a un peu touché à tout les genres et ambiances, petit tour d’horizon des histoires présentes et sur son contenu.

Le livre s’ouvre sur une longue préface de Bruce Jones, le scénariste, ami et collaborateur de Bernie Wrightson revient avec nostalgie, humour et passion sur son amitié avec l’artiste au gré de nombreuses anecdotes. Une bien belle façon de commencer le livre qui confirme, si il en était encore besoin, de la valeur aussi bien humaine qu’artistique de l’artiste. Cette préface prend encore plus de sens et de symbole depuis son décès car elle prouve encore une fois que Bernie Wrightson était en plus d’être un artiste exceptionnel, une personne admirable.

Les histoires sont classées en deux parties, celles publiées dans Creepy, puis ceux publiées dans Eerie.

Le Chat Noir (The Black Cat) adaptation de la nouvelle d’Edgar Alan Poe

Paru dans Creepy #62 de mai 1974

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Un homme jaloux du chat de sa femme va peu à peu sombrer dans la folie jusqu’à commettre l’irréparable, un classique de la littérature horrifique ici adapté par Bernie Wrightson.

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Bien avant Frankenstein, Wrightson montrait déjà sa passion pour les classiques de l’horreur avec cette adaptation de toute beauté. Les dessins de l’artiste, comme pour Frankenstein, bien loin de seulement adapter l’histoire originale, la magnifie en lui donnant une véritable identité : Le style gothique, sombre, psychologique et malsain de Poe est ici parfaitement retranscrit par Wrightson.
Bien plus qu’une adaptation, c’est un véritable hommage qu’il rend à ce classique de la plus belle des manières. On y perçoit d’ailleurs les prémices de son futur chef d’œuvre avec une obsession du détail, notamment dans les décors.
Une histoire charnière pour l’artiste, un must read.

Jenifer, histoire écrite par Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #63 de juillet 1974

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Un chasseur surprend dans les bois un homme tentant de tuer par décapitation une jeune femme. Le chasseur tire sur l’homme qui, agonisant dans ses bras, n’a le temps de prononcer que le nom de la fille, « Jenifer ». Le chasseur recueille l’infortunée pour s’apercevoir qu’elle a un visage difforme et ne peut pas parler. Touché par la détresse de la pauvre créature, le chasseur l’accueille chez lui, au sein de sa petite famille. Mais la présence de Jenifer au sein du foyer va vite devenir problématique…

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De toute les histoires de cet album, Jenifer est sans conteste ma préférée : Malsaine, la sensation d’attraction / répulsion pour Jenifer est palpable au travers des dessins de Wrightson et le lecteur est vite chamboulé entre la pitié et la haine pour cette créature pathétique et monstrueuse et son malheureux bienfaiteur. Une histoire troublante, magnifiquement mise en image par Wrightson.

Clarice, histoire de Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrighston

Parue dans Creepy #76 de février 1977

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Un homme se remémore les bons moments passés avec sa défunte femme tandis que le fantôme de celle-ci semble le harceler à l’extérieur de chez lui durant une tempête de neige.
Encore une histoire particulièrement troublante, quasiment onirique, dont la chute est certes assez commune mais surprenante. L’histoire est courte mais loin des canons de ce genre de récit : Ici point de scènes de violence où de monstre hideux, le ton est triste, presque nostalgique jusqu’à la révélation finale, cette chute étant en fait le seul impondérable de cette histoire. Une histoire différente mais particulièrement réussie.

Les Rats des Champs (Country Pie) scénario de Bruce Jones, dessins de Carmine Infantino, encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #83 de octobre 1976

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Un homme prend en auto-stop une jeune femme et son petit frère, croyant bien faire, il se retrouve malgré lui la victime d’une machination diabolique. Dans le même temps, deux policiers suivent, sans grande conviction, les directives d’une médium concernant un tueur en série. Les deux affaires seraient-elles liées  ?

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Une histoire assez surprenante, à la chute plutôt bien vue et différente de la majorité de ce genre d’histoire, ce qui la rend d’autant plus intéressante.

Seulement encrée par Bernie Wrightson, cette histoire est dessinée par le grand Carmine Infantino, à l’époque dans une période creuse de sa carrière. Infantino venait d’être renvoyé de chez DC Comics et Bruce Jones et Bernie Wrightson décidèrent de l’aider en lui confiant les dessins de cette histoire. Pour la petite anecdote, à l’époque où Wrightson commença à travailler pour DC Comics, Infantino était la star incontestée de DC, lorsqu’il fut congédié, il se retrouva dans un petit bureau de Warren Publishing et c’est là que Jones et Wrightson le retrouvèrent. Touchés par sa situation et se souvenant de l’aide qu’il lui avait apporté au début de sa carrière, Wrightson lui proposa les dessins de cette histoire. Infantino en dessina une autre, toujours encrée par Bernie Wrightson dont je vais parler de suite.

Dick Swift et sa bague de force électrique  ! (Dick Swift and his electric Power Ring  !) écrit par Bill DuBay, dessins de Carmine Infantino et encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #86 de février 1977

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Peter est un jeune garçon très malade. Malgré les traitements, son état ne fait qu’empirer et alité, il ne fait que discuter avec son meilleur ami, le vieux monsieur Music et lire les comics de Dick Swift, son héros favori. Un jour il commande l’arme favorite de son héros, la fameuse bague de force électrique et une fois en sa possession, cette bague va lui redonner espoir, de la plus belle des façons.

Une histoire particulièrement touchante, en décalage complet avec les thèmes de la plupart des histoires habituellement publiées dans Creepy. Une véritable réflexion sur l’utilité des héros imaginaires et leur influence, à lire absolument.

Une saga martienne (A Martian Saga) histoire de Nicola Cuti, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #87 de mars 1977

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Un mystérieux personnage masqué arpente les paysages de Mars sans but lorsqu’il assiste quasiment impuissant au massacre d’un petit village et ses habitants des mains d’un monstre horrible. Arrivé trop tard, il abat le monstre et sauve une jeune femme. Mais ce sauvetage était il vraiment une bonne chose pour lui  ?

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On sort de l’horreur pure pour la science fiction sombre et violente avec cette histoire. Le récit est relativement court mais les deux auteurs aux commandes réussissent à créer malgré cela une véritable ambiance glauque et malsaine et presque désespérante. L’histoire est de plus sans paroles, narrée par le personnage principal sous forme d’un poème. Un très bon moment de lecture.

L’Homme qui rit (The Laughing Man) scénario de Bruce Jones, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #95 de février 1978

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Dans une colonie africaine, un homme en guenilles apparait un beau jour et réclame à boire. L’homme, épuisé, semble être sujet à une crise de démence, ne pouvant s’empêcher de rire. Une fois calmé, il raconte alors son histoire : Lui et son meilleur ami étaient partis en expédition pour découvrir une tribu légendaire de singes civilisés, mais leur expédition va vite virer à l’horreur…

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Une histoire sordide et glauque, typique du magazine Creepy à la chute aussi invraisemblable qu’horrible, magnifiquement mise en image par un Bernie Wrightson au top de sa forme : En résumé, du très bon comic d’horreur, l’une des meilleures histoires de ce recueil.

Le monstre de Pepper Lake (The Pepper Lake Monster) scénario et dessins de Bernie Wrightson

Publié dans Eerie #58 de juillet 1974

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Summers est un homme obsédé par la chasse aux monstres, mais il n’en a jamais rencontré aucun… Jusqu’au jour où son obsession devient réalité et son chemin fini par croiser celui d’une immense créature marine à Pepper Lake. Le monstre devient son obsession et le capturer sa raison de vivre. Mais les habitants de Pepper Lake ne semblent pas du même avis.

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Une histoire très inspiré par le monstre du Loch Ness, qui donne une image assez caustique des habitants du fameux lac. Originale et cruelle, une histoire qui même si elle est typique des productions Warren est magnifiée par le talent de Bernie Wrightson.

Quand la nuit tombe (Nightfall) scénario de Bill DuBay, dessins de Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #60 de septembre 1974

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Némo est un petit garçon bien malchanceux : Toutes les nuits des monstres surgissent des coins sombres de sa chambre pour l’emmener dans leur monde. Personne ne le croit et chaque nuit Némo espère que ça ne sera pas sa dernière nuit… Au grand dam de ses parents, forcés chaque nuit de le rassurer.

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Entre peurs enfantines et monstres hideux, cet hommage au Little Nemo de Winsor McCay est absolument jouissif, principalement pour les dessins de Wrightson qui démontre toute l’étendue de son talent pour dessiner des monstres. Chaque planche est un ravissement et l’amateur de monstruosités en tout genre y trouvera sans problème son compte  !

Un air glacé (HP Lovecraft’s Cool Air) adaptation de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft par Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #62 de janvier 1975

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Un homme raconte sa phobie des courants d’air au travers d’un de ses souvenirs de jeunesse. Alors jeune employé d’un journal, il découvre un jour une tâche d’ammoniaque au plafond de son petit appartement. L’infiltration le fait se sentir mal et c’est tant bien que mal qu’il va se plaindre à son voisin du dessus. Il y découvre Mr Munoz, un vieil homme forcé de vivre dans un appartement aux températures glaciales. Mais un jour, le climatiseur du vieil homme tombe en panne, et ainsi commence une aventure aussi invraisemblable que terrible pour notre pauvre héros.

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Après Edgar Alan Poe, c’est au tour de HP Lovecraft de se voir être adapté par Bernie Wrightson et encore une fois c’est une grande réussite : L’histoire originale gagne ainsi un coté visuel assez impressionnant, Wrightson mettant encore une fois beaucoup de passion à illustrer cette histoire, cette passion transpirant à chaque planche. Une histoire à classer parmi les classiques de Bernie Wrightson, ni plus ni moins.

Reuben Youngblood  : Détective Privée  ! (Reuben youngblood  : Private Eye !) scénario de Budd Lewis, dessins de Howard Chaykin et Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #72 de février 1976

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Reuben Youngblood est un détective privé avide d’aventures, ainsi lorsqu’un de ses amis lui confie une enquête, ce n’est ni une ni deux que le fougueux détective monte à bord d’un zeppelin pour y mettre à jour un trafic… De sang humain ! Une aventure rocambolesque qui va amener notre aventurier à se coltiner des vamps au physique avantageux ainsi que des industriels nazis.

Changement de style pour cette histoire d’aventure dessinée à quatre mains par Howard Chaykin (dessins) et Bernie Wrightson (finitions et encrage). L’histoire est typique de celles que l’on pouvait lire dans les pulps des années 30 et en est un hommage à peine dissimulé. Le ton léger et aventureux de ce récit détonne assez singulièrement avec les autres histoires de l’ouvrage, de plus l’histoire est très verbeuse, rendant sa lecture parfois un peu laborieuse, mais le côté un peu rétro qui s’en dégage la rend néanmoins assez agréable à lire.

Le monstre de boue (The Muck Monster) scénario et dessin de Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #68 de septembre 1975

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Il est une créature sans âme, née de la science d’un savant fou pour qui sa création n’a aucune valeur. Sacrifiée, la créature réussira malgré tout à revenir à la vie pour réclamer une explication à son existence.

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Seule récit de l’ouvrage en couleur, cette histoire est intéressante surtout pour le fait que l’on est en présence d’un premier jet manifeste du futur Frankenstein de Bernie Wrightson : Des ambiances du récit au look des personnages, tout y est déjà.
Wrightson étant peu habitué aux récits en couleurs, elle apporte néanmoins ici une touche supplémentaire au travail de l’artiste et donne une idée de ce à quoi aurait pu ressembler une version colorisée de son chef d’œuvre. Une histoire essentielle dans la carrière de l’artiste, à lire absolument pour tout fan de Wrightson.

Cette histoire conclu de façon admirable un ouvrage tout aussi admirable, mais ce n’est pas fini  !

Ultime chapitre du livre, une galerie d’images constituée des frontispices (2), illustrations et couvertures que Bernie Wrightson a réalisé pour les deux magazines sont proposés et autant être franc, c’est un véritable déluge visuel, un ravissement pour les amateurs d’horrible, ces illustrations étant de véritables pépites pour les fans d’horreur dessinée.

La galerie s’ouvre d’ailleurs sur un dessin que Bernie Wrightson avait fait alors qu’il n’était qu’un lecteur de ces revues, dessin qui fut publié à l’époque dans le courrier des lecteurs, comme quoi à force d’efforts et de talent, tout est possible.

Un dernier mot sur l’édition française et autant dire que Delirium n’a plus rien à prouver, leurs ouvrages étant de véritables modèles de professionnalisme : Grand format, couverture rigide, papier glacé, impression et traduction impeccables (traduction signée par Doug Headline aka Tristan Jean Manchette), cet ouvrage est à l’image des autres publications de l’éditeur, un objet de toute beauté.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson est un ouvrage que tout fan de l’artiste ou même de comics d’horreur se doit de posséder : C’est clairement un ouvrage de référence, magnifiquement édité, limite indispensable.
Je n’ai rien d’autre à ajouter, personnellement j’ai dû le lire cinq ou six fois et je n’ai qu’une seule envie, refaire la connaissance de Jenifer, Clarice, Némo et tout les autres créatures immortalisées par Bernie Wrightson ! Si comme moi vous voulez faire le chemin, courrez vous procurer cet ouvrage et entreprenez vous aussi ce voyage au cœur des ténèbres, vous ne serez pas déçu.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson, disponible en France depuis le 19 novembre 2014 chez l’éditeur Delerium.

1 : Pour les plus complétistes, il ne manque dans cet album qu’une histoire back-up de deux pages publiées dans Vampirella (un autre magazine de Warren Publishing) intitulée The Believer pour avoir l’intégralité des travaux de Bernie Wrightson pour Warren Publishing. Mais heureusement, cette histoire a été publiée en France dans le magazine Special USA #14 sous le titre «  Le Dieu Cornu  ».

2 : Les frontispices sont des illustrations pleine page, présentant une histoire. Dans les revues d’horreur, elles mettent souvent en scène un narrateur, présentant de façon ironique et macabre le récit qui va suivre.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #28

Aliens Versus Predator : 3ème partie

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En France, quand on parle de Aliens Vs Predator, depuis quelques années on pense surtout à deux films à la réputation disons, calamiteuse… Mais les films, on en parlera plus bas, avant on va parler jeux vidéos parce que oui, en France, ce n’est pas à travers les comics que Aliens Vs Predator a acquis sa notoriété, c’est par l’intermédiaire des consoles, des bornes d’arcade et surtout du PC.
Des jeux Aliens, il y en a eu des tonnes, des jeux Predator, un peu moins (1) (le style du film avec sa créature unique ne se prêtant pas vraiment à rendre un jeu palpitant, contrairement à Aliens et sa cohorte de créatures féroces) et des jeux Aliens Vs Predator, et bien… Il y en a pas eu des masses non plus, mais contrairement aux jeux Aliens et Predator, la plupart sont bons et certains ont même des qualités insoupçonnées.

Avant de parler des films (je sais que beaucoup d’entre vous piaffent d’impatience de me lire sur le sujet, pensant que je vais vomir ma bile vengeresse sur ces deux films, là aussi vous risquez d’être déçus les amis) on va faire un petit tour d’horizon des productions vidéoludiques mettant en scène l’affrontement de nos deux monstres préférés : Préparez les manettes, les claviers / souris et les pièces de 5 francs (pour les bornes d’arcade), c’est parti pour la baston en pixels  !

ALIENS VERSUS PREDATOR : LES JEUX VIDEOS

Alien Versus Predator (Aliens Vs Predator au Japon), sorti sur Super Nintendo en 1993

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Le premier jeu AVP sort donc sur la Super Nintendo en 1993, le jeu est développé par Jorudan Co. et distribué par Activision.
L’histoire se situe dans le futur : Alors qu’ils creusaient un tunnel de métro sur la planète Vega-4, des colons humains mettent à jour des œufs d’Aliens qui bien vite infectent toute la petite planète. Les humains lancent un appel de détresse, intercepté par des Predators qui décident de l’aubaine pour s’offrir une bonne chasse. Vous incarnez donc un Predator, prêt à en découdre avec les xénomorphes.
Le jeu est un beat’em all à scrolling horizontal (à la manière de Final Fight ou Streets of Rage pour les connaisseurs), en gros vous avancez de gauche à droite et devez matraquer tout ce qui s’amène à l’écran, dans le cas précis des Aliens.
3Dire que pour un premier essai pour porter la licence AVP en jeu vidéo est un peu raté serait un euphémisme… AVP sur Super Nintendo, c’est une masse de défauts sur un chouïa de qualités et là ou certains jeux de prime abord mauvais peuvent apporter quelque chose (notamment AVP Extinction dont je parlerai plus bas), ce premier jeu AVP est une vrai purge et ce pour quelques raisons évidentes une fois la manette en main..

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Dès l’écran titre, c’est l’agression auditive : Un thème aussi hors sujet qu’abrutissant sonnant bon la musique au format midi vous arrive dans les oreilles avec la subtilité d’un semi-remorque dans un concours de tricot. Et ça ne va pas s’arranger par la suite, les thèmes des six stages sont tous plus inaudibles les uns que les autres, seules les quelques thèmes des cut-scenes passent relativement bien, mais ces musiques de stages, c’est juste du poison pour les oreilles que personnellement, j’ai vite coupé.
Et cette musique, vous allez l’entendre car l’autre gros défaut de ce AVP, c’est sa difficulté, inhumaine, énervante, elle poussera à bout même les joueurs les plus aguerris. Car oui, le jeu est difficile mais il est aussi d’un ennui, mais d’un ennui, comme si on regardait trois épisodes de l’Inspecteur Derrick à la suite ! Cet ennui est surtout dû à des niveaux d’une longueur calamiteuse, recyclant à répétition les mêmes décors et multipliant les vagues d’ennemis jusqu’à l’écœurement.

Et la jouabilité me direz-vous ? Ah mais mes pauvres, la jouabilité est un désastre, le Predator se déplaçant à la vitesse d’une limace au galop, souvent bloqué entre deux ennemis qui vous matraquent sans relâche jusqu’à ce que mort s’en suive. La cerise sur le gâteau, c’est une animation absolument dégueulasse, des personnages à la raideur presque cadavérique qui rendent le jeu parfois involontairement comique (voir cette animation cocasse du Predator attrapant un Alien).
Ce jeu a-t’il des qualités ? En cherchant bien on peut lui en trouver deux : Des graphismes plutôt jolis (malheureusement gâchés par l’animation) et un bestiaire particulièrement fourni, multipliant les abominations xénomorphes (Aliens volants, aquatiques etc.) qui raviront les amateurs.


Petite vidéo présentant le début du jeu

En résumé, AVP commence mal avec sa première incursion sur nos chers consoles de jeu et la seconde tentative et bien comme vous allez le lire, ce ne sera pas bien mieux…

Aliens vs Predator  : The Last of his Clan, sorti sur Game Boy en 1993

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Quasiment conjointement à la version Super Nintendo, la petite portable de Nintendo se voit elle aussi «  gratifiée  » d’un jeu AVP. Pouvait-on faire pire que la purge de la Super Nintendo ? Horreur, malheur, et bien oui, c’est possible ! Le jeu est développé par ASK Kodansha et toujours distribué par Activision.
Le jeu reprend grosso merdo la trame du premier comic : Des œufs d’Aliens sont largués sur la planète Alpha Centauri 3 par les Predators pour une future chasse. Sauf que des humains ont colonisé la planète entre temps et qu’à leur arrivée, les Predators trouvent plus d’Aliens que prévu. Les chasseurs se font décimer et vous incarnez le seul survivant, bien décidé à regagner l’honneur de son clan en bottant les fesses des xénomorphes sur place.
Le jeu est un jeu de plateforme classique, les niveaux se présentent sous formes de mini-labyrinthes dont il faut trouver la sortie en trouvant des clés pour ouvrir des portes tout en tuant les Aliens que l’on croise sur son chemin.

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Déception ? Le mot est faible. Première chose qui marque (hormis la musique, toujours aussi inaudible) le jeu est d’une laideur, même pour de la Game Boy, c’est limite insultant : Les créatures sont des amas de pixels animés avec les pieds, encore raides comme des piquets (voir le Predator sauter tient du gag) tout en sachant que cette laideur est inexplicable, le magnifique Super Mario Land 2 étant sorti sur la portable de Nintendo l’année précédente. Que dire des décors, désespérément vides, de ces plateformes sans relief et pour finir cette maniabilité à s’arracher les cheveux… AVP sur Game Boy fait parti de ces rares jeux Aliens que je n’ai pas eu le courage de terminer car pour que je termine un jeu, il faut qu’il donne envie et si il y a bien une chose que AVP Last of His Clan ne procure pas, c’est l’envie et je pense que dès le premier niveau, un joueur normalement constitué jettera l’éponge.


Vidéo de présentation du jeu

Deuxième essai loupé pour AVP qui loupe allègrement son passage sur la portable de Nintendo avec un jeu à la nullité presque intersidéral. (2)

Peut on encore sauver le soldat AVP en jeu vidéo ? Bien sûr, mais pour cela, il va falloir faire appel à des spécialistes !

Alien Vs Predator, sorti en arcade en 1994

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En 1994, la société japonaise Capcom est le leader incontesté des salles d’arcade : En 1991 est sorti le légendaire Street Fighter II et le premier vrai jeu de combat de l’histoire du jeu vidéo devient rapidement un phénomène mondial. Mais en plus du jeu de combat, Capcom est également le maître du beat’em all avec des titres comme Final Fight (1989), The Punisher (adaptation du personnage Marvel, sorti en 1993) et ses deux adaptations de Dungeons & Dragons, Tower of Doom et sa suite Shadow over Mystara (sorti en 1994 et 1996).
C’est en 1994 que Capcom distribue un beat’em all basé sur la licence AVP et bien que ce jeu soit méconnu dans nos contrées, il s’agit là de la première grosse réussite vidéoludique utilisant la licence AVP  !

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Le scénario est archi-classique et ne s’encombre pas de subtilité : La ville de San Drad en Californie est infestée par les Aliens ! Deux membres des Marines se retrouvent coincés dans la ville (le cyborg Dutch Schaeffer et la synthétique Linn Kurosawa) après avoir été abandonnés par leurs camarades. Alors qu’ils sont encerclés par les Aliens, deux Predators apparaissent et les sauvent in extremis des griffes des xénomorphes. Les deux chasseurs proposent alors une alliance aux deux soldats afin de nettoyer la zone des Aliens. Nos quatre alliés vont donc parcourir la petite ville et ses environs afin de connaître la raison de cette infestation et y mettre fin.

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Le jeu est donc un beat’em all, on avance de gauche à droite et on bastonne sans retenue tout ce qui se présente à l’écran.
Là où le AVP de la Super Nintendo se vautrait lamentablement en accumulant les défauts, cette version arcade pilotée par Capcom prouve le savoir faire indéniable du japonais pour le genre : Le jeu est en tout point une réussite incontestable  !
Graphiquement, le jeu est magnifique : Que ce soient les héros, les ennemis ou même les décors, le jeu est une réussite et tire le meilleur du moteur CPS2 de Capcom. Niveau animation, c’est le même traitement : Ça bouge vite, c’est fluide et malgré le nombre d’ennemis parfois très important à l’écran, l’action reste toujours lisible.
Pour ce qui est du gameplay, là encore l’expérience de Capcom pour le genre parle d’elle-même : Les coups sont variés, nombreux et les 4 personnages ont tous une palette de coups vraiment différents.
Niveau sonore, là encore rien à dire : Les thèmes musicaux sont en adéquation avec l’ambiance, variés et entraînants. Idem, pour les sons et effets sonores, que se soient le bruit des armes ou le hurlement des Aliens, tout y est pour vous plonger dans la frénésie des affrontements entre Yautjas et xénomorphes.


Le premier stage du jeu

Alien Vs Predator de Capcom est donc une réussite totale : Long, varié, beau et jouissif, en plus d’être à mon avis, un des meilleurs jeux AVP jamais sortis, c’est un jeu d’une qualité absolument indéniable, peut être même le beat’em all le plus réussi de Capcom.
On ne peut malheureusement que lui reprocher une seule chose, le fait de ne jamais être sorti des salles d’arcade…

Alien Versus Predator sorti sur Jaguar en 1994

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Alors que les salles d’arcade profitaient du beat’em all de Capcom, c’est la console d’Atari qui fait rentrer le combat entre yautjas et xénomorphes dans les foyers.
Tout fan de jeux vidéos qui se respecte connaît l’histoire de la Jaguar : Console soit-disant surpuissante, elle fut l’un des échecs les plus retentissants du monde du jeu vidéo. Elle fut l’une des premières à utiliser le format CD mais entre sa fiabilité plus que discutable (trouver aujourd’hui une Jaguar en état de marche tient du miracle), sa ludothèque risible constitué à 99% de jeux pourris, la console signa la mort du géant Atari qui ne se remettra jamais vraiment de cet échec.
C’est malgré tout sur cette machine que fut développé et distribué le premier FPS (First Person Shooter, jeu d’action à la première personne) Aliens Vs Predator
Le jeu est développé par Rebellion et est disponible uniquement sur la console Jaguar.

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On peut y jouer au choix un Alien, un Predator ou un Marine.
Le jeu commence de la même façon pour les trois races  : La station spatiale d’entraînement des Marines USS Golgotha détecte à proximité de sa position la présence d’un vaisseau Predator et d’un vaisseau ingénieur à la dérive (abritant, supposément, des Aliens). La station est tout de suite mise en état d’alerte, prête à faire face aux menaces.
Le jeu avec chacune des races est différent : Si vous commencez avec l’Alien, le but du jeu est de libérer la Reine Alien prisonnière sur le vaisseau Predator. L’Alien ne peut pas se guérir des blessures et au lieu de ça peut infecter des Marines avec des face-huggers et si il meurt, il reprendra au dernier Marines qu’il a infecté en incarnant l’Alien né de celui-ci. L’Alien ne peut pas utiliser les ascenseurs et interrupteur et à la place utilise les conduits d’aération pour passer d’un endroit à l’autre.

Incarner le Predator consiste à débusquer la reine Alien et la vaincre pour obtenir son crâne comme trophée. Le jeu avec le Predator consiste à accumuler des points d’honneur en tuant les Aliens et Marines de façon honorable : Par exemple, tuer une proie avec son camouflage rapporte moins de points etc. Plus vous obtenez de points, plus vous avez accès à de nombreuses armes. Le Predator peut utiliser les ascenseurs ou interrupteurs pour progresser dans la base, il a aussi la possibilité de transporter plusieurs items de soin pour se soigner.

Enfin en jouant le Marine, le but est simplement de mettre en marche le système d’auto-destruction du vaisseau et de réussir à s’enfuir. Au début du jeu, le Marine n’a aucune arme et équipement et le but premier et de fouiller chaque recoin du vaisseau pour trouver son équipement. On y retrouve les armes et équipements des films : Pistolet, fusil à pompe, Smartgun, détecteur de mouvement etc.
Le Marine peut utiliser les ascenseurs, interrupteurs et conduits d’aération pour se déplacer mais ne peut pas transporter de packs de soin : Son énergie et restaurée automatiquement dés qu’il en ramasse un.

Niveau gameplay, c’est assez simple  : On avance, on tire, on ouvre des portes, récupère des clés, rien de plus.

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Même si il fut très bien accueilli à l’époque de sa sortie, il faut reconnaître que le jeu à aujourd’hui pris un sacré coup de vieux : Le jeu tourne sur un moteur similaire à celui des premiers Doom, à savoir des décors en 3D et des ennemis en 2D.

Comme je le dis plus haut, le jeu a très mal vieilli : Les décors et ennemis sont très pixelisés, les animations sommaires et les niveaux labyrinthiques particulièrement lassants, d’autant plus que la plupart des décors se ressemblent et le syndrome typique de ce genre de jeu de l’époque, à savoir que l’on se perd très facilement justement parce que tout se ressemble, devient très gênant et décourageant après quelques niveaux traversés. Remis dans le contexte de l’époque, le jeu devait très certainement être très jouable, mais les temps ont changés, la technique et les mécaniques de jeu aussi et là où Duke Nukem 3D par exemple qui repose sur le même genre de moteur graphique peut encore aujourd’hui être très jouable de part ses stages variés, AVP version Jaguar est très vite monotone et ennuyeux.


Extrait du jeu avec L’Alien

En résumé, un jeu qui, remis dans le contexte de l’époque, était franchement enthousiasmant mais qui aujourd’hui donne une impression sérieusement datée et est difficilement jouable de nos jours.

Aliens Versus Predator, sorti exclusivement sur Mac et PC en 1999

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Cinq ans après la version Jaguar, le studio Rebellion remet le couvert avec l’univers AVP, cette fois-ci sur ordinateur : Avec des moyens techniques plus importants, le studio va-t’il réussir à créer un jeu moins ennuyeux que son prédécesseur ? Ce ne serait pas difficile me direz-vous et le jeu va de très loin dépasser toutes les espérances des joueurs et fans, décryptage d’une réussite.

Comme dans la version Jaguar, le joueur peut incarner soit un Marine, soit un Predator soit un Alien, les trois campagnes étant indépendantes et non liées entre elles.
En incarnant l’Alien, le but du jeu et de s’échapper d’un temple et de rejoindre un centre de recherches humains pour gagner la Terre. On y traverse d’ailleurs des lieux connus des fans, comme la station Gateway que l’on voit au début du film Aliens le Retour et un vaisseau nommé le Ferrarco, largement inspiré par le Nostromo, le vaisseau du premier film Alien.
En incarnant le Predator, vous effectuerez trois missions distinctes, sans lien entre elles : La première consiste à aller secourir un de vos camarades prisonnier des humains. La seconde vous ramène sur la planète Fiorina Fury 161 de Alien 3, qui après les événements du film abrite une ruche Alien, le but est de vous y rendre et de nettoyer la planète.
Enfin, vous vous rendez sur une planète sur laquelle les Marines ont développé une sorte de réserve de xénomorphes, votre but est donc de mettre fin à cet élevage en supprimant tous les Aliens.
Enfin en incarnant le Marine, vous vous retrouverez sur la planète LV-426 du film Aliens, le Retour : La compagnie Weyland Yutani a construit autour du vaisseau ingénieur abritant les œufs d’Aliens un centre de recherche, protégé par les Marines au cas où quelque chose se passerait mal… ce qui arrive lorsque les Aliens réussissent à s’évader du centre de recherche. Vous êtes un des derniers Marine sur la planète et devez trouver un moyen de la quitter.

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AVP version 1999 est une grande réussite pour l’époque : Graphiquement le jeu est même particulièrement impressionnant, (encore une fois pour l’époque). Niveau gameplay il est aussi exemplaire : Malgré un petit temps d’adaptation pour l’Alien est ses déplacements à 360 degrés (il peut adhérer aux murs), la maniabilité est instinctive et prendre en main l’une des trois «  créatures  » se fait de manière très simple.
Les niveaux sont relativement longs et variés : On traverse des lieux cultes de la saga, de nouveaux environnements et les niveaux sont suffisamment rythmés pour ne pas devenir lassants. Idem pour l’ambiance sonore très fidèle à celle des films, elle plonge directement dans l’ambiance.


Extrait du jeu avec le Predator

Pas grand chose à reprocher à cette version de AVP : Le jeu est en tout point quasiment parfait (pour l’époque) et même si il a un peu vieilli de nos jours, il reste quand même très agréable à jouer.
Notez d’ailleurs qu’une version disponible sur Steam, nommé Aliens versus Predator Classic 2000 permet de le faire tourner sur les OS récents.

Aliens Versus Predator 2, sorti sur PC et Mac en 2001

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Sorti deux ans après le premier AVP sur PC, Aliens Versus Predator 2 doit réussir la prouesse de dépasser en qualité son aîné : Tâche ardue si il en est tant le premier opus avait mis la barre haut. Défi relevé de la part du studio Rebellion  ? Réponse de suite.

Encore une fois, ont peut incarner les trois races d’extra-terrestres les plus belliqueuses de la galaxie, à savoir Aliens, Predator et humains. Contrairement au premier jeu, les trois campagnes sont liées dans une grande histoire commune, les trois races traversant parfois les mêmes lieux à des moments différents. Son histoire fouillée est même une des grandes qualités du jeu, en plus d’autres choses car oui, AVP2 dépasse en qualité le jeu précédent et de très loin  !

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L’histoire commence sur la planète LV-426, plusieurs années après les événements du premier jeu : La compagnie Weyland Yutani, après avoir étudié le vaisseau ingénieur trouvé sur ladite planète a réussi à décrypter une feuille de route vers une planète inconnue rapidement rebaptisée LV-1201. Cette planète abrite un temple d’une civilisation inconnue ce qui attise la curiosité et la cupidité de la compagnie qui y établi rapidement un centre de recherche. Malheureusement, la planète est infestée de xénomorphes et la première mission scientifique est décimée… Le seul survivant est le Professeur Eisenberg qui rouvrira quelques années plus tard le même centre de recherche.
Dix ans après la réouverture du site, le centre de recherche se porte mal et la compagnie envoie un superviseur pour savoir ce qui ne va pas : Des artefacts disparaissent, plusieurs zones sont maintenant fermées suite à des incidents (notamment le fameux Pod 5, dont l’histoire du désastre est relatée dans l’extension Primal Hunt) et le Docteur Eisenberg doit se justifier.
Dans le même temps, les Iron Bears, un groupe de militaires privé travaillant avec la compagnie livre sur le vaisseau Aurora un artefact volé sur LV-1201, ledit artefact abrite un œuf Alien dont le face hugger s’évade bientôt et infecte un occupant du vaisseau : C’est de cet Alien dont le joueur prend le controle.
Dans le même temps, trois Predators menés par un ancien nommé Prince (que le joueur incarne) débarque sur LV-1201 pour une chasse. Le vaisseau predator est détecté à son arrivée sur LV-1201 et ce que Prince ignore, c’est que les Iron Bears sont menés par le général Vassili Rykov, un soldat qui depuis qu’il a été blessé par Prince sur une autre planète a développé une haine sans borne pour les Predators, Rykov y voit donc une chance inespérée de se venger de Prince et à peine arrivés, les Predators sont capturés par les Iron Bears… Grâce à un concours de circonstances, en fait l’évasion d’Aliens dans le centre de recherches, Prince est libéré, retrouve son équipement et bien décidé à se venger de Rykov et part à sa recherche.

Après l’invasion de xénomorphes sur LV-1201, un signal de détresse est envoyé et c’est à ce moment que le contingent du Caporal Harrisson est chargé de se rendre sur la planète pour porter secours aux survivants : Vous incarnez Harrisson lorsque vous jouez l’humain et devrez sortir vivant de l’enfer qu’est devenu LV-1201.

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AVP2 dépasse de loin en qualité le premier opus : Déjà, graphiquement le jeu est beaucoup plus beau et on peine à croire que seulement deux ans séparent la sortie des deux jeux tant le fossé graphique entre les deux jeux est énorme. Ensuite niveau gameplay le jeu s’est encore considérablement amélioré, les trois races jouables se sont étoffées de nouveaux mouvements et armes et les quelques défauts du premier opus (notamment le déplacement parfois hasardeux de l’Alien) ont été corrigés. Comme on peut le constater dans mon résumé de l’histoire plus haut, le jeu est de plus doté d’une campagne solo particulièrement longue et passionnante avec un scénario très fouillé et particulièrement bien écrit.
Enfin le jeu inclu pour la première fois un mode multi-joueurs largement inspiré par celui de Quake II (pour les connaisseurs) qui encore aujourd’hui compte des dizaines de milliers de joueurs.


Le premier stage du jeu avec le Marine

En suivant directement les traces de son aîné et en améliorant tout ce qui en avait fait le succès, AVP2 est une suite exemplaire. Tout fan des xénomorphes et des yautjas se doit de l’avoir essayé  au moins une fois, c’est un jeu mythique et emblématique de la licence AVP est un incontournable du style FPS : En résumé, un must  !

Aliens Versus Predator 2  : Primal Hunt, sorti en 2002 sur PC et Mac

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Primal Hunt est une extension au jeu original Aliens Versus Predator 2 : Il propose 3 nouvelles campagnes solo inédites et des ajouts pour le mode multi-joueurs.
A noter que cette extension n’est pas développée par Rebellion, mais par un autre studio, Third Law Entertainement.

Vous pouvez y incarner pour la première fois un Predalien, un Predator Elder ou le Major Dunya, la militaire rapidement aperçu dans le jeu AVP2.

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Lorsque l’on incarne le Predator, le jeu débute 500 ans avant les événements de AVP2 et montre comment le Predator que l’on incarne a découvert le nid xénomorphe sur LV-1201. Le jeu avec le Predalien commence aussi 500 ans plus tôt mais suite à un incident, l’Alien tombe en stase et ne se réveille que 500 ans après. Enfin, lors du jeu avec le Major Dunya, l’action se situe peu avant les événements du jeu original et relate la tragédie du Pod 5, rapidement évoqué dans le jeu AVP2.
Primal Hunt est une extension de très bonne tenue qui allonge agréablement la durée de vie du jeu original : Un petit plus non négligeable qui d’ailleurs fut vendu en pack avec le jeu.

Aliens Versus Predator  : Extinction, sorti sur PS2 et Xbox en 2003

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Après s’être bastonner dans des beat’em all et des FPS, les Aliens et les Predators décident de s’attaquer à un autre style de jeu, le jeu de stratégie ! C’est donc en 2003 que sort exclusivement sur PS2 et Xbox Aliens Versus Predator : Extinction, un jeu dans lequel Aliens, Predator et Marines vont s’affronter de nouveau, cette fois-ci en sollicitant nos talents de stratège.
Le jeu est développé par Zono Entertainement et distribué par Electronic Arts.

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Comme dans les FPS, quatre campagnes différentes sont proposés : Aliens, Predators et Marines, chaque race ayant un gameplay différent.
L’histoire se passe en majeure partie sur la planète LV-742 : Des expériences humaines ont créé une race d’Aliens clonés surnommés K-Series du nom de leur créateur, le Professeur Kadinski. Seulement, cette race a été créée à partir d’une reine Alien volée par les Marines à un clan Predator, les chasseurs n’ont pas vraiment apprécié et se mettent en chasse des auteurs du larcin. Dans le même temps, des Aliens du nid dont la reine a été dérobée ont survécu et comptent bien secourir leur matriarche et se venger à la fois des K-Series, des Predators et des humains. En parallèle, les Aliens K-Series se sont échappes et commencent à infester la petite planète…
Plus qu’une planète, LV-742 devient une véritable zone de guerre sur laquelle non pas une ni deux ni trois mais quatre races d’extra-terrestres se font la guerre : Aliens, Aliens K-Series, Predators et Humains  !

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Le jeu se décompose donc en trois campagnes différentes  : Aliens, Predators et Marines, les trois races ayant un gameplay différent.
Le jeu avec les Aliens consiste généralement à créer une Reine puis «  nettoyer  » la zone de toute présence hostile. Les Aliens doivent récupérer leurs victimes, les ramener au nid pour les féconder avec des œufs pondus par la reine et ainsi créer de nouvelles unités.
Pour ce qui est des Pre