Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) #70

Jason Vs. Leatherface

 

J’ai déjà souvent parlé ici de comics mixant super héros et personnages issus de films ou de la littérature fantastique (Batman / Aliens ou encore Hunting The Heroes, un crossover géant durant lequel les Predators chassaient les personnages de la maison d’édition Dark Horse) mais comme dit plus haut, ces crossovers incluent majoritairement des personnages nés dans les comics s’opposant à des personnages de films, cependant il y a un autre domaine intéressant pour un accroc au cinéma fantastique et au comics, les crossovers faisant se rencontrer des personnages issus de films et c’est ce dont il sera question aujourd’hui.

Ce qu’il y a de bien commode avec les comics, c’est que toutes les fantaisies sont possible, ainsi les terribles Aliens ont affronté pour la première fois les redoutables Predators sur papier et certains personnages aux univers plus ou moins éloignés ont pu croiser le fer récemment (Wonder Woman / Conan, Star Trek / Green Lantern).

En tant que fan de cinéma fantastique, j’avoue que c’est lorsque que certains de mes personnages du grand ou petit écran favoris se rencontrent que je suis le plus enthousiaste : Des affiches comme King Kong sur La Planète des Singes ou X-Files / 30 Jours de Nuit sont souvent la promesse pour moi d’histoires et de rencontres inopportunes savoureuses.

Ça va trancher, chérie !

Mais en tant que fan hardcore de cinéma d’horreur, j’avoue que c’est quand je vois certains monstres issus de grandes sagas du cinéma bis s’affronter sur papier que je deviens rapidement hystérique ! Je ne vais pas faire un panorama de toutes les rencontres en comics entre différents monstres et univers du cinéma d’horreur (il faut quand même que je me garde des cartouches pour de futurs rubriques), je vais juste préciser que d’une part, il en existe peu et qu’aussi surprenant que ça puisse paraître, la plupart sont très réussies : Nightbreed (Cabal en France) / Hellraiser : Jihad, dans lesquels les deux univers créés par Clive Barker se rencontrent ou encore les deux excellents Freddy Vs. Jason Vs. Ash, dans lesquels les univers des Griffes de la Nuit, Vendredi 13 et Evil Dead s’entrechoquent, ne sont que les quelques exemples qui me viennent à l’esprit…

Aujourd’hui je vais donc vous parler d’un de mes crossovers favoris entre deux licences du cinéma horrifique que j’adore :  A savoir Vendredi 13 et Massacre à la Tronçonneuse et ça a lieu dans Jason Vs. Leatherface !
C’est parti, accrochez-vous parce que ça va saigner !

« Here’s your invitation to come join Leatherface, it’s his addiction to keep you face to face
You’re just a prisonner in his game of chance, another rivalry for the devil’s dance
Come across the crossroads, chainsaw running wild, going to the heavens, for the final time ! »
Lääz Rockitt – Leatherface (Extrait de l’album No Stranger To Danger, 1989) (5)

D’abord plantons le décor : Alors que Jason se langui de meurtres brutaux et rumine sa haine, prisonnier enchaîné au fond de son lac de la bourgade de Crystal Lake, des industriels véreux ont des plans pour l’historique prison naturelle de notre redoutable boogeyman : Pollué par des produits toxiques et donc inutilisable à des fins touristiques, les hommes d’affaires veulent draguer le lac, le vider et en faire un complexe industriel. Pas vraiment regardant sur la qualité des services, lesdits industriels engagent une société qui se charge de cette besogne sans trop poser de questions. Une nuit, Jason est donc arraché du fond de son lac par les machines de drainage et se retrouve enfermé dans un wagon-container de déchets toxique en partance pour le Mexique. Après s’être échappé et avoir transformé le train en abattoir, Jason déambule dans la campagne et se retrouve à Sawyerville, fief de la terrifiante famille de dégénérés de Massacre à la Tronçonneuse ! Le monolithique tueur au masque de hockey va bien évidemment rapidement croiser la route des texans cannibales et cette rencontre va chambouler notre monstre silencieux qui va se trouver des points communs avec Leatherface et même un semblant d’amitié ! Mais pourra t-il longtemps refouler ses instincts primaires au contact de cette famille de tueurs ? Réponse dans les pages de cet excellent crossover.


Jason ne sait pas si le train va pour Pau, mais une chose est sûre, c’est qu’il ne s’y arrêtera pas !

Jason Vs. Leatherface est donc une mini-série en trois numéros publiée entre octobre 1995 et janvier 1996 par le défunt éditeur Topps Comics, cette mini-série n’a jamais été rééditée, pas même en trade paperback et n’a bien évidemment jamais été publiée en France. Elle est écrite par Nancy A. Collins et David Imhoff, dessinée par Jeff Butler le tout sur des couvertures de Simon Bisley.

Cette mini-série se situe dans l’univers du film Jason Goes To Hell : The Final Friday (Jason Va En Enfer en France) auquel elle sert de préquelle, expliquant au passage pourquoi Jason est libre au début du film, le look de Jason dans Jason Vs. Leatherface étant d’ailleurs celui du film, avec le masque en métal incrusté dans son visage (1).

Si en tant que fan de comics, le nom de Nancy Collins ne vous dit pas grand chose, c’est normal : Collins est en revanche une romancière très connue pour ses romans de vampires, notamment sa série des Vamps. Ses romans sont régulièrement publiés et réédités en France depuis la fin des années 80.

Dans le domaine des comics, elle a fait quelques brèves apparitions, notamment en écrivant certains numéros de la série Swamp Thing pour DC Comics (2), et quelques one shots, Aliens (3), Predator et Vampirella entre autres. Pour Jason Vs. Leatherface, elle est secondée par David Imhoff, dont je n’ai quasiment trouvé aucune information le concernant, hormis le fait qu’il ait participé à cette œuvre…


Nous ce qu’on aime c’est… LA BAGARRE !

Pour les dessins, c’est l’artiste Jeff Butler qui est aux crayons et là encore si en tant que fan de comics son nom ne vous dit pas grand chose, c’est normal : Butler est plus connu pour ses travaux d’illustration dans le domaine des jeux de rôles, notamment Donjons et Dragons, Conan ou Marvel Super Heroes. En comics il a dessiné peu de choses, principalement des comics issus de licences comme Le Frelon Vert, Godzilla, Jurassic Park ou Xena. Depuis de nombreuses années, il a délaissé les comics pour se consacrer à l’enseignement de l’art et le design de jeux vidéo, il a notamment travaillé sur Wolfenstein, Soldier of Fortune, Star Wars : Jedi Outcast ou X-Men Legends.

Pour ce qui est des univers de Vendredi 13 et Massacre à la Tronçonneuse, je ne vous ferai pas l’affront de vous les présenter : Si vous êtes fan de films d’horreur, ces deux sagas mythiques n’ont probablement pas de secrets pour vous et au cas ou, je me suis déjà largement pencher dessus dans des précédents articles, ici pour Vendredi 13 et ici  pour Massacre à la Tronçonneuse.

Alors, Jason Vs. Leatherface est-il aussi bon que les fantastiques et magnifiques couvertures de Simon Bisley (visiblement très inspiré) peuvent au premier abord le laisser penser ? Et bien oui, doublement oui !


Jason voit en Leatherface des points communs avec son « lui » passé…

La principale raison à cela et le scénario de Nancy Collins : Bien écrit, respectant à la lettre les deux univers qu’il utilise, Collins démontre sa maîtrise des récits horrifiques et du traitement des créatures fantastiques, elle nous montre un Jason troublé par sa proximité avec les tueurs cannibales, nous plongeant dans la psyché du tueur silencieux de façon habile et crédible, ce que pour le moment seul les comics ont été capables de faire.

Pour ce qui est des membres de la famille Sawyer, on retrouve les trois protagonistes du film Massacre à la Tronçonneuse original, à savoir l’Auto-Stoppeur, Le Cuisinier et Tronche de Cuir (et le Grand-Père pour quelques apparitions). Niveau mentalité et personnalité, ils sont plutôt proches de leurs personnages du film, Collins se permettant quand même de les étoffer un peu, voir de les traiter de façon originale : La scénariste joue habilement avec eux, les humanisant par petite touche pour ensuite et à chaque fois briser cette empathie créée en les montrant se livrant aux actes les plus abjectes qui soient.

Malgré tout, l’histoire et assez prévisible, on se doute bien que la retenue meurtrière de Jason ne durera pas et que l’affrontement entre le tueur masqué à la machette et la famille texane finira par inévitablement arriver…

Un petit bémol également pour la fin, qu’on imagine un peu et probablement abrégée pour des raisons éditoriales tant elle est rapide et brève, et laisse beaucoup de questions en suspens notamment le destin des industriels (pourtant longuement introduits dans le premier numéro) ayant chassé Jason de son « habitat naturel ». Je pense sincèrement à la lecture du dernier numéro que Nancy Collins avait des plans pour une suite, probablement montrant Jason retournant à Crystal Lake. Mais quand on connaît l’histoire de Topps Comics, 1996 correspond aux débuts de leurs déboires financiers (4), ceci expliquant probablement ces pistes laissés sans suites.

Jason participe à la tradition familiale des Sawyer, les « courses » pour de la viande !

Visuellement, Jeff Butler livre aussi un travail admirable : Son style volontairement exagéré pour ce comic, notamment dans les positions parfois cartoonesque de certains membres de la famille Sawyer et leurs expressions faciales, dénote radicalement avec ce que l’artiste nous avait habitué avec ces magnifiques illustrations pour jeux de rôle. On est ici plus proche des comics d’horreur des années 50 et du style d’artistes comme Joe Orlando ou Will Elder, l’aspect d’ailleurs exagéré et presque caricatural des membres de la famille de psychopathes dénote clairement avec la monstruosité de leurs actes, créant une espèce de décalage parfois assez malaisant (la scène du chien ou le « hobby » de l’Auto-Stoppeur) et original. C’est d’ailleurs assez intéressant de noter que même visuellement, Jeff Butler réussi à imposer une différence de traitement entre Jason et la famille de Massacre à la Tronçonneuse : Jason est toujours montré droit, statique et monolithique alors que les tueurs cannibales sont souvent montrés comme dynamiques et exubérants dans leurs postures et expressions, prouvant la maîtrise et le sérieux dont l’artiste à fait preuve dans sa représentation des personnages.

Une véritable réussite donc pour Jeff Butler, qui fait regretter que l’artiste n’ait pas plus persisté dans le comic.

Impossible pour finir de ne pas signaler les trois magnifiques couvertures peintes par le génial Simon Bisley : Elles sont toutes sublimes et on sent bien que le thème a particulièrement motivé l’artiste tant ses illustrations sont détaillées et dynamiques et même si elles ne sont pas vraiment raccord avec le look qu’ont les personnages dans le comic, elles restent un régal pour les yeux.

Du Bisley en très grande forme !

Aux vues de ces qualités scénaristiques et artistiques énoncés plus haut, vous avez donc compris que selon moi, Jason Vs. Leatherface est un excellent moment de lecture : Fidèle aux univers qu’il utilise, référencé, souvent drôle, très gore et magnifiquement mise en image par Jeff Butler, c’est un crossover de très belle facture et parfaitement maîtrisé. Une lecture hautement recommandée pour tout fan de comics d’horreur et quasiment obligatoire pour tout les fans de Vendredi 13 et Massacre à la Tronçonneuse.

1 : A savoir que Topps avait déjà publié l’adaptation du film Jason Goes To Hell en 1993, écrit par Andy Mangels et dessiné par Cynthia Martins.

2 : L’intégralité des épisodes qu’elle a écrit pour la série Swamp Thing a été réédité l’année dernière par DC dans un album intitulé Swamp Thing By Nancy Collins Omnibus.

3 : Le one shot qu’elle a écrit, Aliens : Elder Gods est lisible en français dans l’album Aliens Xenologie publié par Wetta Sunnyside en 2017.

4 : La maison d’édition fermera ces portes définitivement deux ans plus tard, en 1998.

5 :

2 commentaires sur “Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) #70

Ajouter un commentaire

  1. Il faut aimer le dessins plutôt old school. Avec des traits plutôt grossiers.
    Je trouve que ça  » fige » une peu les mouvements, que ça manque de fluidité.
    Mais ce genre trouve sûrement son public

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