Review : Hellblade – Senua’s Sacrifice

Quand on pense aux héroïnes dans le jeu vidéo, des noms viennent toujours en premier à l’esprit : Le premier est sans conteste Lara Croft, l’aventurière symbolisant depuis plus de vingt ans l’image de la femme dans ce média. Au début en des termes pas vraiment glorieux, dû à une sexualisation un peu trop prononcée, puis depuis quelques années la belle s’est appropriée une nouvelle image de femme forte à la faveur d’un reboot et de deux suites au ton plus réaliste, sombre et violent. L’autre femme de pixels qui fait beaucoup parler d’elle est l’hyper sexuée Bayonnetta : Femme objet sexy par excellence pour les uns, femme forte qui s’assume pleinement pour les autres, Bayonnetta est un personnage complexe et qui divise. Personnellement, je suis très client des deux femmes précédemment citées, ayant fait tous les Tomb Raider et les deux Bayonnetta (le trois arrivant sous peu sur la Switch de Nintendo) mais la dernière femme qui m’a vraiment marqué dans un jeu vidéo est une guerrière picte psychotique, une certaine Senua. Qui est Senua, pourquoi m’a t’elle tellement marqué, voir touché au plus profond de mon être ? Parce que Senua est une héroïne hors du commun, l’exact contraire d’une Lara Croft ou d’une Bayonnetta.

(Note : Je sais que ce test est un peu tardif, le jeu date de 2017, mais je le trouve pertinent aujourd’hui puisqu’une suite est annoncée sur la prochaine machine de Microsoft, la Xbox série X, prévue à la fin de l’année (1))

Senua est le personnage principal du jeu Hellblade, un jeu d’aventure action sorti en 2017 et signé par le petit studio anglais Ninja Theory. Qu’est-ce qui fait de Hellblade un jeu différent des dizaines d’autres mettant en scène de farouches guerrières à l’épée trucidant des méchants ? Beaucoup de choses, que je vais tenté de vous expliquer ci-dessous.

Solen er gået bort
I nattens regn og vind
Min barndoms tunge port
Låst i mit kolde sind
Langt ned i de dybe dale, der spejler sig i søen
Det er her at jeg vil leve, det er her at jeg vil dø
Under flodens askegrene finder jeg min sjæl
Skyggerne forstenes, lyset slår dem jo ihjel
Norge, Norge, Norge

Myrkur – Ulvinde, issue de l’album Mareridt (2017) (2)

Au neuvième siècle, Senua est une jeune picte sujette à diverses hallucinations auditives qu’elle appelle des « Furies ». Sa mère, atteinte des mêmes pathologies, considérée comme une sorcière fut brûlée sur le bûcher avec le consentement de son père, Zynbel. Senua assista à toute la scène et au martyre de sa mère, ce qui ne fit qu’aggraver son état. Son père, convaincu qu’elle est maudite, l’isole et la maltraite pendant des années jusqu’à ce que par hasard, Senua rencontre Dillion dans la forêt près de sa maison dans les bois. Dillion est un jeune homme bon et compréhensif, comprenant la condition de Senua, il se prend d’affection pour elle et les deux jeunes gens tombent très vite amoureux. L’état de santé mental de Senua s’améliore au contact de Dillion et ce dernier décide de l’arracher à l’emprise de son père en la ramenant avec lui dans son village. Mais peu après l’arrivée de Senua au village, une épidémie de peste se déclenche et Senua y voit un présage du retour de sa malédiction et se pense responsable. Elle s’enfuit du village et s’exile volontairement pendant un an…

Elle tente un jour de retourner au village de Dillion et n’y découvre que des ruines et des cadavres, pire, Dillion a été torturé et tué selon le sacrifice de l’aigle de sang, marque des vikings, visiblement responsables du massacre du village.

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Senua prend le crane de son bien aimé et part en quête de son âme…

Folle de rage et de chagrin, le crane de Dillion à la ceinture, Senua se met en route pour le nord, à la recherche de l’entrée pour Hel, le monde des morts des peuples nordiques afin de sauver l’âme de Dillion.

Aidée par l’esprit de Druth, un moine devenu esclave des vikings, Senua va alors plonger dans un monde sombre et cauchemardesque peuplé de créatures, de dieux et d’esprits violents et cruels.

Ce qui frappe au premier abord lors des premières parties de Hellblade, c’est le soin absolument époustouflant apporté au visuel du titre : En plus d’être magnifique graphiquement, les développeurs ayant opté pour des graphismes photo-réalistes absolument bluffants, tout y est soigné avec un souci du détail d’une minutie rarement atteint. Ninja Theory se sont visiblement considérablement renseignés et documentés sur l’époque car que se soit les costumes ou les environnements, on est plongé dans une ambiance médiévale nordique au réalisme sombre et délétère.

(Note 2 : A savoir que le jeu est sorti d’abord sur PS4 et PC en 2017, puis fut adapté sur Xbox One en 2018 et a profité de cette adaptation tardive pour s’offrir un lifting graphique en 4K absolument somptueux sur Xbox One X, la version disponible sur la machine de guerre de Microsoft étant sans conteste la plus réussie.)

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Les environnements sont somptueux de réalisme

Pourquoi délétère, puisque l’autre point sur lequel les développeurs ont considérablement travaillé et la symbolisation des troubles psychologique de Senua : Déjà en ce qui concerne les « Furies », les voix qu’entend Senua tout au long du jeu, l’équipe de Ninja Theory a opté pour des sons enregistrés en binaural. Pour faire court et sans partir dans des explications techniques compliquées, le mode binaural est un mode d’enregistrement du son qui permet de donner à l’auditeur l’illusion de situer l’origine des sons dans l’espace, pour prendre un exemple concret, en jouant au jeu vous aurez parfois l’impression d’entendre des sons venir de derrière ou plus ou moins éloignés de vous. Avec un casque, l’immersion sonore dans le monde de Hellblade est impressionnante et je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience.

Comme vous avez dû le deviner, Senua est psychotique, elle entend des voix et est sujette à diverses troubles visuels, un de ces symptômes et une obsession des symboles et leur supposé signification caché (un symptôme rare de la psychose, évoqué dans le making of du jeu et dont j’ai malheureusement oublié le nom), cette pathologie servant à mettre en pratique un système d’énigmes assez simple durant lequel il faut aligner des éléments du décor pour former des runes.

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Une des séquences d’énigme durant laquelle le joueur dois aligner des symboles runiques

Le jeu alterne ainsi entre phase de recherches / énigmes et séquences d’action, je reviendrai un peu plus bas sur les phases d’actions.

Dans un souci de crédibilité, les développeurs se sont considérablement renseignés sur les troubles mentaux en travaillant avec des docteurs et des psychiatres spécialistes de ce genre de pathologies. Ils ont même interrogés des malades afin de mieux cerner la façon dont ces symptômes se caractérisaient et la façon la plus crédible de les représenter. Cette rigueur est admirable et se ressent clairement à l’écran et la manette en main : La détresse de Senua est presque palpable et il se créé entre le joueur et l’héroïne un lien empathique assez déstabilisant, surtout qu’une des voix qu’entend Senua brise le quatrième mur en s’adressant directement au joueur.

Senua est une héroïne hors du commun : Jolie sans être sexy, physiquement et psychologiquement marquée par ces expériences passées, elle pleure, hurle, souffre et on souffre avec elle tout au long de son effroyable et éprouvant périple. Bien plus qu’une simple quête d’un amour perdu, on se rend vite compte au fur et à mesure du jeu que les épreuves que s’impose Senua sont bien plus que ça et que cette quête et surtout un prétexte pour exorciser ses propres démons intérieurs et retrouver une paix avec elle-même. Beaucoup d’interprétations sont possibles, libre au joueur de donner à la (més)aventure de Senua l’aspect qu’il souhaite.

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Belle, sensible, touchante et farouche, Senua est un héroïne hors du commun

Toute la subtilité du scénario du jeu tient en effet à l’ambiguïté de la condition psychologique de Senua : Est-on dans un véritable monde fantastico-médieval ou ce que nous vivons n’est il en fait que la matérialisation des troubles de Senua ? La réponse n’est même pas donnée au fur et à mesure du jeu et une fois l’aventure terminée, cette ambiguïté tient toujours et c’est au joueur de se faire sa propre interprétation.

Si visuellement et artistiquement Hellblade est une réussite évidente, vous vous doutez bien qu’il y a malgré tout quelques défauts qui noircissent un peu ce tableau.

Le premier défaut sont les phases de combat. Pour faire court, rien ne va dans ces séquences : Déjà la maniabilité est trop hasardeuse et on met un peu trop longtemps à maîtriser les différentes mécaniques du gameplay durant ces phases (Elles ne sont que succinctement et pas très clairement expliquées dans le jeu), notamment le système d’esquive qui à haut niveau se révèle quasiment inefficace : Dès que vous esquivez et que vous tenter de contre-attaquer, une fois sur deux, vous êtes frappé par un autre ennemi qui se trouvait hors champ… C’est rapidement énervant, certains combats se finissant souvent sur cette pauvre Senua servant de boule de flipper entre les différents monstres, surtout que ceux-ci sont souvent beaucoup plus nombreux que vous et que ces combats ont souvent lieu dans des lieux très confinés, n’aidant pas vraiment à établir une stratégie cohérente. Certes vous avez quelques aides (une voix vous prévenant quand un ennemi se prépare à vous frapper ou un système de « freeze » momentané) mais elles sont souvent inefficaces devant le nombre effarant d’ennemis sur votre dos et le peu d’espace des arènes. Pour finir, vous devez marteler les touches frénétiquement pour les enchaînements et en ce qui me concerne, les crampes aux doigts m’obligèrent souvent à mettre le jeu en pause.

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Senua en plein combat, ces séquences vont devenir votre pire cauchemar…

Je pense que le coté éprouvant de ces affrontements est voulu de la part des développeurs car une fois un combat fini, on souffle de satisfaction, mais il est franchement très mal dosé et devient souvent plus énervant qu’autre chose.

La difficulté des combats peut être réglée dans les options et je ne peux que vous conseiller de la mettre au minimum dés le départ, d’autant plus que ça ne change strictement rien au déroulement du jeu.

Second défaut et pas des moindres, le système du « permadeath ». Les gamers connaissent bien ce système souvent décrié, pour les non-initiés, je vais l’expliquer simplement. Le permadeath (Abréviation de Permanent Death) est un système qui veux que si le personnage meurs dans le jeu, il est virtuellement est irrémédiablement mort, ce qui signifie dans le fait que tout ce que le joueur a fait est définitivement perdu. Dans Hellblade, si Senua « meurt » trop souvent durant un combat ou durant une phase de jeu où elle peux mourir (Course-poursuite etc.), le joueur n’aura plus qu’à tout recommencer depuis le début ! Cette mortalité est symbolisé par une sorte d’ombre noire montant progressivement sur le bras de Senua, si cette ombre atteint sa tête, c’est terminé. Personnellement, ça ne m’est pas arrivé, mais vu le système de combat au gameplay mal dosé et aux mécaniques approximatives, l’ajout de ce système est franchement très malvenu.

Dernier défaut, le jeu est légèrement buggé, notamment certaines textures qui deviennent parfois inexplicablement transparentes et des caméras qui durant certaines phases d’explorations ou de combats (ce qui n’arrange rien à ces derniers…) se perdent un peu n’importe où. A un moment (l’incendie du village) je me suis même retrouvé coincé devant une porte fermée… qui était en fait ouverte puisque je pouvais en fait passer à travers !

Ces bugs sont un peu anecdotiques mais doivent malgré tout être mentionnés.

Hellblade est une véritable expérience vidéo-ludique : Visuellement sublime, doté d’une direction artistique époustouflante et scénaristiquement poussée à l’extrême, le jeu se caractérise par un lien empathique quasiment inédit avec son héroïne, à la sensibilité et à la personnalité particulièrement attachante : Comme je l’ai dit plus haut, on ne fait pas que jouer, on vit véritablement la quête de Senua en sa compagnie, on souffre avec elle et surtout on a véritablement peur pour elle, de mémoire de joueur, un jeu ne m’avait pas autant marqué et impliqué avec son héroïne depuis Silent Hill 3… sorti en 2003, et encore, j’ai trouvé ce « lien » plus probant dans Hellblade que dans le hit de Konami ! On ressort de Hellblade la tête retournée, s’interrogeant sur l’aventure que l’on vient de vivre et ses différentes symboliques, presque triste de quitter Senua au terme de l’aventure tellement on aurait voulu l’accompagner dans sa nouvelle vie plus paisible. Mention spéciale à Melina Juergens, à l’origine monteuse sur les cinématiques du jeu, qui livre une prestation en motion capture absolument sensationnelle.

Dommage que les phases d’action soient perfectibles, ces dernières étant sans conteste le seul point noir véritablement gênant.

Malgré son gameplay un peu lourd, surtout durant les phases de combats, Hellblade mérite amplement que le gamer averti tente l’aventure, cette itération de la descente aux Enfers d’Orphée ou de La Divine Comédie en version nordique est une expérience intéressante de part la personnalité de son héroïne et la profondeur de son scénario : Un jeu rare, à essayer d’urgence.

Même si j’adore et respecte énormément le jeu vidéo en tant que média, j’ai personnellement beaucoup de mal à le considérer comme un art à part entière et l’accepter comme tel, Hellblade est le genre de jeu qui me font douter et remettent en question mon opinion.

Hellblade_03

 

Hellblade – Senua’s Sacrifice, un jeu du studio Ninja Theory sorti le 8 août 2017 sur PC et PS4, le 11 avril 2018 sur Xbox One et le 11 avril 2019 sur Nintendo Switch.

1 : Le premier trailer de Hellblade 2 :

2 :

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