Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) #58 

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Manga of the Dead

Bienvenue dans ce dernier Jeudi de l’Angoisse (des domics) de l’été ! Durant cette pause estivale, je vous ai présenté en quelques paragraphes des bandes dessinées horrifiques qui m’ont marqué de part leur originalité, tout d’abord et évidemment du comic avec le Frankenstein de Berni Wrightson et en second de la bande dessinée franco-belge avec Piège Nuptiale de Christian De Metter.

Pour continuer dans cette logique, je vais donc conclure cet interlude estival par l’autre dernier grand représentant de la bande dessinée mondiale avec un manga, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’un one shot, présentant huit histoires courtes réalisées par douze auteurs différents ayant pour thème commun les créatures les plus emblématiques de l’horreur de ces dernières années, les zombies !

Direction donc le pays du soleil levant en compagnie de nos chers morts-vivants amateurs de chair fraîche !

« I got a zombie army and you can’t harm me
Who do you voodoo, bitch ?
Drink blood like a vampire without warnin’
Who do you voodoo, bitch ? Stand up !
Sam B got the thing that go bump in the night
Who do you voodoo, bitch ?
Hide your kids, grab your wife, better get out o’ sight
Who do you voodoo, bitch ? Let’s go !  »

Who Do You Voodoo interprétée par Sam B (Josef J7 Lord) – Extrait de la bande originale du jeu Dead Island (1)

Manga of The Dead est donc un manga anthologique en un seul tome, en noir et blanc et présentant huit histoires de zombies, toutes réalisées par un mangaka différent.

Ce manga est paru en 2013 en France chez Tonkam.

Les huit histoires ont toutes un style différent, que ce soit dans le scénario ou le style graphique, je vais donc les présenter une à une.

Le premier récit a pour titre And I Love Her et raconte l’histoire d’une jeune adolescente qui voit toute sa famille se faire contaminer par un mystérieux virus les changeant en zombies cannibales.
Ce premier chapitre est réalisé par Katsuya Terada, plus connu pour son manga Blood : The Last Vampire.
En ce qui concerne l’histoire, l’héroïne principale est d’abord assez antipathique puis au fur et à mesure on comprend le pourquoi de son comportement et ses réactions envers sa famille. Le récit étant assez court, ça va assez vite mais on y décèle quand même une critique assez incisive de la cellule familiale japonaise, qui rend ce chapitre intéressant, les zombies étant au final une sorte de conclusion assez acerbe d’un modèle fait de non-dits et toujours sur le fil.

2

Visuellement, le dessin de Katsuya Terada est typique de son manga phare, sombre, épais et sale, il est très en accord avec le récit.
Ce premier chapitre ouvre de bien belle façon cette collection de récits.

La seconde histoire est titrée Dead And Fail to Die et est signée Kino-Hitoshi, un artiste ayant en grande majorité signé des comédies teintées de coquineries légères (des comédies ecchi pour les connaisseurs).
Dead And Fail to Die raconte donc l’histoire de Shin’Ichi, un lycéen dont la sœur, Reiko, a été mordue par un zombie. Alors qu’il l’amène à l’hôpital, celle-ci montre une résistance particulière au virus, ce qui attire l’attention de l’armée qui décide d’en faire une arme anti-zombies en l’entraînant au combat, Shin’Ichi devenant un genre de gardien, Reiko n’écoutant plus que lui.
Elle devient alors une hybride, mi-humaine mi zombie, dont on se sert lorsque d’autres mutants zombies apparaissent.

3

On se retrouve dans le cas présent avec une histoire typiquement manga de type shonen, avec de l’action, des monstres géants et du gore outrancier. L’histoire est assez classique, typique des mangas pour adolescents avec une histoire d’amour fraternelle.
Visuellement, on a droit là encore à un style typiquement shonen, très dynamique et ma foi fort sympathique, notamment dans les scènes d’action, très réussies. Le passif de l’artiste est également flagrant avec un grand renfort de plans sur des jupettes qui volent et des petites culottes.
Radicalement différent du chapitre précédent, cette histoire n’en reste pas moins très sympathique, malgré son scénario assez classique et typique.

Troisième histoire proposée par ce recueil, Ne Vivez pas Avec des Cadavres les Enfants, signée Sachiko Uguisu, une auteure ayant déjà signé quelques mangas d’horreur, à ma connaissance non publiés en France.
Ce chapitre présentent Mika et Makoto, deux jeunes enfants dont les parents ont été infectés par un virus les changeant en d’horribles zombies. Les deux petits enfants sont enfermés dans un bunker en compagnie de leurs parents zombifiés, qui se putréfient de jour en jour. Laissant les deux enfants dans l’expectative : Leurs parents sont ils morts ou vivants ?

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Parmi les histoires de ce recueil, celle-ci est sans conteste l’une des plus réussies : L’innocence des enfants, confrontés à la non-mort de leurs parents est particulièrement touchante. Pour un enfant, la mort est déjà un concept difficile à appréhender, mais quand en plus cette mort n’est pas vraiment « claire », cela la rend encore plus difficile à accepter. Toute l’originalité de ce chapitre tient en cette idée : Comment des enfants dont le concept de la mort n’est pas acquis réagiraient si leurs proches se transformaient en zombies ?
Pour ce qui est des dessins, Sachiko Uguisu livre un travail de toute beauté : Son style est fin, détaillé et sombre, parfaitement en accord avec le récit. Mention spéciale aux expression des visages des enfants, qui jouent beaucoup pour l’intensité du récit.
Un excellent troisième chapitre, sans conteste un des meilleurs de cette anthologie.

Le quatrième chapitre est sobrement intitulé Zombie et est écrit et dessiné par Toranosuke Shimada, un mangaka quasiment inconnu en France au style très particulier, plus proche du dessin de presse que du manga.
Zombie raconte l’histoire de Shimoda un homme qui après avoir été à une réunion d’anciens élèves se rend progressivement compte que la plupart de ses anciens camarades sont décédés… Il se souvient alors de Saïto, un de ses camarades dont il n’a pas de nouvelles, au fur et à mesure, il en apprend plus sur celui-ci, apprenant qu’il a longuement eu droit à une dégringolade sociale. En revenant de la réunion, Shimoda croise un homme seul errant dans les rues, il est alors convaincu qu’il s’agit de Saïto.

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L’originalité de ce récit tient surtout en deux facteurs : Le premier est son style graphique très éloigné de celui du manga et comme je l’at dit plus haut, aux traits clairs, simples et naïfs, plus proche du dessin de presse.
Le second point est son histoire : Ici point de monstres dévoreurs de chair humaine, l’auteur propose plutôt une vision plus métaphysique du zombie, faisant dans le fond du terme un miroir du statut de certaines personnes, abandonnées de tous.
Un point de vue intéressant et plus réfléchi qu’il n’y paraît.
Un chapitre différent et intéressant qui tranche singulièrement avec les autres récits.

Cinquième récit avec Le Sanctuaire qui Réveille Les Morts écrit et dessiné par Masaya Hokazono, un mangaka très prolifique ayant touché un peu à tous les styles, mais principalement l’horreur. Il est surtout connu en France pour son manga d’horreur Freak Island, publié par Delcourt.
Le titre est assez explicite et raconte l’histoire d’un professeur et de son élève, à la recherche d’un sanctuaire antique ayant le pouvoir de ressusciter les morts si ils y sont inhumés. Très touché par la mort de sa femme, le professeur fini par trouver l’endroit et à y enterrer sa défunte épouse, qui revient à la vie mais sous la forme d’un être amorphe, friand de chair humaine.
Le pauvre professeur se voit bientôt tiraillé entre la joie de revoir sa femme « vivante » et la déception de se rendre compte qu’elle n’est plus vraiment « elle ».

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L’histoire est très largement inspirée du fameux roman Simetierre de Stephen King, les thématiques sont les mêmes et certaines scènes sont identiques, néanmoins le fait de jouer sur la localité et d’y ajouter des notions de traditions religieuses typiquement japonaises ainsi qu’une bonne dose de gore rend le tout plutôt agréable à lire, d’autant plus qu’il s’agit d’une des histoires les plus longues du recueil.
Niveau dessin c’est plutôt bon, sans être exceptionnel, du manga assez classique, mention spéciale aux détails gore, particulièrement réussis.
Un bon chapitre, plus long que les autres mais au scénario assez classique avec un gros air de déjà-vu.

Sixième histoire, Le Jeune Zombie, par Hiromoto Sin’Ichi, un mangaka là encore assez méconnu en France puisque dans l’hexagone ont le connait surtout pour son adaptation du film Le Retour du Jedi en manga.
Le Jeune Zombie, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui du jour au lendemain, après avoir répondu à une petite annonce pour un travail de nettoyeur de cadavres, se retrouve embringuer dans une escouade de chasseurs de zombies : Surnommé rapidement « Le Puceau », notre infortuné héros va très vite se rendre compte qu’il s’est fourré dans une galère dont il va être difficile de sortir… Entouré d’un chef d’escouade qui n’a rien à envier au sergent instructeur de Full Metal Jacket et d’une grande et sculpturale jeune femme sanguinaire, notre héros va devoir jouer des coudes avec des monstruosités zombie toutes plus improbables que les autres et peut-être, qui sait, enfin perdre son pucelage !

7

Encore un changement de ton avec cette histoire résolument décérébrée et délirante ! Le Jeune Zombie c’est un immense délire gore, speed et sexy, aux situations improbables, le tout avec un héros tête à claque au possible : Un bon moment dont le dessin vif, caricatural et sexy, accentue encore plus le coté décalé.
Un chapitre original et décalé, franchement très agréable à lire.

Septième segment, Fight of The Living Dead, écrit et dessiné par Tomohiro Koizumi, Koizumi est un mangaka comique, son thème de prédilection est le plus souvent le désir sexuel des jeunes hommes au Japon.
Pour cette histoire, il nous raconte l’histoire d’un jeune homme qui après avoir été mordu par un vagabond va lentement se transformer en zombie durant un match de free fight.

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Une histoire assez anecdotique, originale certes mais pas vraiment aussi enthousiasmante que les précédentes. Le dessin de Koizumi est assez étrange, ses personnages sont raides et les expressions faciales assez sommaire.
Un chapitre étrange et très franchement, assez décevant.

Huitième et dernier chapitre, L’Organogel Sème la Terreur de Atsushi Fukao, un artiste spécialisé dans le design de créatures grotesques et horribles, ce segment de Manga of the Dead est sa seule bande dessinée connue (2).
Sachi est une jeune adolescente de treize ans vivant dans un futur post-apocalyptique dans lequel après une guerre bactériologique, une bactérie du nom d’Organigel a été répandue sur Terre, transformant les humains en monstres putréfiés dévoreurs de chair humaine.
Faisant partis des rares survivants encore sains, Sachi et son grand-père sont poursuivis par un monstrueux mutant mort-vivant nommé Le Courtier en Cadavres, chargé de récupérer et de vendre les survivants n’ayant pas été touché par la bactérie à des mutants plus riches pour qu’ils se nourrissent de chair saine.
Douée pour le combat, Sachi n’est heureusement pas prête à se laisser capturer si facilement !

9

Visuellement, cette histoire est assez impressionnante : le look du courtier n’est pas sans rappeler les créatures de Clive Barker et il est sans conteste la principale attraction de cette histoire qui peut se résumer par une course poursuite entre Sachi et le Courtier, se concluant inévitablement par un affrontement.
C’est sombre, poisseux et gore et l’on ne peut regretter que ce court récit soit la seule incursion de cet artiste dans la bande dessinée…
Un chapitre final étonnant, visuellement magnifique, qui clôt de bien belle façon cette anthologie ma foi intéressante, inégale certes mais très franchement intéressante, surtout pour les amateurs d’histoires de zombies qui y trouveront à coup sûr des points de vue différents sur cette créature mythique de l’horreur.

A noter pour finir que le livre est également ponctué de plusieurs illustrations réalisées par quelques artistes connus, notamment Sho-U Tajima, l’auteur de l’excellent MPD Psycho.

10

1 :

2 : Je vous conseille de jeter un œil à son compte Deviantart, son travail est assez impressionnant : https://www.deviantart.com/plaguefaceee

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