Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) #49

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Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) #49

Edgar Allan Poe et Richard Corben

La littérature dite classique a souvent été une source d’inspiration majeure pour bon nombre d’œuvres horrifiques modernes : Au cinéma, on ne compte plus les adaptations de romans ou nouvelles fantastiques, de science-fiction ou horrifiques parfois âgées de plusieurs siècles.
Souvent simplement adaptées texto, parfois complètement revisitées par soucis soit d’être mieux comprises par le nouveau public, soit de mieux retranscrire la vision de celui qui l’adapte, ces textes souvent jugés indémodables font la joie des cinéastes, scénaristes ou simplement spectateurs ou lecteurs avides de sensations fortes.
Outre le cinéma, notre média favori, les comics, bien évidemment ne fait pas exception à la règle.

Parmi ces œuvres, des auteurs font figure de références soit au travers d’une seule œuvre emblématique (Bram Stoker avec son Dracula, Mary Shelley et son Frankenstein etc…), d’autres par contre ont été plus prolifiques et ont gratifié l’imaginaire populaire de nombreuses nouvelles, poèmes, contes et autres textes glauques et effrayants qui encore aujourd’hui sont prompts à faire frissonner les lecteurs qui les découvrent.

Ainsi comment ne pas se sentir troublé après la lecture d’une nouvelle d’Howard Phillips Lovecraft comme Air Froid (Cool Air) ou L’Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror) pour ne citer (totalement au hasard, ça va de soit) deux de mes nouvelles favorites du maître ? (1)

Mais Lovecraft n’est pas le seul auteur classique a avoir abondement abreuvé l’imaginaire collectif, il est un autre auteur qui a largement été adapté dans tous médias confondus, le légendaire Edgar Allan Poe.
Et l’un des auteurs de comics les plus prolifiques dans les interprétations des œuvres de Poe est un habitué de cette rubrique, à savoir le grand Richard Corben.

Entre réinterprétations et adaptations fidèles, je vous invite ce mois-ci à faire un petit voyage au pays d’Edgar Allan Poe, vu par les yeux de Richard Corben.
Mais avant toute chose, petite présentation des deux auteurs concernés ce mois-ci.

« For hours I scoured the surrounding grounds,
In vain that we might meet.
When storm clouds broke, ashened, fatigued,
I sought refuge in a cemetery.
Sleep, Usher dreams !
Taint to nightmares from a sunless nether.
« 

Cradle of Filth – A Gothic Romance (Red Roses For The Devil’s Wore), extrait de l’album Dusk and her Embrace, 1997/2016

Faire une présentation rapide d’Edgar Allan Poe n’est pas chose aisée, tant la vie et l’œuvre de l’auteur sont vastes, je vais donc essayer de rester concis, sans tomber dans les écueils de la présentation complète et pompeuse.

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Portrait de Edgar Allan Poe

Edgar Poe naît le 19 janvier 1809 à Boston aux États-Unis, il est le second des trois enfants de David Poe Junior et Elizabeth Hopkins. Son grand frère et sa sœur, seront frappés de maladie : Son frère mourra de tuberculose à 21 ans et sa jeune sœur contractera une maladie inconnue (probablement une méningite), qui la laissera handicapée mentale à vie. En ce qui concerne ses parents, leur sort n’est pas plus enviable : Son père (tuberculeux et alcoolique), décède en décembre 1810 après avoir tenté de fuir sa famille. Elizabeth Hopkins quand à elle décédera aussi de maladie à 24 ans, d’une maladie indéfinie (on parle d’une probable pneumonie), laissant ses enfants orphelins.
Seulement âgé d’à peine plus d’un an, Edgar est alors recueilli par John et Frances Allan, originaires de Richmond en Virginie, John Allan est un riche négociant en tabac et marchandises issues des colonies, il est baptisé Edgar Allan Poe, les Allan étant considérés comme son parrain et sa marraine.

James et Frances Allan, les parents adoptifs de Poe

Edgar profitera d’une éducation prestigieuse, il suivra des études en Angleterre (pays dans lequel a déménagé sa famille adoptive pour y faire affaire) et obtiendra des résultats brillants, notamment en latin et en français. L’école anglaise où il étudie, la Stoke Newington (une école religieuse) met aussi un point d’honneur à développer la condition physique de ses élèves, Edgar ne dérogera pas à la règle et fidèle à son excellence, deviendra un athlète accompli.

En 1820, la famille Allan reprend le chemin des États-Unis et retourne à Richmond. Edgar retourne à l’école et, fidèle à lui-même, continue à obtenir d’excellents résultats. C’est également à cette époque qu’il commence à manifester un goût prononcer pour la solitude et la rêverie.

Entre 1821 et 1825, il continue ses études et reçoit une éducation là encore prestigieuse, perfectionnant ses talents en littérature et en sport, notamment la natation. C’est également à cette époque qu’il commence à écrire ses premiers vers satiriques, malheureusement quasiment tous perdus aujourd’hui.
Suite à des déboires financiers avec son père adoptif, Edgar ne peut plus suivre ses études à l’université et quitte sa famille pour se rendre à Boston et s’engage pour 5 ans dans l’armée comme artilleur.

Suite à la mort de sa mère adoptive en 1829, il se réconcilie avec son père adoptif qui accepte de l’aider à démissionner de l’armée mais une nouvelle affaire de dettes les brouillent à nouveau. Admis à la prestigieuse académie de Westpoint et malgré de bons résultats, il se fait (volontairement) renvoyer de l’académie en 1831.
De retour à Baltimore, il commence sa carrière d’écrivain et de journaliste, des débuts difficile puisque la plupart des ses contes et nouvelles sont systématiquement refusés et il doit se résoudre à officier à des postes peu glorieux comme pigiste nègre. Habitant chez sa tante Maria Clemm, une femme qui jouera un grand rôle dans sa vie, il consacre ses rares loisirs et revenus à l’éducation de sa jeune cousine Virginia, qu’il épousera quelques années plus tard, en 1835, alors qu’elle est âgée de seulement 13 ans.

Maria et Virginia Clemm, deux des femmes les plus importantes dans la Vie de Poe

Dans cet intervalle, après avoir remporté le premier prix d’un concours de nouvelle organisé par le journal le Baltimore Saturday Visiter (avec l’histoire Manuscrit trouvé dans une bouteille), il se lie d’amitié avec John P. Kennedy, un célèbre romancier et membre du jury qui le recommandera et lui obtiendra un poste de critique littéraire au Southern Literary Messenger.

En 1835, il publie ses premières critiques mais doit se conformer à la ligne éditoriale du journal, clairement sudiste, et les frondes régulières de celui-ci contre les auteurs nordistes. Il s’y découvre un talent de polémiste et ses multiples pamphlets contre les auteurs nordistes à la mode de l’époque augmente le nombre d’abonnés au journal.
Mais l’impression (fondée) d’être sous-payé et les vexations publics dont le rédacteur en chef du Southern Literary Messenger, T. W. White l’accable en permanence afin de garder sur lui un ascendant, lui font quitter le journal.

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Illustration d’époque pour le texte « Manuscrit Trouvé dans une Bouteille »

Après un rapide passage à New York, il emménage à Philadelphie et reprend ses activités de journaliste. C’est à cette époque qu’il connait ses premiers succès, notamment dans le Burton’s Gentleman’s Magazine, magazine dans lequel il publie une de ses histoires mythiques, La Chute de la Maison Usher.

Le Burton’s Gentleman’s Magazine est racheté en 1841 par un ami de Edgar, George Graham et est renommé pour l’occasion Graham’s Gentleman’s Magazine. Poe est engagé comme rédacteur associé et joui enfin d’une liberté totale.
Il y continue ses critiques envers les auteurs, éditeurs et journalistes de l’époque, donnant un succès énorme au magazine dont les tirages atteignent parfois les 25 000 exemplaires.

Après une rencontre avec Charles Dickens durant une tournée, il quitte le Graham’s Gentleman’s Magazine avec pour projet de fonder sa propre revue littéraire, The Stylus et retourne s’installer à New York, à Manhattan.

1845 sera une année charnière dans la vie de Poe, aussi bien dans le positif que le négatif : Il publie son poème Le Corbeau, sa nouvelle la plus connue, qui lui apporte une renommée inattendue. Le succès de cette nouvelle lui permet de faire publier deux recueils de ces poèmes la même année.

Il s’implique alors activement dans le Broadway Journal, un hebdomadaire d’information artistique et culturelle jusqu’à en devenir propriétaire. Malheureusement, suite à des dettes, Edgar dépose le bilan du journal l’année suivante.

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Couverture française de l’une des premières traduction du poème Le Corbeau

Sa femme Virginia tombe gravement malade et tout deux s’installent dans le quartier du Bronx, à proximité de l’université jésuite de Fordham, dans laquelle il aime flâner et discute souvent avec les étudiants et professeurs.
En 1847, Virginia décède à l’âge de 24 ans, Edgar, lui aussi gravement malade est soignée par sa tante Maria Clemm. Il compte à l’époque beaucoup d’amitiés féminines, notamment Sarah Whitman (qui vit à Providence), poétesse à qui il corrige les poèmes et pour laquelle il s’éprend rapidement jusqu’à la demander en mariage.
Malheureusement, il s’est remis à boire durant la maladie de Virginia et est souvent sujet à des crises d’éthylisme, il souffre même pendant une période d’une attaque de paralysie faciale, elle aussi due à l’alcool.
Sarah Whitman accepte malgré tout de l’épouser, à la seule condition qu’il arrête de boire. Le 23 décembre 1847, à Providence, il donne une conférence devant deux milles personnes sur son essai Du Principe Poétique, qui ne sera malheureusement publié qu’après sa mort. Il doit célébrer ses noces avec Sarah Whitman le 25 mai.
Mais le 24, une lettre anonyme révèle à cette dernière que son fiancé est infidèle et passe ses nuits à boire dans une taverne de la ville. Elle rompt immédiatement.

Poe reprend alors son projet de revue littéraire et retourne dans le sud, notamment à Richmond et Norfolk afin de trouver les fonds nécessaires à la création de sa revue, il donnera également dans ces deux villes deux nouvelles conférences, toujours sur Du Principe Poétique, ces deux conférences seront de véritables succès.
De retour à Baltimore, on perd sa trace jusqu’à ce qu’un certain Joseph W. Walker envoie une lettre au Docteur James Snodgrass, un ami de la famille de Poe, lui révélant que ce dernier se trouve dans une taverne, en piteux état. Snodgrass et Henry Herring, l’oncle d’Edgar, viennent le chercher : Supposément ivre, grossièrement habillé de vêtements dépareillés et en lambeaux, il est conduit au Washington College Hospital. Alternant entre phases de conscience et d’inconscience, quand il est en mesure de répondre aux questions, il ne répond que des phrases complètement délirantes et incohérentes. Il décède officiellement d’un accident vasculaire cérébral (appelé à l’époque congestion cérébrale) dans la nuit du 6 au 7 octobre 1849.
Les causes de sa mort restent néanmoins très mystérieuses et au cours des années, beaucoup de théories ont été échafaudées, on parle de maladies diverses et variées (tuberculose, rage ou même diabète) mais la plus admise reste qu’il aurait été victime de la violence et de la corruption régnant dans la ville à l’époque : A son arrivée, Baltimore est en pleine période électorale pour la désignation du poste de shérif et une technique très répandue dans les deux camps consistait à faire boire aux plus naïfs un cocktail d’alcool et de narcotiques afin d’ensuite traîner les malheureux dans un bureau de vote, souvent une taverne, d’ailleurs l’endroit où fut retrouvé Poe.
La victime pouvait aussi être battue etsces vêtements changés afin de ne pas éveiller les soupçons, ce qui expliquerait la tenue extravagante dans laquelle fut retrouvée Edgar, étant habituellement reconnu comme quelqu’un d’élégant. Physiquement faible, à la santé fragile et très porté sur l’alcool, Poe n’aurait assurément pas survécu à un tel traitement…

Il fut inhumé à Baltimore, d’abord dans un quasi-anonymat, sa tombe fut souvent abandonnée, déplacée et même volée, voir porté parfois d’erreurs (la date de sa naissance notamment, passant aléatoirement entre le 19 et le 20 janvier) ou n’était pas placée au bon endroit. Depuis 1913, il repose avec sa femme Virginia et sa tante Maria Clemm dans le cimetière presbytérien de Baltimore. Sur sa tombe se trouve une citation de son poème Le Corbeau, Quoth the Raven : « Nevermore ! » (Le Corbeau dit : « Jamais Plus ! »).
Depuis 1949, un mystérieux admirateur dépose chaque année, lors de l’anniversaire de Poe, trois roses et une bouteille de Cognac sur sa tombe, l’identité de cet admirateur est encore aujourd’hui inconnu, cependant le premier « Poe Toaster » semble être décédé depuis 1998, puisque l’année suivante, c’est une autre personne qui s’est présentée sur la tombe de l’écrivain.

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La tombe de Poe, telle qu’elle est aujourd’hui

La vie d’Edgar Allan Poe fut particulièrement mouvementée et la (longue) présentation que j’en ai faite ci-dessus n’en est qu’un bref résumé.
Il est aujourd’hui mondialement reconnu comme un des écrivains fondateurs du style horrifique moderne et l’un des précurseurs du roman policier, voir plus généralement comme un des plus grands écrivains américain du XIXéme siécle. Il a influencé bon nombre d’écrivains et de cinéastes moderne, deux de ces plus grands défenseurs et ambassadeurs furent les écrivains français Stéphane Mallarmé et Charles Baudelaire (qui traduisirent et firent connaître bon nombre de ses nouvelles et poèmes en France), même Jules Verne reconnaîtra l’influence de l’auteur sur son œuvre, lui reprochant néanmoins ses invraisemblances scientifiques, et publiera même une suite au roman de Poe Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, Le Sphinx des Glaces.
Il fut aussi une influence majeure pour de nombreux auteurs américains et internationaux, notamment Lovecraft cité plus haut, William Faulkner (Absalon, Absalon !), Herman Melville (Moby Dick), Nabokov (de nombreuses références à Poe sont faites dans son roman Lolita), évidemment Arthur Conan Doyle mais aussi Stephen King.
Ray Bradbury ne s’est jamais caché de son admiration pour Edgar Allan Poe et lui a souvent rendu hommage dans son œuvre.
Des cinéastes comme Alfred Hitchcok, Tim Burton et Guillermo De Toro (qui a d’ailleurs une réplique grandeur nature de l’écrivain chez lui, aux cotés d’une autre, représentant HP Lovecraft) pour ne citer que les plus récents ont aussi très souvent montré et affirmé leur admiration pour le travail de l’écrivain.

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Le réalisateur Guillermo Del Toro, posant chez lui devant sa réplique de Edgar Allan Poe

Parmi ces plus grands admirateurs, on peut aussi compter l’acteur John Astin, célèbre pour son rôle de Gomez Addams dans la série télévisée La Famille Addams, qui a organisé, avec le concours du Poe House and Museum de Baltimore, pour le bicentenaire de sa mort, des funérailles solennelles. Astin a même interprété le rôle de Poe dans une pièce racontant la vie de l’écrivain.
Les acteurs Bela Lugosi, Christopher Lee et Vincent Price sont aussi des grands admirateurs de Poe, ayant interprété de nombreux personnages dans de nombreuses adaptations filmées de ses œuvres.

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Affiche américaine du film La Chute de la Maison Usher, avec Vincent Price dans le rôle de Roderick Usher

L’influence des écrits de Poe est encore aujourd’hui notable, j’ai parlé plus haut de la littérature et du cinéma, mais les comics ne furent pas non plus en reste et de nombreuses adaptations en bandes dessinées des poèmes et nouvelles de l’auteur apparurent dés les années 50 dans les magazines EC Comics, puis logiquement dans les publications Warren dans les années 70.

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Couverture d’un magazine Creepy, présentant l’adaptation d’un des textes de Poe, Le Chat Noir

Je ne vais pas faire une liste de toutes les adaptations de Poe en comics car ce serait très long, laborieux et peu utile, lesdites adaptations étant assez dispersées, difficilement lisibles (en terme de disponibilité, j’entends) et de qualité tout aussi diverses, autant s’intéresser plus précisément à un des auteurs qui l’a fait de nombreuses fois, généralement de façon respectueuse et ou original, à savoir Richard Corben.

Ceux qui lisent régulièrement cette chronique mensuelle (les deux du fond là-bas), ne sont pas sans savoir que Richard Corben fait partie de mes artistes favoris et donc, logiquement, revient souvent dans ces colonnes. J’ai déjà souvent parlé de l’homme et sa carrière, mais c’était il y a un petit moment et je pense que vu le sujet de la chronique de ce mois-ci, il est utile de revenir sur la carrière et l’œuvre de cet artiste hors norme, au style controversé, mais immédiatement reconnaissable, ayant autant de détracteurs que d’admirateurs.

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Le maître Richard Corben

Richard Corben est donc un artiste américain naît le 1er novembre 1940 à Anderson dans le Missouri. En 1965, il sort diplômé du prestigieux Kansas City Art Institute et commence peu après à travailler dans le monde de l’animation mais se tourne très rapidement vers le monde du comic underground.
Dés 1970, il illustre de nombreuses histoires d’horreur et de science fiction chez l’éditeur Warren Publishings dans les magazines Creepy, Eerie et Vampirella (2), 1984 et Comix International, il est d’ailleurs souvent assisté du scénariste Rich Margopoulos, dont je vais reparlé plus bas.
Corben fera partie de la nouvelle génération d »artistes et scénaristes du comic underground, aux cotés de Berni Wrightson, Frank Frazetta ou Bruce Jones pour ne citer que quelques uns des noms les emblématiques.

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Numéro 86 de Eerie, entièrement consacré à Richard Corben

En France, certaines de ces bandes dessinées sont publiées dés 1972 dans la magazine Actuel, un magazine traitant des nouvelles cultures alternatives.
Mais la renommée internationale de Corben débute vraiment quand en 1975 il envoie au magazine français Métal Hurlant certains de ses travaux, notamment La saga de Den qui est à ce jour son œuvre la plus connue.

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Numéro de Heavy Metal mettant en vedette la Saga de Den

Den raconte l’histoire d’un geek maigrichon qui du jour au lendemain se retrouve propulsé dans un monde de fantasy, dans le corps d’un homme musculeux se baladant la plupart du temps entièrement nu, vivant des aventures souvent totalement fantaisistes, empruntes d’érotisme soft et de fantastique.
Très inspiré par les romans et nouvelles de Robert Howard (Conan Le Barbare) et Edgar Rice Burroughs (John Carter), mais aussi par Lovecraft, Den est un grand succès et propulsera Corben comme un des auteurs emblématiques du magazine.
Lors de la création de la version américaine de Métal Hurlant, Heavy Metal, Corben continue de dessiner des histoires, le plus souvent scénarisées par Bruce Jones, Harlan Ellison ou Jan Strnad.

De 1986 à 1994, il dessine pour son propre label, Fantagor Press. Chez Fantagor, il publiera des rééditions de ses anciens travaux, notamment Den, mais aussi des titres inédits comme RIP In Time ou Mutant World et Son of Mutant World (publiés en France sous les titres Monde Mutant et Fils du Monde Mutant chez Comics USA en 1991, personnellement, ce dernier fut ma première lecture de Corben). Malheureusement Fantagor Press disparait en 1994, durant la crise de l’industrie des comics.

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Couverture du recueil de Son of The Mutant World

En parallèle de son travail de dessinateur de comics, Corben réalisera des projets annexes, notamment une jaquette pour l’album de Meat Loaf, Bat Out of Hell (1977), une autre pour l’album de John Steinman, Bad For Good (1981), l’affiche du film Phantom of The Paradise de Brian de Palma (1974) ainsi que la jaquette de la VHS du film d’horreur à petit budget, Spookies.


A partir de l’année 2000, Corben commence à travailler plus régulièrement pour les majors des comics : Son premier travail sera une collaboration avec le scénariste Brian Azzarello sur un arc de Hellblazer (Numéro 146 à 150) chez DC Vertigo. Toujours avec Brian Azzarello, il illustrera chez Marvel la mini série hors continuité consacrée à Hulk, titrée Banner. L’année suivante, le même duo livrera une histoire consacré à Luke Cage, là encore sobrement intitulé Cage.
Enfin, toujours pour Marvel, sur un scénario de Garth Ennis, il dessinera Punisher : La Fin, une histoire racontant les derniers jours du justicier après une guerre nucléaire.
Il réalise en 2001 un one shot basé sur l’univers des films Aliens, Alchemy (publié en France par l’éditeur Wetta en 2016).

En 2005, il travaille de nouveau pour DC sur le personnage de Swamp Thing puis illustre Big Foot chez IDW, l’histoire d’un jeune homme cherchant à se venger d’un monstrueux Big Foot, responsable du meurtre de ses parents, l’histoire a été écrite par Steve Niles (un autre habitué de ces chroniques) et le chanteur-réalisateur Rob Zombie (Big Foot fut publié en France par l’éditeur Toth)
(Note : J’ai d’ailleurs consacré un Jeudi à Big Foot, lisible ici : Ici).

En 2006, il sort chez Marvel une mini série intitulée The Haunt of Horror, dans laquelle il adapte différentes histoires et poèmes d’Edgar Allan Poe, je reviendrai évidemment plus en détail sur cette mini-série le mois prochain.
La même année il participe en illustrant un des récits à l’anthologie American Splendor de Harvey Pekar. Toujours en 2006, il revient chez Marvel et illustre de nouveau un récit hors continuité dédié cette fois-ci à Ghost Rider.

Les années suivantes, Corben sera très présent et réalisera de nombreuses couvertures pour DC Comics, Marvel ou Dark Horse, et en réalisant l’adaptation de neuf nouvelles d’un autre maître de la littérature horrifique, H. P. Lovecraft. Il collaborera également avec Mike Mignola sur la série consacrée au personnage créé par ce dernier, Hellboy.
On peut ensuite le voir réaliser quelques pages de flashback dans la nouvelle série Conan The Cimmerian chez Dark Horse.

En 2009, il relance sous le label Max de Marvel le personnage de Starr the Slayer (apparu dans les années 70 ) avec Daniel Way au scénario (3).
S’ensuit de nouvelles collaborations avec Mike Mignola sur le personnage de Hellboy pour plusieurs one shots, notamment The Bride of Hell, Hellboy in Mexico et Double feature of Evil, deux histoires courtes.

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Starr The Slayer chez Marvel

Plus généralement, de 2005 à 2011, Corben fera de nombreux one shots et histoires courtes, principalement d’horreur pour Dark Horse et IDW.
En 2012, entre plusieurs travaux pour différents éditeurs, il signe une histoire d’horreur inédite, largement inspirée par la littérature d’horreur classique, Ragemoor (publiée en France par Delerium).
Dans le même temps, toujours pour Dark Horse, il continue d’adapter les écrits de Poe dans une anthologie sobrement intitulée Richard Corben Adapt. Edgar Allan Poe, ces adaptations (et d’autres) seront publiées en France par Delirium dans le livre Esprits des Morts, sur lequel je reviendrai bien sûr le mois prochain.

Dans les années suivantes, tout en continuant ces travaux d’histoires courtes horrifique, il signera deux longs récits d’horreur : Rat God en 2015 et Shadows on the Grave en 2017 (titré Grave en France), toutes deux publiées en France par Delirium.

En 2017, il revient à ses premières amours et publie Murky World, une série de one shots dans le magazine Heavy Metal.

De 1971 à nos jours, Richard Corben aura droit à de nombreuses et distinctions pour son travail.
C’est en 1971 qu’il gagne le Shazam Award du meilleur nouveau talent (Il était en compétition avec un certain Michael Kaluta). Il enchaînera ensuite plusieurs prix de part le monde, il gagnera le Haxtur Award espagnol deux fois (L’équivalent du grand prix d’Angoulême en France) en 2003 pour sa mini série Cage chez Marvel et en 2009 pour Haunt of Horror – HP Lovecraft, toujours inédit en France (4).
De 2009 à 2014, il sera un des artistes régulièrement récompensé aux Ghostly Awards, remportant de nombreux prix, notamment 3 fois celui du meilleur one shot pour trois de ces adaptations de textes de Edgar Allan Poe.
La consécration arrivera enfin en 2018 quand il gagne le grand prix du festival international d’Angoulême, ironiquement il ne pourra être présent et se sera son éditeur français, Laurent Lerner des éditions Delirium, qui reçu le prix pour lui.

Le style de Corben est hors du commun : ses personnages tout en rondeurs, exagérément expressifs jusque parfois la caricature, l’atmosphère et les ambiances sombres et morbides de ses histoires ne laissent pas indifférents. Corben divise, certains trouvant son style trop décalé, d’autres (comme moi) louant sa capacité à faire ressentir au travers de ses histoires, sa mise en page et l’aspect caricaturaux de ses personnages des sentiments bruts et souvent malaisants.
Il fut également souvent reproché à Corben de sombrer dans l’érotisme facile, voir la pornographie dans certaines de ses œuvres, surtout les premières, ce qu’il nia à chaque fois.

Artiste hors normes, aimé ou détesté, pilier du comic underground, Corben est un maître, une des figures emblématiques et représentatives du média comic, qu’on se le disen !

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Rendez-vous le mois prochain pour la suite et fin de ce dossier consacré aux adaptations d’Edgar Allan Poe par le maître du comic undergound qu’est Richard Corben !
Avec en plus, un petit bonus pas piqué des corbeaux, restez connectés !

1 : Films, comics et même jeu vidéo, Lovecraft a souvent été adapté dans divers médias, j’y reviendrai probablement un jour, tant l’œuvre du maître est une source inépuisable de matière pour scénaristes de tout bord.

2 : La plupart de ces histoires ont été publiées en France par l’éditeur Delirium dans les deux tomes d’une anthologie nommée Eerie & Creepy présentent Richard Corben, deux très beaux livres que je vous recommande très chaudement, le travail de l’éditeur étant d’une qualité exceptionnelle. Delirium a d’ailleurs publié de nombreux livres consacrés aux travaux de Richard Corben.

3 : Panini doit publier en France cette mini-série en janvier 2019.

4. Mini-série que Panini a également en projet de publier en France prochainement.

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