Bouffée d’oxygène

Par où commencer ?
Simon est un jeune homme que je connais depuis un petit moment déjà. C’est pour cela que je me permets de dire qu’il fait un peu partie de ma famille.
La merveilleuse autrice Becky Albertalli, véritable maman de cet adolescent singulier et pourtant si représentatif de sa génération (et je dis ça d’après mon expérience actuelle en tant que mère d’ado, sans évidemment généraliser une telle période dans la vie d’une personne, encore moins en cette génialissime année 2018…), a en effet fait en sorte que Simon soit ce personnage à la fois capable de me faire réagir en tant qu’ex lycéenne face à son propre (non) coming-out, tout en mettant un peu à plat les inévitables conflits entre générations dans une relation parent/ado que je suis actuellement en train de vivre.

J’ai donc eu la chance de lire dès sa sortie (parce que… je suis dotée d’une bonne étoile qui veille depuis des années sur mon intégrité intellectuelle) Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens publié en 2015 chez Hachette. A cette époque en dévorant cet ouvrage je n’arrêtais pas de me dire, ce livre n’est pas celui qui va révolutionner ma vie (pour moi c’était Even Cowgirls Get The Blues de Tom Robbins mais ça c’est une autre histoire), mais il va en secouer des milliers. Pages après pages je voyais parfaitement le potentiel en ondes positives que pouvait générer un titre pareil.

A l’image de sa couverture à la fois sobre, chaleureuse et inclusive, faisant complètement écho au style narratif de Becky Albertalli, ce roman se devait de devenir une indéniable source en terme d’adaptation, et quelle ne fut pas ma satisfaction d’apprendre il y a quelques années que Greg Berlanti allait s’y atteler, lui le producteur exécutif du Arrowverse, ouvertement gay et produisant autant de séries à destination d’un public adolescent avec le succès qu’il mérite.
J’ai déjà expliqué toutes les bonnes appréciations que j’avais envers ce Monsieur, ses séries en tant que producteur ont beau être inégales, quand il intervient personnellement, on ne peut nier que l’on ait droit à un tout autre niveau.

Voici donc l’histoire de Simon, cet adolescent vivant au sein d’une famille aimante et sans problème (tout comme entouré d’amis autant fidèles que généreux) qui à quelques semaines de passer son bac va voir sa vie basculer totalement lorsqu’un mystérieux inconnu sous le pseudonyme de Blue va oser faire son coming-out sur le réseau social du lycée.
Cette annonce a l’effet d’une bombe pour l’adolescent, qui va prendre son courage à deux mains et commencer une correspondance avec celui qui a sauté le pas, même si cela reste de manière anonyme. Partageant jour après jour leurs expériences et sensations communes, Simon va tenter de découvrir l’identité de Blue mais ce début d’idylle est mis à mal par la découverte d’un mail par une tierce personne qui va profiter de la situation pour le faire chanter.

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Le combo Scénario parfait vu le sujet développé (spoiler qui va ravir tout le monde : personne ne meurt ou se fait violer à la fin du film)  / Réalisation utilisant des genres que l’on retrouve dans de nombreuses séries TV (l’insert de la comédie musicale, de l’inversion des rôles etc…) nous donne une oeuvre sincère et positive de part l’implication de tous les auteurs cités plus haut.
Et il est inutile de dire que les acteurs de ce film sont artistiquement impeccables, des parents de Simon incarnés par Jennifer Garner (oui j’ai littéralement pleuré devant cette fameuse scène mise en lien plus haut) et Josh Duhamel, aux attachants ados joués par Nick Robinson, Katherine Langford en tête, ainsi que mon petit Chouchou Keiynan Lonsdale bien connu des fans de la série Flash diffusée sur la chaîne CW puisqu’il y joue le rôle de l’impétueux Wally West (il est important de dire ici que c’est grâce à l’existence de ce film et son rôle dans celui-ci, qu’il a réussi à faire son propre coming-out en tant que bisexuel. Et sa métamorphose physique qui en découle dans la dernière saison consacrée au Bolide Écarlate est un véritable bonheur, autant pour le spectateur qui a suivi son parcours, que pour lui même cela va sans dire).

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Il est clair que le film n’est pas non plus exempt de défauts : le statut social clairement « privilégié » de Simon peut s’avérer être un handicap pour que certains gays (ou lesbiennes, bi, trans…) arrivent à se reconnaître en lui, du moins dans notre culture européenne. Par exemple je ne connais pas beaucoup d’ados se voir offrir une aussi belle voiture pour leur anniversaire par leurs parents pendant leur année de terminale.
C’est un détail à remettre de toute évidence dans un certain contexte. Mais il faut y ajouter un côté un peu trop candide, propret, que les fans de High School Musical (et autres productions Disney ciblées) auront aucun mal à se retrouver, et qui pourront en agacer plus d’un, communiquant dès lors sur l’aspect hollywoodien et lissé du film (produit par la 20th Fox). Le baisser final semble effectivement un peu trop chaste et contenu, au regard de la galère vécue par Simon tout au long du long métrage pour trouver son Blue.

Mais en contrepartie, celui-ci fait la démarche de montrer qu’il n’y pas une seule manière d’être gay en opposant les personnages de Simon et son look hétéronormé, avec celui d’Ethan, seule figure ultra Queer et assumée du lycée avec tout ce que cela implique. Mieux encore, il explique que le fait de vouloir se fondre dans la masse n’est pas des plus épanouissant, tandis que l’éternelle victime (Ethan), de part son expérience sa maturité et ses réparties cinglantes, réagira constamment de manière positive sans jamais baisser les bras.

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Ceci étant dit, je suis allée voir ce film avec mon ado, qui (ne lui dites pas) n’aura sans doute pas la chance d’avoir une Fiat Panda pour ses 18 ans. Et vous savez quoi ? Il l’a adoré. La raison est ultra simple : Quelque soit la manière dont elle est exploitée, l’histoire de Simon est universelle : il est juste question de trouver sa place dans ce monde. D’être accepté comme on est, et que son existence ait un minimum de sens.

Et pour un spectateur qui aura plus ou moins l’âge de notre jeune héros, sans parler d’orientation sexuelle, je suis intimement convaincue que Love, Simon s’avérera être d’utilité publique.
J’espère sincèrement qu’il sera diffusé dans les collèges et lycées de notre pays (notamment via les dispositifs Collège au Cinéma et Lycée au Cinéma subventionnés par le CNC. Si vous êtes profs et que vous lisez ces quelques lignes, je vous en conjure, mettez ce film dans votre liste de vœux du prochain programme, il fera des merveilles).

Il est donc logique de vous inciter à lire les éditions françaises des œuvres de Becky AlbertalliMoi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens, Mes hauts, mes bas et mes coups de cour en série, ainsi que Leah à Contretemps publiées chez Hachette pour la plus simple des raisons : Mathilde Tamae-Bouhon l’autrice derrière ces implacables traductions donne de son précieux temps dans nos pages ici même, une autre preuve que nous accueillons ici la crème de la crème.

En conclusion je peux vous dire que ce film a réussi à atteindre la Speed Force.
Il est d’une indéniable sincérité, apportant un message qui sera parfaitement intégré auprès d’un public sensible à la culture Anglo-saxonne, et je l’espère autant de programmes destinés à transmettre un message des plus ludiques envers les collégiens et autres lycéens.
Son aspect policé et candide ne doit aucunement remettre en cause le message qu’il véhicule, je sais de source sure que le public concerné a réagit de la plus belle des manières.
En outre, il fait appel à nos souvenirs en tant qu’anciens ados et actuels parents tout en créant une passerelle entre les deux Terres qui nous séparent.

J’ose espérer maintenant que cette saga puisse se poursuivre sur grand écran, car comme dans les comics l’univers de Becky Albertalli est étendu, la suite des aventures de Simon et tous ses amis sont en effet disponibles dans le livre Leah à Contretemps (Leah est la meilleure amie introvertie de Simon) paru depuis peu chez Hachette, ainsi que Mes hauts, mes bas et mes coups de cour en série toujours chez le même éditeur.

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