Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics ) #42

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La Femme Défigurée et les légendes urbaines japonaises

Ce mois-ci nous retournons au Japon dans les Jeudis de l’Angoisse (des comics mangas) pour parler d’un phénomène bien connu, celui des légendes urbaines. Pourquoi spécifiquement au Japon ? Car le Japon est un pays où les histoires de fantômes, de démons et plus généralement de surnaturel sont bien ancrées dans la culture populaire.

En effet, au Japon, contrairement à la plupart des sociétés occidentales, les légendes urbaines ont une durée de vie bien plus longue et survivent, voir perdurent et surtout s’adaptent à leurs époques là où dans nos sociétés occidentales modernes, on a plus tendance à en créer de nouvelles en lien avec notre époque et moyens modernes plutôt que de les adapter.
Direction donc pour le pays du Soleil Levant à la découverte de certaines de ces histoires effrayantes et plus particulièrement de l’une d’entre elles, adaptée en manga, car oui, ce mois-ci, on ne va pas parler de comics mais de mangas !
Bah ouais, il n’y a pas que les comics dans la vie, et faites moi confiance, dans les mangas, niveau horreur, les japonais n’ont rien à envier aux américains et européens, bien au contraire !

It’s a Fine Day
People open windows
They leave their houses
Just for a short while
They walk by the grass
And they look at the grass
They look at the sky
It’s going to be a fine night, tonight
It’s going to be a fine day, tomorrow

Jane & Barton – It’s A Fine Day (1983) (1)

Comme je l’ai dit dans ma petite introduction, le Japon regorge de légendes urbaines liées aux fantômes, démons et autres phénomènes surnaturels, ces légendes sont d’ailleurs régulièrement reprises dans d’autres médias, le cinéma bien évidemment, mais aussi les jeux vidéos et bien entendu les mangas.
Ce qui fait la différence du Japon par rapport aux pays occidentaux (qui eux aussi ont leurs propres légendes urbaines, on a tous entendu dans notre entourage une histoire de dame blanche ou une chose du même type), c’est que ces légendes sont bien ancrées dans l’imaginaire collectif japonais, certaines datent parfois de plusieurs décennies, voir plusieurs siècles et se sont adaptées à notre époque contemporaine, à la société et même aux moyens technologiques.
J’en ai sélectionné plusieurs, certaines sont très connues, d’autres moins et je vais vous les présenter ci-dessous avant de m’intéresser plus particulièrement à l’une d’entre elle, brillamment adaptée en manga il y a quelques années. C’est parti pour un petit tour d’horizon des légendes urbaines japonaises, frissons garantis !

Les Jinmenken, les chiens à tête humaine

jinmenken

Ces étranges animaux apparaîtraient à la nuit tombée aux abords des routes et dans les ruelles, généralement en train de fouiller les poubelles pour y trouver de la nourriture. Il s’agit de chiens ayant un visage d’homme, on dit que certains sont doués de la parole mais la plupart du temps, ils s’enfuient en courant très rapidement. Les gens les ayant croisé disent d’eux qu’ils sont soit très grossiers, insultant les gens qui les approchent afin de les faire fuir, soit très calmes et demandent juste à ce qu’on les laisses tranquilles.
Contrairement à beaucoup de légendes urbaines japonaises, ces créatures n’ont aucune vocation meurtrière, étant la plupart du temps inoffensives. On raconte que ce sont des résultats d’e
xpériences s’étant échappées ou les fantômes de victimes d’accidents de la route.
Néanmoins, les témoignages de personnes les ayant croisé peuvent être plutôt apparentées à des rencontres nocturnes avec des macaques japonais, d’où la posture à quatre pattes, la fourrure brune, le visage presque humain et les sons que produisent ces singes, semblables à des cris humains.

La fille de l’interstice

fille des interstices

Cet esprit de type Onryo (esprit vengeur) se cacherait dans les endroits étroits et sombres comme les fentes des portes, les tiroirs entrouverts, les lézardes dans les murs où les espaces entre les meubles. Lorsque l’on se retrouve confronté à elle pour la première fois, elle demande juste à jouer à cache-cache, la seconde rencontre serait fatale puisque la pauvre victime est entraînée dans une autre dimension, condamnée à rester bloquer dans l’interstice et à observer ce qui se passe autour sans pouvoir en sortir…
Une autre version dit que cet esprit, si elle gagne à cache-cache, entraîne le malheureux perdant en enfer.

La publicité Kleenex maudite

Au début des années 80, la société Kleenex diffusa à la télévision une publicité que la plupart des téléspectateurs japonais trouvèrent particulièrement perturbante : Cette publicité montrait une jeune femme séchant les larmes d’un petit garçon déguisé en Oni, un démon japonais.

Seulement, cette publicité fut jugée malsaine par la plupart des téléspectateurs, beaucoup y entendant une comptine en allemand disant « Mourir, mourir, tout le monde est maudit et sera tué », ce qui n’était bien entendu pas le cas puisque la chanson de la publicité était en fait « It’s A Fine Day » de Jane and Barton et est en anglais… Néanmoins, les plaintes furent tellement importantes que Kleenex retira la publicité mais il était trop tard, la légende était lancée et les rumeurs les plus folles en découlèrent : On raconta ensuite que l’actrice, Keiko Matsuzaka était en fait enceinte d’un démon et devint folle, que l’enfant qui joua l’Oni mourut dans des conditions mystérieuses, tout comme l’ensemble de l’équipe de tournage.

Cette légende a la dent dure, des versions plus récentes racontant que regarder la publicité à minuit la fait changer et vous condamne à une malédiction.

La fameuse publicité maudite, à regarder à vos risques et périls…

Kunekune

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Il s’agit d’une histoire de fantôme particulièrement populaire dans les campagnes japonaises : Lors des chauds jours d’été, à l’heure du déjeuner, une silhouette blanche, semblable à une bande de papier fin ou un drap volant au gré du vent, même lorsqu’il n’y a pas de vent, apparaîtrait dans les champs et les rizières. Il en existe une variante, qui apparaîtrait quand à elle au bord de la mer, généralement à l’horizon.

Il est dit que quiconque s’en approcherait de trop prés ou tenterait de la toucher mourrait ou au mieux deviendrait complètement fou.
Il en existe une variante urbaine, mais noire et de forme vaguement humaine qui apparaîtrait dans les ruelles, même en plein jour, ou au milieu des rues désertes, juste avant que la nuit tombe. Pour cette variante urbaine, tenter de l’approcher ou d’entrer en contact avec une de ces apparitions conduit au même traitement que sa version rurale, à la folie ou à la mort.

Pour échapper à ces êtres, il suffit simplement de les ignorer et de ne pas les approcher.

Les premières mentions de ce fantôme de type « yōkai » (un fantôme inoffensif tant que l’on ne l’importune pas) apparaissent spontanément vers 2003 sur plusieurs sites internet différents, il s’agit pour la plupart de versions remaniées de légendes rurales parlant d’épouvantails prenant vie durant la nuit, lorsqu’on les observe trop souvent ou de façon trop insistante. Il est d’ailleurs logique que la plupart des témoignages de Kunekune soient des observations d’épouvantails faites par des citadins de passage.

Cette légende serait pour beaucoup la réponse japonaise à la légende urbaine du Slender Man occidental.

L’Enfer de Tomino

Il est dit que si l’on récite le poème ci-dessous à haute voix, une catastrophe s’abattra sur vous : Vous tomberez gravement malade, serez blessé ou pire, mourrez… Ce poème fut écrit par Saizo Yaso en 1919 puis repris par Yomota Inuhiko dans un recueil titré Le cœur est comme une roche qui coule. Ce poème a été traduit et adapté en anglais par David Bowles, puis traduit de l’anglais au français.

« Sa sœur vomis du sang, sa petite sœur vomis du feu.
Tomino vomis des joyaux.
Tomino plonge seul au fond du Puits des âmes
Envelopp
é de ténèbres, où nulle fleur n’éclot.
Ne serait-ce pas sa grande sœur
Que l’on bat à 
coups de fouet?
Comme tout ce vermillon est préoccupant
!
Les coups pleuvent mais le jonc jamais ne rompt.
La longe route sombre des Neuf Sources
L’entraîne en direction du Manoir des Ombres.
Le doux mouton d’or
! Le gai rossignol!
Je me demande ce qu’il a mis dans son cartable
En prévision de son périple souterrain.
Le printemps est arrivé 
dans les bois et les vallées,
Et même jusqu’aux sept vallées de l’obscur Labyrinthe.
Le rossignol dans la cage
! Le mouton dans le fourgon!
Que de larmes dans tes yeux, petit Tomino
!
Chante, beau rossignol
! Vers le bois sous la pluie,
Hurle comme te manque ta petite sœur.
L’écho de tes pleurs résonnera à 
travers l’enfer,
La Pivoine des Renards te dévoilera ses atours.
Et le voyage conduit inexorablement Tomino
Par-delà
sept Monts et sept Vallons Infernaux.
Pour lui souhaiter la bienvenue dans ce dernier Séjour,
Les aiguilles qui tapissent le Mont des Couteaux,
Et déchiquettent la chair en menus lambeaux,
Tracent la route du tout petit Tomino.
  »

Ce poème peut être interprété comme relatant les tourments en Enfer d’un jeune garçon appelé Tomino, qui dans sa vie a beaucoup fait souffrir les autres, ces deux sœurs en tête, le mouton et le rossignol en étant sans doute des images.

L’esprit de Satoru-kun

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La légende de Satoru Kun est une histoire intéressante puisqu’elle prend en compte les nouvelles technologies que sont les téléphones portables, et oui, même les esprits ont maintenant des téléphones portables !

On ne sait pas si il s’agit d’un esprit, d’un démon ou d’un fantôme et on ne sait pas non plus si il est mauvais, ni à quoi il ressemble mais la plupart des gens ayant eu affaire à lui disent qu’il s’agit d’un jeune garçon, très certainement dû à l’intonation juvénile de sa voix.

Satoru-kun est un esprit qui connait aussi bien le passé, le présent que l’avenir et serait capable de répondre à n’importe quelle question que lui poserait son interlocuteur. Pour l’appeler il faut respecter un petit rituel : Il faut un téléphone portable, des pièces de monnaie et d’une cabine téléphonique à pièces. La première étape consiste à appeler son propre numéro de téléphone portable à partir d’une cabine téléphonique en y insérant une pièce de monnaie et de dire la comptine suivante :

« Satoru-kun, Satoru-kun, s’il vous plaît, venez ici ! Satoru, Satoru, s’il vous plaît, montrez-vous ! Satoru, Satoru, s’il vous plaît répondez moi si vous êtes là-bas ! ».

Une fois la comptine dites, il faut raccrocher et éteindre son téléphone portable, puis le rallumer 24 heures plus tard et « normalement » Satoru devrait vous rappeler. Il va ensuite rappeler plusieurs fois, vous signifiant à chaque fois qu’il se rapproche, lors du dernier appel, il sera juste derrière vous et sera enfin prêt à entendre votre question.

Comme pour l’appeler, lui poser votre question demande un rituel précis : D’abord il ne faut pas se retourner pour tenter de l’apercevoir, ne pas essayer non plus de le toucher, ne rien lui demander d’autre que la question que vous avez à lui poser et lui poser cette question très rapidement.
Ne pas respecter ces règles entraînerait la mort avec un aller simple pour les enfers.

Le mystère de la chambre rouge

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Comme vu plus haut, les nouvelles technologies sont des aubaines au Japon pour y installer des légendes toutes plus effrayantes les unes que les autres et internet n’échappe pas à la règle : La légende de la Chambre (ou Pièce selon les versions) Rouge, fait référence à un Pop-up apparaissant sur internet lorsqu’un utilisateur passe trop de temps dessus. Cette fenêtre représente juste un texte sur fond rouge avec une voix enregistrée demandant « Aimez-vous la pièce rouge ? ». Si on ferme ce pop-up avant la fin de la question, il reviendrait sans cesse jusqu’à ce que la question soit posée en entier.
Une autre version de cette légende dit que lorsque l’on clique dessus, une série de questions vous est posée et qu’une fois que l’on a répondu à toutes, votre nom apparait avec celui d’autres personnes, et que régulièrement des noms disparaissent et apparaissent : Les noms qui disparaissent sont ceux des victimes de cette malédiction et ceux qui apparaissent les noms de ceux ayant répondu aux questions et donc futurs victimes, inutile de faire un dessin sur le funeste destin qui attend ceux dont le nom arrive en tête de liste…
Toute personne ayant vu ce pop-up aurait été retrouvé mort, les murs de leurs appartements entièrement recouverts de leur propre sang.
La légende est apparue au début des années 2000 avec une petite animation représentant un jeune garçon victime de ce pop-up. Elle gagna beaucoup de notoriété en 2004 lorsque ce pop-up fut découvert tournant en boucle sur l’ordinateur d’une jeune meurtrière de 11 ans ayant poignardé à mort une de ces camarades de classe à
Sasebo.

Le jeu vidéo Calling (disponible sur Wii) prend comme base de départ cette histoire (2).

Gozu, l’histoire de la Tête de Vache

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La légende de la Tête de Vache parle d’une histoire si effrayante que toute personne l’ayant entendu ou lu serait pris d’une terreur si intense qu’elle en tremblerait jusqu’à leur mort, qui surviendrait quelques jours plus tard.

La légende raconte que lors d’un voyage scolaire en bus, un professeur raconta cette histoire à ses élèves un peu turbulents pour les calmer. A peine avait-il commencé à raconter l’histoire que les élèves le supplièrent d’arrêter, tant l’histoire était horrible ! Mais le professeur n’arrêta pas, pris dans une sorte de transe inexplicable que rien ne sembla possible d’arrêter… Il fini par s’évanouir et à son réveil, constata que toutes les personnes dans le bus s’étaient également évanouis, de la mousse sortant de leur bouche, certains étaient même morts… Aucun des survivants ne furent capable de se souvenir de l’histoire entendu ce jour-là.
D’autres éléments ont été rajoutés à cette légende, on dit qu’il s’agirait en fait d’une histoire découverte dans un livre datant d’il y a 4 siècles et que tous les exemplaires du livre furent brûlés.

Il semblerait que l’histoire de Gozu soit une histoire non publiée de l’écrivain japonais Sakyo Komatsu, mais aucune preuve tangible n’existe liant cet auteur à cette légende.

Le passager fantôme

Cette histoire dit qu’un taxi roulant tard le soir est susceptible de prendre comme passager un client qui lui demande de l’amener dans un endroit inconnu du chauffeur. Néanmoins, le client dit au chauffeur de ne pas s’inquiéter et qu’il va le guider. Après avoir roulé durant plusieurs heures et avoir suivi des itinéraires tous plus fantasques et compliqués les uns que les autres, faisant aller le pauvre chauffeur dans des ruelles ou même à la campagne, de le faire revenir en ville, souvent non loin de son point de départ, le chauffeur se retournerait pour demander au passager si il est sûr de savoir où il veut aller. Le chauffeur constate alors avec effroi que la banquette arrière est vide et que le passager a disparu ! Effrayé, le chauffeur constate généralement que son véhicule est en train de quitter la route, il a souvent, pour les plus réactifs, le temps de réagir et de remettre son véhicule sur la route et pour les moins chanceux, d’avoir un accident.

Cette histoire très populaire parmi les chauffeurs de taxis japonais revient régulièrement et connue un regain qui inquiéta même les autorités japonaises après le tsunami de 2011 ayant eu lieu au nord-est du Japon, à Ishinomaki (Le 11 mars 2011, plus de 10 000 personnes furent portées disparues suite à un tsunami). En effet, plusieurs années après cette catastrophe, des témoignages de chauffeurs de taxi sur des passagers fantômes se multiplièrent dans cette région, allant jusqu’à faire les gros titres des médias locaux et internationaux.

Il s’agit globalement d’une version japonaise et plus élaborée de la dame blanche occidentale.

Le tunnel Kiyotaki

tunnel

On reste dans la thématique routière avec ce tunnel maudit. Construit aux alentours de Kyoto en 1927, ce tunnel long de 444 mètres serait maudit, et ce pour plusieurs raisons : Déjà sa longueur, 4 étant un chiffre maudit au Japon, un peu l’équivalent du 13 chez les occidentaux. Ensuite, beaucoup d’ouvriers ont péri durant sa construction (qui fut apparemment très difficile) et leurs fantômes hanteraient depuis le tunnel, apparaissant dans les voitures des gens qui le traversent et provoquant des accidents, chaque personne décédant dans le tunnel venant grossir les rangs des pauvres âmes errant dans ce funeste endroit… On dit aussi que sa longueur serait variable, changeant au gré des heures de la journée.
Enfin, un miroir est disposé dans le tunnel et il est dit que si l’on regarde dedans et y aperçoit un fantôme, on meurt dans d’atroces souffrances !

Un niveau du jeu vidéo Project Zero, les Prêtresses des Eaux Noires (disponible sur Wii U) se passe dans ce tunnel.

(A partir de 11.30 dans la vidéo ci dessus)

 Le village d’Inunaki

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Les lieux hantés sont légion au Japon, j’ai déjà parlé de la fameuse forêt Aokigahara dans un précédent Jeudi (lisible Ici), en voici un autre, le terrifiant village de Inunaki.

Ce village se trouvant dans la préfecture de Fukuoka subit en 1959 une forte inondation, réduisant à néant les réserves de bois et de charbon, principale source de revenus de la ville, cette inondation détruira également complètement son cimetière.
Par la suite, le gouvernement japonais décide de construire un barrage à l’endroit du village et force les habitants à se déplacer et abandonner leurs habitations. Par la suite, le village décroit progressivement à cause de l’urbanisation, les jeunes quittent le village qui fini par dépérir et à se replier sur lui-même. Le village étant difficile d’accès, divers panneaux mettent en garde tout promeneur ou curieux voulant s’y rendre, parmi ceux-ci, un panneau annonce sommairement que
« Les lois constitutionnelles du Japon ne s’applique pas ici », avertissement aussi clair que mystérieux voulant tout et rien dire…

Il n’en fallut pas plus pour faire naître une légende, disant que ce village serait un lieu de perdition dans lequel l’inceste, le cannibalisme ou le meurtre sont des pratiques courantes. On dit également que les appareils électroniques ne fonctionnent pas dans ce village et que toutes personnes l’ayant atteint n’en soit jamais revenu…
Légende ou réalité ? Difficile à dire. Néanmoins, il existe beaucoup de photos de ce petit village qui semble n’être qu’un petit village de montagne comme il y en a beaucoup au Japon, de plus, certaines personnes y sont allées, en sont revenus et affirment que les habitants sont très charmants et sympathiques (ou bien est-ce juste l’apparence qu’ils veulent donner…).

Les jeux vidéo Forbidden Siren sur Playstation 2 et Project Zero 2, Crimson Butterfly sur Playstation 2, Xbox et Wii (3) prennent cette légende comme base de départ pour leurs histoires.

Bande annonce pour le jeu vidéo Forbidden Siren

Toire no Hanako-San

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Il s’agit de l’une des légendes urbaines les plus populaires chez les écoliers japonais.

Hanako serait le fantôme d’une fillette s’étant suicidée dans les toilettes des filles après s’être fait harcelere et ou brutaliser par ses camarades, depuis elle hanterait le troisième toilette du troisième étage, étage où se trouve généralement les toilettes au Japon.

Elle est généralement vêtue d’une tenue d’écolière ou d’une jupe rouge, elle aurait le visage pâle, les yeux brillants et de longs cheveux noirs ou coupés au carré.
C’est un fantôme qui de base est totalement inoffensif, ne réagissant que si on le provoque. En général elle se manifeste par de petits bruits, des sanglots ou des pleurs, lorsque les toilettes sont vides.
Pour la faire apparaître, il faut frapper trois fois à la porte et demander 
« Est-ce que tu es là Hanako-San ? », si elle répond « Oui, je suis là. », toute personne qui ouvrira la porte se retrouvera face à elle et, selon les versions encore une fois, sera au choix quitte pour une grosse frayeur ou mourra en étant aspiré dans les toilettes.

C’est cette légende qui servi de base pour la création du personnage de Alessa Gillespie des jeux vidéo Silent Hill, d’ailleurs dans le premier jeu, une référence à cette légende est faite explicitement.

Aka Manto

aka manto

On reste dans les fantômes des latrines (des lieux qui fascine visiblement beaucoup les japonais) avec le fantôme à la cape rouge. C’est un fantôme qui hanterait les toilettes pour femmes, généralement la dernière cabine : Il s’agit d’un beau jeune homme, portant un masque blanc et un long manteau ou cape rouge, charismatique et séduisant, il est impossible pour une femme de lui résister.
Il s’agirait du fantôme d’un homme ayant enlevé une jeune femme lui refusant son amour, après le kidnapping, ils auraient tous les deux disparus et on ne les revis plus jamais.
Alors qu’une femme a fini sa commission (petite ou grosse, cela n’a pas d’importance), une voix venant de son dos lui demanderait si elle souhaite une cape rouge ou bleue. Si elle répond rouge, il lui tranche la gorge afin que ses vêtements soit maculés de sang. Si elle répond bleue, il l’étrangle et son visage devient tout bleu.

Plusieurs jeunes femmes ont tenté de le déjouer en répondant une troisième couleur mais dans ce cas, il est dit que des bras blancs et cadavériques surgissent soit du plancher ou directement du trou de la cuvette et entraînent la malheureuse victime directement en Enfer…
Enfin, une variante dis que si l’on répond « jaune » on fini noyé la tête dans la cuvette.

Il existe plusieurs versions de cette histoire, le fantôme peut aussi arracher la peau du dos de sa victime, lui sucer le sang ou même la pendre.
L’une des parades les plus populaires pour le déjouer consiste à lui répondre que l’on a besoin de rien, ce qui aurait pour effet de faire disparaître le fantôme, néanmoins, selon certaines versions, cette réponse engendre également un aller simple pour l’Enfer…
Enfin, si on tente de s’enfuir, il est dit qu’il apparait devant la porte des toilettes et de sa longue cape, empêche la victime de s’enfuir, il lui révèle son visage et la victime tombe sous son charme, reste prise au piège dans le cabinet et disparait.
L’
Aka Manto est un des rares fantômes japonais auxquels il est quasiment impossible d’échapper…
Dans une version plus récente, on raconte que certains cabinets ont même deux distributeurs de papiers, proposant un de couleur rouge et un de couleur bleu et qu’il faut bien vérifier avant de s’installer et que si c’est le cas, il vaut mieux se retenir ou choisir un autre cabinet.
L’Aka Manto est un fantôme dit «yūrei », un esprit mauvais, cherchant à nuire aux vivants.

Teke Teke – La légende de Kashima Reiko

Teke Teke est une légende urbaine ayant pour point de départ la ville de Hokkaido : Une jeune femme du nom de Kashima Reiko y aurait été violée et battue par un groupe d’hommes puis laissée pour morte dans la salle de bain d’un hôtel. Elle aurait ensuite tenté de sortir pour demander de l’aide en se traînant au sol puis aurai perdu connaissance sur une voie de chemin de fer. Elle fut réveillée par le bruit d’un train qui aurait coupé la malheureuse en deux.
Depuis, on raconte que son esprit hanterait les salles d’eau des établissements fréquentés principalement par des hommes et les abords des voix ferrées, demandant inlassablement où se trouve ses jambes. Toutes mauvaises réponses entraînent la mort de celui qui croise sa route, la bonne réponse étant
« Sur le chemin de fer de Meishin » (Meishin signifiant « Superstition » au Japon, il désigne également une longue voie de chemin de fer, allant de Osaka à Nagoya) et si elle demande qui vous a dit ça, il suffit de lui répondre « Kashima Reiko ».

Dans une variante, c’est elle-même qui demande comment elle s’appelle : Il s’agit d’une question piège et si vous lui répondez par son nom, elle vous coupe en deux au niveau du torse. Pour éviter d’être tué, il faut répondre « Kamen Shinin Ma », l’abréviation de son nom qui signifie « Masque Défunt Démon ».
Son surnom,
« Teke Teke » vient du son qu’elle produit en se déplaçant, traînant avec elle une petite faux lui servant à couper ses victimes en deux.

Une histoire très populaire auprès des écoliers japonais raconte l’histoire d’un petit garçon qui un soir, alors qu’il rentre seul chez lui aperçoit accoudée à une fenêtre une belle femme aux cheveux longs. Elle saute subitement devant lui, ne révélant n’être en fait qu’un torse. Elle tue alors le petit garçon avec une faux, le coupant en deux au niveau du torse…
Beaucoup d’histoires de ce type existent auprès des écoliers japonais, bien souvent pour les motiver à rentrer plus vite le soir de l’école.

Le jeu vidéo Silent Hill 4 : The Room fait plusieurs fois référence à cette légende, notamment avec le fantôme de Cynthia Velasquez hantant le métro et plusieurs monstres du jeu, se déplaçant sur deux bras.

Bande annonce de Silent Hill 4 : The Room

Kuchisake-Onna, la femme à la bouche fendue

C’est une des histoires les intéressantes car c’est une histoire qui a traversé les âges et s’est adaptée à toutes les époques.

Les origines de cette histoire sont assez incertaines, certains récits la situe à l’ère Heian (794 à 1185 ap. JC) d’autres à l’ère Edo (1603 à 1868 ap. JC) : Il s’agirait de la femme d’un samouraï, réputée comme très belle mais aussi très narcissique et volage. Lassé de ses infidélités et de sa vanité, son mari lui fendit un soir le visage, de chaque coté des lèvres en lui demandant « Qui te trouvera belle, désormais ? ».
Depuis, on raconte qu’une femme se promène dans les rues à la nuit tombée avec un masque chirurgical, surtout lorsque le temps est brumeux. Il n’est pas rare que des personnes se baladent au Japon avec ce type de masque car il est coutume dans ce pays d’en porter lorsque l’on est malade. Elle aborderait les gens, ayant une préférence pour les enfants et les jeunes hommes, qu’elle croise en leur demandant timidement
« Suis-je belle ? » (« Watashi Kirei ? »).
Si la victime répond
« Oui », elle retire son masque, affichant son horrible sourire et demanderait de nouveau « Suis-je belle, même comme ça ? ». Si on répond « Non », c’est la mort assurée, Kuchisake-Onna se promenant, selon les versions avec une paire de ciseaux ou un grand couteau.
Si l’on répond
« Oui » à la seconde question, elle pense que vous mentez et vous suivra jusque chez vous et vous tuera sur le seuil de votre logement.
Selon une version plus ancienne, répondre
« Oui » à la seconde question aurait pour effet de la faire partir, elle remettrait en plus à la personne lui ayant répondu positivement un gros rubis rouge.
Avec le temps, plusieurs parades sont apparues pour lui échapper : La plus connue consiste à lui répondre qu’elle n’est ni belle ni laide, qu’elle est juste une femme normale ce qui la plongerait dans la confusion et permettrait à la victime potentielle de s’enfuir. La seconde, plus populaire chez les enfants, consiste à lui retourner la question et à lui lancer des friandises pour la distraire.
Il est aussi utile de préciser qu’il est impossible de lui échapper,
Kuchisake-Onna ayant la réputation de courir extrêmement vite.
Ces victimes de prédilections sont les hommes et les enfants, mais les femmes peuvent aussi en être victime à une différence prés : Une femme, une fois victime de ce fantôme devient à son tour une
Kuchisake-Onna

Comme beaucoup de légendes urbaines, elle connu diverses périodes d’intérêts, la plus importante se situant durant les années 70, à tel point qu’elle fit l’objet d’une véritable psychose collective : Les médias de l’époque comme la télévision et la radio parlèrent de cette légende, de base probablement exclusive à une région de campagne précise (comme la plupart des légendes urbaines japonaises) la diffusant à l’échelle nationale. Il en découla une véritable psychose, des enfants préférant revenir de l’école en petit groupe afin de ne pas faire une mauvaise rencontre et certains parents finirent eux aussi par y croire, décidant parfois de ne pas mettre leurs enfants à l’école lorsque le temps était trop brumeux.

L’effet s’estompa aussi vite qu’il était apparu avant de regagner de l’intérêt dans la fin des années 90 avec l’apparition du cinéma d’horreur japonais (J-Horror), la légende fut même adaptée en film en 2007, par Kōji Shiraishi sous le titre Carved, A Slit-Mouthed Woman.
Le film connaîtra deux suites
Carved 2 et Carved 0 : Origins.

Bande annonce du film Carved

Il ne s’agit là que de quelques légendes urbaines japonaises, le pays du soleil levant en comptant des dizaines comme celles-ci, je n’en ai choisi que quelques unes, principalement les plus récentes en omettant volontairement certains plus anciennes comme la poupée maudite O-Kiku Ningyou, de la femme serpent Nure-Onna ou du Gashadokuro, un squelette géant suivant les hommes chez eux pour les tuer.

Ces légendes ont beaucoup été reprises au Japon dans d’autres médias, la littérature et le cinéma tout d’abord, mais aussi les jeux vidéos (dans lesquels ils sont, comme vous avez pu le constater plus haut, une influence majeure) et bien sûr les mangas, papier ou animé.

Ce mois-ci j’ai donc décidé de parler d’un manga directement inspiré par la légende de Kuchisake-Onna : La Femme Défigurée de Inuki Kanako, publiée en France en deux tomes par Delcourt en 2004.

Les deux tomes sont en fait une compilation de cinq histoires horrifiques, plus ou moins longues selon le cas.

L’histoire principale est la même que celle de la légende énoncée plus haut : Dans une petite ville japonaise, une femme bizarre au visage caché par un masque chirurgical est régulièrement aperçue aux abords d’une école. Les adultes ne prennent pas garde à ces rumeurs d’enfants mais tout ce petit monde commence à s’inquiéter lorsqu’une des élèves disparaît… La fameuse légende de la femme défigurée en est-elle vraiment une ou bien cache t’elle un secret encore plus sombre, lié à un mystérieux hôpital abandonné ? Les fillettes de l’école vont mener l’enquête, bien décidées à mettre fin aux agissements de cette femme effrayante.

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Le tome 1 contient également deux autres histoires, plus courtes : D’abord Les Mollusques Mutants, racontant l’histoire de trois lycéennes se retrouvant en vacances au bord de la mer chez une de leurs amies, mais la famille de cette amie se révèle être en fait des monstres mutants mi-hommes, mi-limaces. Va s’en suivre pour notre infortuné trio une véritable nuit d’horreur.
Le tome 1 se conclu par une histoire appelée
Possession Cosmétique, dans laquelle une jeune fille pas très sure d’elle va se découvrir une nouvelle personnalité, bien plus audacieuse, lorsqu’elle se maquille. Mais cette obsession du maquillage va très vite dégénérer en quelque chose de bien plus étrange.

Dans le tome 2, seulement deux histoires sont présentes : Tout d’abord la suite et fin de La Femme Défigurée, dans laquelle on découvre enfin toute la vérité sur cette femme monstrueuse et ses origines. La seconde histoire quand à elle s’appelle Fécondation Impie et décrit le calvaire de deux lycéennes qui après avoir découvert un mystérieux fœtus dans la réserve des sciences de leur lycée se retrouvent « enceintes » de créatures bizarres.

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Ce qui frappe au premier abord dans ce manga en deux tomes, c’est tout d’abord les dessins : Comme souvent dans la bande dessinée japonaise, c’est la même personne qui signe le scénario et les dessins et pour ces derniers, difficile de passer outre le style peu commun de la mangaka Inuki Kanako : Son style est très caricatural, parfois complètement grotesque (dans le bon sens du terme) donnant à ses personnages et à leurs expressions un aspect complètement outrancier. Lors des scènes « normales » son dessin n’est pas sans rappeler celui de Osamu Tezuka, avec ses personnages simples et tout en rondeurs alors que pendant les scènes de tension et d’horreur, les visages et expressions sont grossis à l’extrême, les bouches démesurément ouvertes et les yeux complètement exorbités, donnant un air presque irréel à ses personnages. De plus, la femme défigurée est représentée comme un démon ou un fantôme que l’on peut voir sur des estampes japonaises du moyen âge, lui donnant ainsi une apparence encore plus bizarre et hors du temps, en décalage avec les autres personnages, son visage et son physique se déformant au gré des scènes. Même si cet aspect est justifié dans le deuxième acte de l’histoire, au premier abord il est très déstabilisant, donnant au personnage un aspect déstructuré lors de ses apparitions, tant est si bien que parfois, on peine à la situer physiquement dans les planches, mais loin de déranger, ce parti pris renforce encore plus l’aspect (voulu je pense) surnaturel du personnage.
C’est un peu le même topo pour les autres créatures des autres histoires : Grossis, déformés, les personnages et monstres sont des exagérations claires de peurs japonaises, leur aspect renforçant donc leur coté horrible jusqu’à l’extrême.

Pour ce qui est des histoires compilées dans ces deux volumes, elles reflètent et exploitent surtout des peurs typiquement japonaises : Les légendes urbaines bien entendu avec les deux chapitres consacrés à la légende de La Femme Défigurée, l’urbanisation galopante au détriment des petits quartiers dans les grandes villes avec Les Mollusques Mutants, le harcèlement scolaire et l’importance de l’apparence chez les jeunes avec Possession Cosmétique et la baisse de la natalité au Japon avec la dernière histoire, Fécondation Impie.

Comme souvent dans ce genre de manga, l’exploitation de ces peurs est faite de façon extrême et progressive : Toutes les histoires partent d’un postulat réaliste pour sombrer peu à peu dans l’horreur la plus totale et la plus outrancière. Cet aspect est ici renforcé par le trait caricatural et grotesque (encore une fois dans le bon sens du terme) d’Inuki Kanako et ses paraboles des peurs modernes des japonais trouvent du coup une dimension particulière, exagérées et du coup plus percutantes et choquantes de par leur aspect brut et sans fioritures.

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Les deux volumes de ce manga sont, il faut être honnête, une lecture particulière : Les dessins d’Inuki Kanako vont, à coup sûr, rebuter certains lecteurs qui du coup passeront à côté d’un véritable bon moment de lecture horrifique. Certes son style sort des sentiers battus mais la dessinatrice le maîtrise à la perfection et joue avec d’une façon admirable, n’hésitant pas à déstabiliser le lecteur à de nombreuses reprises.

Les histoires sont intelligentes, les personnages bien écrits et attachants (on se surprend même à en prendre certains en pitié malgré leurs actes parfois totalement horribles et monstrueux) et le tout forme une expérience de lecture résolument différente de ce que l’on peut lire habituellement dans des mangas de ce type.
En résumé,
La Femme Défigurée, c’est une lecture que je vous recommande particulièrement car c’est le genre de choses que l’on ne peut lire que trop rarement et il serait du coup dommage de passer à côté si vous êtes amateurs de peurs issues du pays du soleil levant.

1 : Clip officiel de « It’s A Fine Day » de Jane & Barton, la chanson a connue de nombreux remix à succès, notamment par Miss Jane en 1998.

2 : Ce jeu fait d’ailleurs référence à beaucoup d’autres légendes urbaines japonaises : On y retrouve aussi des références aux légendes de Satoru-kun ou Hanako-san entre autres.

3 : A noter que la version Wii est un remake des versions PS2 et Xbox, hormis des modifications esthétiques et une nouvelle maniabilité, dans cette version les héroïnes sont plus âgées (Leur âge n’est pas mentionné mais elles ont l’apparence de jeunes femmes) et leur apparence a été changé en conséquence, ce qui n’est pas le cas des versions PS2 et Xbox, dans lesquelles elles ont des physiques d’adolescentes.

Vidéo comparant les versions PS2 et Wii

Un commentaire sur “Les Jeudis de l’Angoisse (des Comics ) #42

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  1. Intéressant mais flippant ^^ En vérité, je ne suis pas trop fan de ce genre de mangas, mais ton article m’a quand même donné envie de le lire.. Quant aux légendes urbaines japonaises, certaines sont vraiment intéressantes!

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