Rape and… REVENGE


Y a t’il plus putassier, voyeur, complaisant et anti-féministe que le genre de film dit « Rape & Revenge » ? Avec la sortie ces dernières semaines du film Revenge de Coralie Fargeat sur les écrans et donc le retour après une assez longue absence de ce genre de film hautement controversé dans les salles françaises et connaissant mon goût pour le cinéma bisseux, il m’a été demandé d’aller voir ce film et d’en écrire quelques lignes.
Parler d’un style de film d’exploitation consistant à montrer des viols et des meurtres particulièrement choquants sur un site féministe ? C’est risqué, mais il faut croire que ce ça ne me fait pas peur puisque c’est ce que je vais faire de suite, je remercie d’ailleurs au passage la personne qui m’a demandé ce « service », à savoir la créatrice et tenancière de ce site pour ce « cadeau » empoisonné, surtout en cette période où les actes d’abus sexuels sont sur le devant de la scène (Affaire Weinstein, #BalanceTonPorc etc.).
Je vais donc le faire comme je l’ai toujours fait, sans à priori ni parti pris, ici je vais juste parler d’un style de film, certes sujet à controverses, à chaque lecteur ensuite de se faire son propre avis et opinion.

Avant de m’attaquer au cas de Revenge, je pense qu’il est utile de revenir un peu plus en détail sur ce qu’est le style de film Rape & Revenge car je pense que beaucoup d’entre vous ne savent pas vraiment ce que c’est, ou très peu, et en quoi ça consiste.

Le style Rape & Revenge est un style de film d’exploitation, particulièrement en vogue dans les années 70, dérivé des films de vigilante. Les films dit Rape & Revenge (littéralement « Viol et Revanche ») repose quasiment tous sur la même structure : Dans le première acte, une victime (une femme) est violée, souvent de manière très violente et crûe, et est laissée pour morte. Dans le second acte, on assiste aux efforts de la victime pour survivre. Enfin dans le troisième acte, la victime prend sa revanche en tuant ses violeurs (et souvent d’autres personnes, plus ou moins liés à son expérience).

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I Spit On Your Grave, film phare du style Rape & Revenge, ne fait pas dans la dentelle…

Dans certains cas, dans le troisième acte, ce sont des proches de la victime qui exécutent la vengeance, soit car la victime décède, soit parce qu’elle ne peut pas physiquement exécuter sa vengeance.
Le Rape & Revenge est souvent couplé à un autre genre de film : Le policier, le film de vigilante, le thriller, le film d’horreur ou le drame.

Autant être franc, j’en ai vu peu de réellement convainquant car j’ai toujours trouvé que c’est un genre de film particulièrement difficile à faire car il repose sur quelque chose d’essentiel pour être efficace : Il faut qu’il soit crédible et la crédibilité est très souvent ce qui fait défaut à ce genre, surtout lorsque le film est couplé à du gore et ou du vigilante.
Quand il est couplé à un style de film de base réaliste comme le policier ou le drame, en général, ça fonctionne mieux, mais c’est malgré tout assez rare.

Afin d’étayer mes propos, j’ai fait une sélection assez hétéroclite de films du genre, que je vais vous présenter dans l’ordre chronologique de leurs sorties en salles ou vidéo.

La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972)

Autant être franc d’emblée, je n’aime pas ce film, il n’est présent dans cette liste uniquement car il s’agit d’un des tout premiers films du genre.

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Afin d’expliquer pourquoi je n’aime pas ce film, j’ouvre une petite parenthèse sur le réalisateur Wes Craven, au risque de m’attirer les foudres de certains. Alors, autant j’adore Wes Craven en tant que réalisateur, autant je trouve que c’est un très piètre scénariste et j’ai vraiment énormément de mal quand le bonhomme est à l’écriture et La Dernière Maison sur la Gauche, même si il s’agit de son premier film et que ses défauts pourraient être imputablse au manque d’expérience, ne dérogent pas à la règle.
Oui, je n’aime pas le dernier acte des Griffes de la Nuit avec ces pièges à la MacGyver, oui, je n’aime pas non plus le dernier acte La Colline a des Yeux avec encore, ces pièges à la MacGyver qui ruinent le film (et au risque encore de faire hurler, je préfère de très très loin le remake d’Alexandre Aja à l’original), je n’aime pas non plus la fin du Sous-Sol de la Peur que je trouve tellement grand-guignolesque qu’elle en devient ridicule et enfin je trouve stupide la fin de Freddy Sort de la Nuit.

Le coup de grâce c’est La Colline à des Yeux 2 de 1984 que le réalisateur a réalisé, écrit et produit qui est un véritable ratage du début à la fin et par décence je ne parlerai pas non plus de La Colline à des Yeux 2 version 2007, qu’il a également écrit et produit, au risque de devenir insultant.
Cela étant dit, revenons à nos moutons.

Le film raconte l’histoire de quatre assassins, qui séquestrent, violent et tuent deux adolescentes. Les quatre criminels vont ensuite passer la nuit chez des habitants du coin, les-dits habitants étant en fait les parents d’une des deux victimes. La mère de la victime va reconnaître un pendentif qu’elle avait offert à sa fille sur un des assassins et après avoir retrouvé le corps de sa fille va mettre en marche en compagnie de son mari une implacable vengeance.

La Dernière Maison sur la Gauche est donc historiquement l’un des premiers Rape & Revenge de l’histoire du cinéma d’exploitation et le premier film de Wes Craven. La première chose qui frappe quand on le revoit aujourd’hui, c’est que le film a considérablement vieilli : Les acteurs sont mauvais, la réalisation est loin d’être vraiment réussie et le film est très mal écrit (Wes Craven oblige).
A noter que le film est un remake assez libre du film La Source (1960) de Ingmar Bergman.

La Dernière maison sur la Gauche aura également droit à son remake en 2009, réalisé par Denis Iliadis et produit par Wes Craven. Le remake est assez réussi et plus facilement abordable que l’original, sans être un film exceptionnel.

Crime à Froid / They Call Her One Eye (Thriller, En Grym Film) de Bo Arne Vibenius, 1973

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Madeleine (Frigga dans la version originale) est une jeune femme devenue muette après avoir été agressée sexuellement dans son enfance. Quelques années plus tard, elle tombe sous le charme de Tony, qui fait d’elle une prostituée soumise en la rendant dépendante à l’héroïne. Afin qu’on ne la recherche pas, Tony envoie régulièrement de fausses lettres pleine de haine supposément écrites par Madeleine à ses parents, ces derniers ravagés par le chagrin, finissent par se suicider.
Un jour, après avoir refusé un client, Madeleine est sévèrement punie par Tony qui lui crève un œil.
Cet événement va servir d’électrochoc à Madeleine qui va progressivement se sevrer de la drogue et commencer à s’entraîner pour se venger de Tony et de toutes les personnes qui l’ont fait souffrir.

Thriller est donc un film suédois réalisé par Bo Arne Vibenius et est un des films les plus représentatifs de l’aspect « exploitation » de ce style : Dans les faits le film est assez réussi, il est bien interprété et est réalisé de façon plutôt efficace malgré certains effets un peu redondants, notamment une utilisation abusive des ralentis.
Mais il a un gros défaut, c’est un pur film d’exploitation, ce qui signifie que c’est un film réalisé exclusivement afin de gagner de l’argent au détriment de toute intention artistique. De plus, le film est entouré d’une aura particulièrement sulfureuse : Sentant que le film allait de toute façon être interdit au moins de 18 ans, il fut demandé au réalisateur d’y insérer des scènes pornographiques afin de surfer sur la vague de libération du cinéma pornographique, en vogue à cette époque en Europe du Nord, ce qu’il accepta sans rechigner. Ces scènes ont été ajoutées de façon particulièrement sauvage (les coupes sont clairement visibles) et n’apporte rien au film, pire encore, font perdre de l’intensité à la plupart des scènes.
De plus, certaines rumeurs circulent autour du film : Il est dit que la scène de l’œil crevé fut tourné sur un véritable cadavre de femme (de façon donc totalement illégal), car cela aurait coûté moins cher qu’un trucage. On notera également que les scènes d’injection de drogue sont là aussi non-simulées, l’actrice Christina Lindberg s’injectant de la solution saline durant ces scènes. Enfin, de véritables balles sont utilisées durant les scènes de fusillades, le réalisateur dû d’ailleurs prendre une police d’assurance afin de protéger l’actrice principale d’éventuelles blessures par balles.
Thriller est un film très intéressant, symbolique et emblématique du film d’exploitation des années 70.

A noter que ce fut un des films de référence de Quentin Tarantino lors de l’écriture de ces deux opus de Kill Bill, il rend d’ailleurs hommage au film avec le personnage de Elle Driver, interprété par Daryll Hanna.

Un Justicier dans la Ville (Death Wish) de Michael Winner, 1974

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Paul Kersey est un architecte à qui tout sourit : Il est épanoui dans son travail et coule des jours heureux à New York avec sa famille. Mais sa vie bascule le jour ou sa femme et sa fille sont violemment agressées chez eux par trois voyous qui battent et violent les deux femmes. Appelé d’urgence à l’hôpital, Paul ne peut que constater le décès de sa femme… Quand à sa fille, elle est gravement traumatisée, devient muette et ne supporte plus qu’on la touche. L’enquête piétine par manque d’informations et Paul se résout au fait que les agresseurs ne seront probablement jamais retrouvés.
Paul devient alors un homme brisé, noyant sa peine et son chagrin dans le travail. Durant un voyage d’affaire, on lui offre un revolver et après avoir regardé des photos de sa femme et sa fille, décide de descendre dans la rue afin de faire régner lui-même la justice en attirant et tuant tous les voyous qu’il croise.

Dans ma petite introduction, je disais que le Rape & Revenge était souvent couplé à un autre genre de film, ici il s’agit bien entendu du film de vigilante.

Un Justicier dans la Ville, en plus de prendre la base d’un Rape & Revenge dévie donc dans son denier segment dans le pur film de vigilante et devient de ce fait un des films emblématique de cet autre genre du film d’exploitation. Un film doublement intéressant, d’autant plus qu’il est particulièrement bien interprété, notamment par Charles Bronson, à la fois touchant et implacable dans son rôle de vengeur urbain.
Un film culte, à voir absolument.

Petite anecdote : L’un des trois voyous est interprété par Jeff Goldblum, dont c’est le premier rôle.

Le film aura quatre suites, aux qualités disons, discutables, selon les épisodes et un remake signé Eli Roth à la réalisation, avec Bruce Willis dans le rôle principal et qui sortira au cinéma chez nous le 9 mai prochain.

La Bête Tue de Sang-Froid aka Le Dernier Train de la Nuit (L’Ultimo Treno Della Note) de Aldo Lado, 1975

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Deux jeunes filles doivent se rendre à la fête d’anniversaire de l’une d’entre elles mais dans le train, elles sont violemment agressées, violées et laissées pour mortes par deux voyous, le tout sous les yeux d’une femme voyeuse et complice.
Quelques heures plus tard, les trois criminels se retrouvent chez les parents d’une des deux victimes qui vont vite se rendre compte qu’ils ont à leurs cotés les bourreaux de leur fille. Une vengeance est alors mise en place.

Que serait le cinéma d’exploitation sans les maîtres en la matière, à savoir les italiens ? Copie à peine déguisée de La Dernière Maison sur la Gauche (les italiens, peut regardant au niveau des droits d’exploitation des films, le renommeront même Last House Part II (La Dernière Maison Partie II), cet ersatz italien réussi néanmoins à imposer sa propre marque grâce à plusieurs différences : D’une part ses antagonistes et particulièrement le personnage interprété par Macha Méril (qui avait touché à l’horreur en tournant dans Les Frissons de l’Angoisse de Dario Argento), bourgeoise manipulatrice, perverse et pousse au crime.
Produit dans le plus pur style des films d’exploitation transalpin, le film est habilement réalisé et joue avec les codes du genre, jusqu’à devenir une parabole du pouvoir en place en Italie à l’époque, un pur film d’exploitation certes, mais selon moi réussi et particulièrement intéressant pour ces libertés et originalités typique du cinéma italien des années 70.
La bande son est d’une qualité exemplaire, signée par le génial compositeur Ennio Morricone.

Le film aura plusieurs titres tout au long de son exploitation : d’abord La Bête Tue de Sang-Froid, puis La Chienne du Train De Nuit (preuve de la prédominance du personnage de Macha Méril dans le film), Train d’Enfer puis enfin Le Dernier Train de la Nuit (traduction littérale du titre original) pour sa sortie DVD en version intégrale en 2007.

A noter que si le DVD comporte un bandeau « Barbare et choquant : Toutes les séquences censurés réintégrées », cette affirmation n’est en fait qu’à moitié vraie puisque les scènes réintégrées sont en fait des scènes de dialogues durant lesquelles les personnages parlent de la politique italienne de l’époque…
Le réalisateur Aldo Lado gagnera suite à ce film le surnom de « Aldo Laido », pouvant être traduit par Aldo le Dégoûtant.

Le Vieux Fusil de Robert Enrico (1975)

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Peu après le débarquement allié le 6 juin 1944, à Montauban, Julien Dandieu est un chirurgien pacifiste régulièrement menacé par la milice car soupçonné, à raison, de soigner en secret des maquisards dans son hôpital.
Afin de mettre en sécurité sa femme et sa fille, il les envoie dans le château familial situé dans un petit village de la région.
Ne supportant plus l’éloignement de sa famille, Julien décide de les rejoindre mais découvre à son arrivé un village vide : Tous les habitants ont été réunis dans l’église du village et abattus par une division SS… Il découvre avec horreur les corps de sa femme, tuée par balle et de sa fille, violée et brûlée vive au lance-flamme.

Fou de douleur et de rage, Julien découvre que la division allemande est réunie dans le château de sa famille et va utiliser ses connaissances des lieux et le fusil de chasse de son père pour se venger en abattant un à un les officiers allemands.

Film charnière du cinéma français, Le Vieux Fusil est encore aujourd’hui un film d’une force émotionnelle sans pareille : Philippe Noiret y est époustouflant en homme brisé et ivre de vengeance.

La réalisation de Robert Enrico joue également beaucoup pour l’empathie du spectateur envers le personnage principal : Le réalisateur a en effet choisi d’entrecouper son film de flashbacks montrant Julien Dandieu avec sa famille, dans leur vie de tout les jours, rapprochant ainsi le spectateur du personnage. Une technique véritablement audacieuse et réussie, faisant gagner ainsi au film une force émotionnelle et une empathie du spectateur rarement vu dans un film français à cette époque.

Plus de quarante ans après sa sortie, Le Vieux Fusil reste un des films les plus marquant du cinéma français, un véritable électrochoc, un film dont on se souvient et qui marque durablement.
Le film est inspiré par le massacre d’Oradour-sur-Glane, ce qui créa une polémique lors de sa sortie, il fut néanmoins un succès commercial retentissant et reste à ce jour un des films préférés des français, étant régulièrement rediffusé à la télévision.
Le film fut trois fois primé à la première cérémonie des Césars en 1976 : Meilleure musique pour François de Roubaix, César remis à titre posthume car le compositeur décéda trois mois après la sortie du film, meilleur acteur pour Philippe Noiret et enfin César du meilleur film.
A savoir que le film fut tout d’abord proposé à Lino Ventura, qui refusa le rôle de Julien Dandieu car il trouvait le film trop violent.

Œil Pour Œil (Day of The Woman / I Spit On Your Grave) de Meir Zachri, 1978

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Jennifer est une jeune écrivaine New-yorkaise venue à la campagne afin de trouver l’inspiration. Alors qu’elle coule des jours paisibles seule dans une maison au bord d’un lac, elle est violemment agressée et violée par quatre hommes dont un handicapé mental, poussé par ces camarades.
Suite à cette agression, l’un des criminels est désigné pour achever leur victime. Il ne pourra se résoudre à tuer Jennifer et la laissera en vie. Celle-ci va alors doucement se reconstruire et planifier une vengeance aussi méthodique qu’expéditive.

Film emblématique du style Rape & Revenge, Day of The Woman en est le film typique dans son développement : Tous les passages obligés sont présents, de l’éprouvante scène de viol (l’une des plus longue et difficile visuellement que j’ai put voir dans un film de ce style), de la longue reconstruction de la victime jusque la vengeance, aux scènes d’une violence inouïe notamment la scène de la salle de bain, véritable anti-thèse machiste d’une cruauté jubilatoire), Day of The Woman est la définition parfaite du film choc, le genre de film dont on ressort retourné émotionnellement et qui reste en tête longtemps après le visionnage.

Plusieurs raisons à cela : Tout d’abord l’interprétation de Camille Keaton dans le rôle de Jennifer, symbole de la pureté et de l’intelligence souillé par un acte ignoble, elle attire d’emblée l’empathie du spectateur qui prend fait et cause pour elle. Ensuite la réalisation, paraissant visuellement hasardeuse à certains moments, elle est en fait savamment pensé pour faire éprouver le malaise ou la jubilation chez le spectateur. Un constat d’autant plus étonnant puisqu’il s’agit du premier film de Meir Zachri, il ne réalisera qu’un autre film, en 1985, Don’t Mess With My Sister, un autre film de vengeance.

Day of the Woman est un film puissant et dur, emblématique du genre, si il ne faut en voir qu’un seul, c’est sans conteste celui-ci.
Attention néanmoins car il est particulièrement difficile visuellement et est à déconseiller aux âmes sensibles.
Le film a eu une suite, passée complètement inaperçue est sortie en 1993, Savage Vengeance, réalisée par Donald Farmer.

Le film eu également un remake en 2010, réalisé par Steven R. Monroe, à la qualité presque risible. Ce remake fut (malheureusement) un succès commercial et engendra deux suites, tout aussi pitoyables.

Depuis quelques années, déçu par le remake de 2010, Meir Zachri à en projet de réaliser lui-même une nouvelle version de son film titré I Spit On Your Grave : Déjà-Vu.

L’Ange de la Vengeance (Ms. 45) d’Abel Ferrara, 1981

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Thana est une jeune femme muette travaillant dans un atelier de couture, c’est une très jolie jeune femme dont le handicap n’empêche pas les hommes de son entourage, son libidineux patron en tête, de lui faire des avances. Un jour qu’elle rentre chez elle, un rôdeur l’attire dans une ruelle et la viole. Encore sous le choc, Thana rentre chez elle pour découvrir qu’un homme est en train de la cambrioler. Le cambrioleur la viole une seconde fois mais Thana finie par se défendre, tue le violeur à coup de fer à repasser et découpe son corps en morceaux dans sa baignoire. Dés lors, armé d’un calibre 45, elle va arpenter les rues et abattre tout les hommes qui l’approche.

L’Ange de la Vengeance est un film particulièrement étonnant et intéressant : D’une part, il s’agit du premier film d’Abel Ferrara, qui montre ici un talent extraordinaire de mise en scène et de direction d’acteur. D’autre part, le film fut souvent taxé de féministe (ce que Ferrara réfuta à chaque fois) néanmoins lorsque l’on y regarde de plus près et malgré les dires de Ferrara, le film est une véritable parabole de la condition des femmes : Le personnage de Thana (dont le nom est une référence à Thanatos) est une allégorie cinglante de la femme dans notre société, victime muette, incapable de répondre aux provocations (la scène du harcèlement de rue) et aux agressions dont elle est victime (elle est incapable de crier durant ces viols), ces victimes durant sa croisade psychopathique et vengeresse sont des symboles d’homme asservissant les femmes (un souteneur, un photographe de charme, des petites frappes un peu trop entreprenantes etc…). La scène finale, durant laquelle Thana est grimée en nonne est d’un symbolisme et d’une force à la fois touchante, pathétique et cruelle que je vous laisse le soin de découvrir.

L’Ange de la Vengeance fut l’un des derniers (très) bon Rape & Revenge et reste à ce jour un des films emblématiques du genre, qui, bien loin de son image sulfureuse, se révèle être d’une intelligence rare.

A noter qu’Abel Ferrara à commencé sa carrière comme réalisateur de films pornographiques.
L’actrice Zoë Lund deviendra par la suite célèbre grâce à son rôle de dealeuse dans le film Bad Lieutenant avec Harvey Keitel, encore réalisé par Abel Ferrara. Paradoxalement, elle décède à Paris en 1999 d’une attaque cardiaque due à la prise d’héroïne…

Irréversible de Gaspard Noé (2002)

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Dans une boite gay, deux hommes furieux, Marcus et Pierre, font irruption à la recherche d’un autre homme qu’ils finissent par trouver : Pierre saisi alors un extincteur et le frappe à mort. Qu’est-ce qui a pousser cet homme à commettre ce meurtre barbare ? La réponse sera donnée dans la suite du film, lors d’une remontée dans le temps aussi dérangeante que choquante.
Le film est présenté dans un ordre ante-chronologique, comprenez par là qu’il commence par la fin et se termine par le début, impossible donc de parler du film sans spoiler, désolé donc à ceux qui n’ont pas vu le film, vous pouvez si vous le souhaitez sauté le paragraphe suivant.

La raison qui pousse Pierre (Vincent Cassel) à tuer cet homme est qu’il a violé sa femme, Alex (Monica Bellucci) dans un souterrain. Dés lors le film va remonter progressivement jusqu’au début de la journée ayant précédé cet acte infâme au moyen de treize flashbacks, dont six en plans séquences.

Irréversible est un film qui lors de sa sortie (et encore aujourd’hui), créa une véritable polémique : Lors de sa présentation au festival de Cannes en 2002, des spectateurs sortent outrés et choqués de la projection du film après sa première demi-heure et la presse n’est pas non plus tendre avec le film.
Simple film emprunt de voyeurisme, violent et opportuniste sans autre intention de choquer, ou objet cinématographique incompris, le film divise encore aujourd’hui. Personnellement, je fais parti de la seconde catégorie : Pour moi Irréversible est un film puissant, visuellement et émotionnellement, qui nous renvoie à nos propres pulsions et nous les renvoie en pleine figure de façon extrême, jusqu’à l’écœurement.
Là où la plupart des Rape & Revenge montrent la longue descente aux enfers des victimes, Irréversible fait le contraire : Partant d’un endroit sordide (la boite de nuit), le film remonte progressivement vers un environnement plus serein (la scène du parc) et tout ce cheminement est visible, clairement et progressivement dans le film de façon admirable.
L’interprétation est également un des points fort du film : Le trio d’acteur en tête d’affiche, à savoir Vincent Cassel, Monica Bellucci (à l’époque tout deux couple dans la vie) et Albert Dupontel sont absolument brillants et stupéfiants de crédibilité, jouant beaucoup sur l’impact du film.
La musique est une réussite, signée Thomas Bangalter (un des membres des Daft Punk), d’ailleurs, durant la première moitié du film, le film est soutenu par un infra-son difficilement audible à l’oreille mais provoquant, avec un équipement adéquat (son d’une salle de cinéma ou Home Cinéma), des sensations de malaises ou de nausée.
Il y a beaucoup à dire sur ce film, malheureusement, ce n’est ni l’endroit ni le moment mais si vous avez le cœur bien accroché, je ne peux que vous motiver à le voir, afin de vous faire votre propre opinion.
Petite anecdote, la mystérieuse séquence d’ouverture avec Philippe Nahon est en fait un lien avec le précédent film de Gaspard Noé, Seul Contre Tous.

Soyons clair, Irréversible est un film coup de poing, choquant et extrême, jouant avec ce que l’être humain peut être de pire : C’est un véritable voyage en enfer dans une réalité sordide qui est la notre.

Je vous ai présenté une petite sélection de films, liste complètement subjective de ma part, qui pour moi sont représentatifs du style, il en existe bien d’autres (Internet est votre ami), libre à vous de vous renseigner et de tenter le(s) visionnage(s).

Comme vous avez pû le constater, la plupart de ces films sont sortis dans les années 70, période faste du film dit d’exploitation, depuis ce style de film est plus rare, faute à une industrie du cinéma plus frileuse à produire ce genre de bandes subversives. Il faut également dire que le style de film en lui-même est très difficile à renouveler et la formule peu originale, de là à dire que « Lorsque l’on en a vu un, ont les à tous vus » est très facile et dans un certain sens c’est un peu le cas, je suis le premier à le reconnaître.

Néanmoins, des films comme Irréversible, avec son traitement et son déroulement original, prouve (un peu) le contraire.

On en vient donc à parler de Revenge, sorti sur les écrans de cinéma français le mois dernier et je renvoie donc à cette question posé plus haut ? Revenge réinvente-il le style ou se contente-il de ressasser une formule éculée ? Réponse dans les lignes qui suivent.

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Revenge raconte l’histoire de Jennifer, jeune américaine blondinette un peu délurée qui se retrouve à partager le temps d’un weekend une maison isolée perdue au milieu d’une région désertique avec trois hommes d’affaires français, Richard, Stan et Dimitri, venus faire leur partie de chasse annuelle.

Jennifer est dans les faits la maîtresse de Richard, grand blond sûr de lui qui lui promet monts et merveilles mais rechigne à quitter sa fiancée avec qui il doit malgré tout se marier prochainement.

Le premier soir, la fête bat son plein, mais Richard ne semble pas être dans son assiette, afin de le rendre jaloux, Jennifer va séduire Stan, un des autres hommes… Avant de le laisser choir en le laissant la queue entre les jambes.

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Le lendemain matin, Richard doit s’absenter pour régler les formalités de la partie de chasse et Stan en profite pour demander des explications à Jennifer sur son comportement de la soirée précédente. La jeune femme peine à donner une explication convaincante et malgré les avances de Stan, le repousse violemment. Celui-ci le prend mal, et viole Jennifer sous les yeux de Dimitri, passif.

Richard revient et constate les faits, Jennifer, sous le choc le somme de la raccompagner, il refuse et lui promet de l’argent en échange de son silence. Scandalisée et choquée, Jennifer le menace de tout raconter à la fiancée de Richard, celui-ci, énervé, bat la jeune femme, qui finie par s’enfuir.

Dans le désert, acculée au bord d’une falaise, Jennifer est poussée dans le vide et s’empale sur un arbre mort… Laissée pour morte, elle survie miraculeusement et après s’être sommairement soignée, va prendre en chasse ces trois tortionnaires.

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Revenge est donc un film français réalisé par Coralie Fargeat et sortie sur les écrans le mois dernier en France. Comme vous l’avez compris, il s’agit d’un pur Rape & Revenge, son scénario est archi-classique et répond à toutes les exigences et cahier des charges de ce style : La jeune oie blanche violée et battue, victime qui se transforme ensuite en guerrière et enfin les machos qui prennent cher.

Très honnêtement, niveau scénario, c’est sans surprise, pour qui a déjà vu ce genre de film bien entendu. Revenge tient son originalité d’autre chose : Souvenez-vous, dans l’introduction de cet article je vous parlez que l’un des facteurs crucial pour faire un bon film de ce type, c’est qu’il doit être crédible. Et bien Revenge, c’est tout le contraire ! La scénariste / réalisatrice a décidé de laisser toute crédibilité aux vestiaires et nous livre un spectacle dantesque où l’exagération est quasiment un leitmotiv.

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Si la première partie du film se veut très « réaliste », la seconde partie (la revanche) est un véritable festival d’exagérations : De l’improbable survie de Jennifer à sa séance de guérison aussi mystique qu’hallucinante en passant par les hectolitres de sang qui s’échappent de chaque corps violenté, le film est « bigger than life » dans la violence, l’horreur et le gore.

Je pense très sincèrement que c’est un effet voulue de la part de la réalisatrice car cela donne au film un aspect survolté, nerveux et agressif assez redoutable. D’autant plus que cela se fait progressivement : Passée la survie quasi-miraculeuse de Jennifer, on se rend vite compte que le film n’est pas fait pour être crédible mais joue bel et bien sur le grand spectacle et le hardcore visuel, cette progression se fera donc petit à petit, les scènes de violence devenant de plus en plus « énormes », un simple tesson de bouteille dans le pied devenant un sommet du gore cradingue, cette exagération atteint son paroxysme dans son grand final, quitte à flirter avec le grand n’importe quoi.

Malgré cet aspect volontairement exagéré, le film comporte des scènes plutôt efficaces et des effets de style bien trouvés : Ainsi la cautérisation de Jennifer à base de canette de bière, lui inflige une cicatrice en forme d’aigle, signe de sa nouvelle personnalité de guerrière vengeresse, ou encore les litres de sang qu’elle perd durant tout le film étant un signe à peine dissimulée d’un accouchement difficile, là encore vers un nouveau « elle » qui ne pourra s’épanouir qu’en châtiant ces tortionnaires (elle arrête d’ailleurs de saigner une fois sa vengeance assouvie).

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Trois machos, trois caricatures

Ce sont certes des allégories plutôt bien trouvées mais franchement assez grosses et au final assez peu subtiles, ce qui reste néanmoins assez en adéquation avec le style très « brut » du film.

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Comme dit plus haut, les scènes de violence détonnent par leurs aspects exagérées, mais d’autres scènes sont aussi des trésors de réalisation, notamment la scène de la grotte, trip mystico-délirant d’une efficacité visuelle presque génial.

Par contre le film a quand même certains défauts, notamment un abus presque systématique des gros plans sur tout et n’importe-quoi, d’ailleurs une maladie assez répandue dans les films de genre français (Grave de Julia Ducorneau en était d’ailleurs truffés de bout en bout) : Que se soit sur des effets gore, je veux bien mais faire des gros plans de mastication ou de sueur qui coule, ça ne sert à rien ! Si c’est pour faire ressentir un dégoût ou un sentiment de malaise, ça fonctionne les premières fois, mais quand c’est répété ad vitam durant tout le film, c’est juste redondant et à la longue lassant.
Un autre défaut que je trouve typique du film de genre français, à savoir l’effet visant à faire durer une scène plus qu’elle ne le devrait. La scène du tesson de bouteille, ou la scène finale et son jeu de manège, sont beaucoup trop longues et je pense que cela perdra certains spectateurs, ceux qui n’auront pas encore été totalement largués par l’aspect « too much » du film bien entendu.

Pour ce qui est des acteurs, il n’y en a que quatre et ma foi, ils sont raccord avec l’univers du film : Pour les rôles masculins, il s’agit de véritables caricatures de machos, du blond hautain et sadique en passant par le pauvre mec éconduit et pervers et le gros lâche qui se goinfre, pas vraiment de surprise et on sait d’avance dans quel ordre ils vont trépasser. Quand au seul rôle féminin, tenu par Matilda Lutz, on passe de la jeune lolita un peu idiote, en guerrière farouche à la Mad Max de façon assez efficace, le jeu de la jeune actrice étant particulièrement convainquant.

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Comme un petit air de Mad Max ?

Puisque l’on parle de Mad Max, le film est visuellement très référencé : Références visuelles et filmiques sont quasiment évidentes à chaque plan que se soit Mad Max, La Colline à des Yeux ou Massacre à la Tronçonneuse, chaque plan et décors sont inspirés, digérés et rendus dans une globalité artistique assez étonnante, donnant au film un cachet assez personnel d’hommage tout en gardant sa cohérence.
Finissons par la partie musicale, et là encore c’est du tout bon : Un peu à la manière de la bande-son de It Follows (film que je vous recommande ardemment en passant), la musique est dans le style dit de New-Retro Wave très en vogue en ce moment et se révèle d’une efficacité absolument jouissive tant elle colle à merveille à l’ambiance lourde, 80’s et survoltée du film. Signé d’un artiste français surnommé Rob (En fait de son vrai nom Robin Coudert, déjà auteur des musiques de Horns, Amityvile : The Awakening ou le remake de Maniac), c’est une véritable pépite aussi décalée que maîtrisée : Du grand art, original et novateur. Plus qu’une réussite, un bijou sonore !

Pour résumer, Revenge c’est un spectacle qui se veut clairement exagéré et référencé et assume complètement cet aspect, que ce soit par sa violence exacerbée jusqu’à en devenir irréelle, sa réalisation survoltée et hallucinée, et enfin sa musique qui baigne le film dans une atmosphère lourde et synthétique, Revenge c’est tout cela combiné, un spectacle hallucinant aussi bien visuellement que sonore, une histoire de vengeance extrême dans tous ces aspects, un film dont on ressort essoufflé, sur le cul devant l’odyssée vengeresse extrême de cette fille dont ont ne connait que la douleur et la violence qui en émane : Une véritable expérience de cinéma, ni plus ni moins.

Après vient la question qui taraude et dont j’ai vaguement entendu parlér durant mes (très maigres) recherches sur le film (je préfère en général ne pas trop me documenter sur un film de peur d’être influencé et potentiellement déçu, le cas de Grave l’année passée m’étant présent encore en travers de la gorge) : Revenge, film féministe ou pas ? Féministe, c’est un peu le terme que l’ont colle à tout va en ce moment dés qu’une œuvre se voit affublée d’une héroïne un peu Badass.

Est-ce que l’héroïne de Revenge est Badass ? Clairement, est-elle féministe pour autant ? Je ne crois pas. Après, certaines personnes mieux avisées pouront sans doute vous dire dans le détail pourquoi, mais déjà, d’une part, je trouve qu’il n’y a pas plus anti-féministe que le Rape & Revenge, film qui sur sa base, surfe déjà à l’extrême sur la culture du viol et en fait même son principal attrait.

Honnêtement, et au risque de me répéter je ne pense pas que Revenge soit un film féministe. Certes, il présente une héroïne forte, farouche et qui botte des culs, mais il en faut plus pour être qualifier de féministe. Peut on faire un Rape & Revenge féministe ? Peut-être (même si j’émets de très grosses réserves sur ce fait) mais ce n’est, de mon point de vue, pas le cas de ce film.

Revenge de Coralie Fargeat, avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède en salle depuis le 7 février 2018

7 commentaires sur “Rape and… REVENGE

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    1. Merci de tes compliments, ça n’a pas été un article simple à faire vu que c’est un genre de film particulièrement controversé.
      Néanmoins, je suis satisfait car je n’ai eu que des retours positifs 🙂

  1. Intéressant, même si, ne supportant pas les scènes de viol, je ne pourrai jamais voir ces films. Ce genre me dégoûte et, comme tu le dis si bien, je ne vois vraiment pas le côté féministe de la chose… mais ton article était passionnant. Challenge relevé avec brio ! 🙂

    1. J’avoue que j’ai moi-même beaucoup de mal avec les scènes de viols et je ne suis pas vraiment fan de ce genre de films, surtout les plus récents qui sont d’une médiocrité, voir une nullité effarante… C’est cependant un pan très important du cinéma d’exploitation des années 70, donc il était malgré tout et vu ma passion pour le cinéma bis que j’en parlerai un jour !
      Ravi que l’article t’ai plut !

  2. Extraordinaire article, passionnant de bout en bout. Je ne connaissais pas ce sous-genre, et cet exposé est parfait, avec un historique parlant, de nombreux exemples expliqués et une définition de ce sous-genre avec ses limites. Merci beaucoup.

    1. Merci de tes compliments, ça me fait très plaisir !
      C’est en effet un genre du cinéma d’exploitation méconnu car surtout populaire dans les années 70, on a la chance d’en avoir deux des meilleurs du genre en France avec Le Vieux Fusil et Irréversible, ce qui est plutôt étonnant dans un pays comme le notre où le cinéma de genre est très confidentiel.
      Merci encore !

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