I have to run like a fugitive

En matière de titres adaptés en séries TV, il faut reconnaître qu’entre celles diffusées par CW, AMC et Netflix, sans parler des spin-off visibles sur les chaines Fox ou ABC, le fan de comics n’a désormais que l’embarras du choix et cette prolifération est bien loin d’être terminée, j’attends en effet pour ma part fébrilement celles consacrées aux Titans et Cloak and Dagger.
Il est vrai que le format télévisuel se prête totalement dans la retranscription des pérégrinations de nos héros de papier, une saison entière ou juste quelques épisodes pouvant correspondre à un arc narratif pour une série comics, avec les libertés prises et les différences qui s’imposent, avec également les mimétismes visuels dans le plus grand respect de l’oeuvre originale.

Et à ce sujet, je vais prendre le temps de vous parler d’une série dont la première saison vient tout juste de se terminer et qui m’a enthousiasmée tout autant que l’oeuvre dont elle est issue, il s’agit de Marvel’s Runaways diffusée sur le network Hulu.

Runaways, c’est à la base une série publiée par Marvel à partir de 2003, écrite par Brian K. Vaughan et dessinée par Adrian Alphona.
Il me semble important d’insister ici sur la présence de ce duo créatif sur cette série en particulier. Je vous rappelle que nous sommes au début des années 2000, une époque où toutes les notions de diversité auxquelles nous sommes désormais habitués (enfin pas pour tout le monde…) étaient encore très floues, du moins dans les comics mainstream. Et c’est justement à ce moment précis que débarque cette bande de jeunes dans l’univers Marvel, non seulement principalement constituée de personnages féminins, mais regroupant différentes origines ethniques, et comportant un, puis deux personnages LGBT.
Vous pouvez donc très bien imaginer comment j’ai pu accueillir cette série à l’époque.

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J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises d’exprimer toute mon admiration vis à vis de Brian K. Vaughan, un auteur totalement inclusif sur les questions LGBT dans toute son oeuvre, de Runaways à Y The Last Man en passant par Saga et Paper Girls.
Adrian Alphona a quant à lui su (re)faire parler de sa personne grâce à l’arrivée tonitruante et salvatrice de Kamala Khan, l’actuelle MS. Marvel dont il est le co-créateur avec G. Willow Wilson, et qui a été le fer de lance d’un véritable mouvement, un changement notoire plus ouvert (et mercantile diront certains cyniques, et il en faut des cyniques, ça nous permet de rester vigilants) sur un lectorat issu des minorités de la part de la Maison des Idées.

Pour résumer donc, avec Runaways dès 2003, nous avions droit à une petite révolution avant la grosse de la part de Marvel, cela grâce à un duo d’auteurs tout autant que des personnages frais et complètement actuels, ce qui résume très bien l’esprit de l’éditeur dans la retranscription identitaire de nombreuses générations, et ce depuis les années 60 avec Peter Parker et ces bons vieux X-Men.
La toute première page de cette série résume d’ailleurs parfaitement bien ce qu’elle ne sera et deviendra jamais, et je vous invite à la découvrir pour que vous puissiez vous rendre compte à quel point le message était déjà fort à l’époque.

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Mais comme si cela ne suffisait pas, l’histoire principale de Runaways s’avère être assez originale pour conquérir le cœur de nombreux critiques et professionnels, à défaut d’un véritable succès commercial à l’époque, c’est ce qui arrive en général lorsque l’on est largement en avance sur son temps…
Entre 2005 et 2006, la série remporte ainsi un Eisner Award (plus précisément Brian K. Vaughan comme meilleur scénariste), un Harvey Award pour la meilleure série limitée, ainsi que le Top Library Award.

Mais de quoi s’agit-il donc me direz-vous ? Runaways retrace les mésaventures d’une bande d’adolescents qui sont obligés de se supporter alors que leurs parents, appartenant tous à une congrégation mystérieuse se réunissent autour d’un événement particulier et secret. Leur curiosité les poussent à découvrir que leurs géniteurs s’adonnent à des rites sacrificiels, et que ceux-ci s’avèrent être de ce fait des super vilains.
Ces ados que tout oppose doivent désormais prendre la fuite, tout en découvrant leur héritage, super pouvoirs, et les liens qui les unissent.
Dans la BD, ce pitch énorme rentre en 2 numéros tout au plus…

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Dans la série diffusée sur Hulu, cela va prendre toute une saison (soit 10 épisodes) ce qui est à la fois long mais surtout complémentaire face au côté expéditif du récit initial.
Car cette première saison de Marvel’s Runaways n’est absolument pas là pour adapter uniformément l’histoire des Fugitifs (titre en Français dont toutes les différentes séries ont été publiées par Panini en VF).
Bien au contraire, elle se pose et prend le temps de cerner chaque personnage quel qu’il soit, de la jeune ado qui découvre ses premières règles à l’icône religieuse qui redescend de son piédestal.

Et cela se produit de manière assez logique, car on est désormais en 2017-18 (!), et grâce aux showrunners de la série, Josh Schwartz et Stephanie Savage, totalement conscients du potentiel de l’oeuvre originelle résonnant d’autant plus de nos jours (il faudrait être OUF pour concevoir les choses autrement), le lecteur fidèle de la série prendra ainsi plaisir à retrouver tous ces codes (il suffit de regarder le générique de début ultra référencé, et c’est cool !).

Ainsi, l’intérêt et la force de Marvel’s Runaways réside dans le fait que tout ne se centre pas autour de ces adolescents comme le fait la série originelle, mais que bien au contraire il existe des enjeux (de prime abord des liens affectifs et immortels entre ces parents tous pris au piège de part leurs aptitudes), et leurs progénitures qui se retrouvent en roue libre…
La série présente en effet le constat suivant : On a beau posséder une certaine autorité, statut, peu importe le quelconque niveau social, financier ou spirituel, il n’en reste pas moins que c’est votre progéniture qui vous rappelle à l’ordre dans vos erreurs commises et ça… ça reste un constat universel.
A ce titre Marvel’s Runaways poursuit complètement le chemin initié il y a près de 15 ans mais à peine effleurée dans la série originale : oui les parents de nos héros sont des meurtriers récidivistes, mais sont surtout piégés dans un cercle vicieux dont le but est finalement de contribuer au salut et la sécurité de leur descendance. Quoi de plus universel ?
On assiste ainsi dans ce programme à une exposition quasi binaire sur les rapports entre les adultes, tous membres de ce fameux consortium baptisé The Pride mais qui vont petit à petit se désolidariser et se trahir les uns des autres, et en parallèle les (futurs) Runaways que rien ne semble réunir à (nouveau) au début mais qui par la force des épreuves et d’empathie vont se rassembler telle une nouvelle famille.

Car l’une des qualités de cette série se traduit avant tout à mes yeux dans la profondeur des interactions entre les différents personnages (et dinosaure), quelque soit leur age, origine, genre, piercing dans la truffe.
Concernant le jeu des acteurs je n’ai pu déceler aucun faux pas, j’ai même eu plaisir à retrouver  James Marsters (qu’on ne présente plus), et Gregg Sulkin, l’un des acteurs de la formidable série Faking it, et qui pour le coup rempile sur un sujet précis, à croire que ça lui colle à la peau.
En gros tous les acteurs de la série sont formidables mais je fais volontiers ma révérence sur le quatuor féminin de tête, Lyrica Okano (Nico Minoru), Virginia Gardner (Karolina Dean), Ariela Barer (Gertrude Yorkes) et Allegra Acosta (Molly Hernandez), toutes plus impressionnantes les unes que les autres, à tel point que l’on a vraiment l’impression de retrouver ces filles jadis côtoyées il y a un petit bail de cela. 

Donner des origines Latinx à Molly s’avère hyper judicieux, surtout dans le contexte actuel post-élection américaine (genre, one year after), dans ce sens la série respecte encore une fois complètement le message véhiculé originellement par ses créateurs comics.
Et il y a encore tellement de choses à dire sur le sujet : la relation entre Nico Minoru et Karolina Dean (qui devient donc la première SUPER héroïne LGBT officielle de l’histoire de la TV), justement présentée et surtout évolutive ici, celle entre Gert et… la plupart du groupe (Chase, Molly, Old Lace) ou encore entre Molly et Karolina, Karolina et Chase, et forcément Alex et Nico.

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Seigneur mais Old Lace… j’ai juste envie de dire que c’est la plus belle réussite de cette première saison, donc encore une fois, je me répète, tous les acteurs et personnages sont absolument impeccables, mon angoisse personnelle était quand même de savoir si elle allait avoir sa place, son importance en tant que membre des Runaways ?
Pour moi la réponse était toute faite…

Et je vous laisse faire le lien entre les deux medium, tant de choses ont leur importance dans cette première saison, à tel point que j’ai beaucoup de mal à comprendre les critiques vis à vis de la lenteur de cette dernière…
Oui en effet, on ne peut pas vraisemblablement parler de « fuite » de nos héros dans cette actuelle adaptation, mais j’ai juste envie de rappeler au cas où cela serait sorti de l’esprit de quelques uns le constat suivant :
De quoi parlons-nous au juste dans ce programme (d’après ce dont je viens de vous exposer dans ces quelques lignes) ?
S’agit-il de fuir et battre en retraite face à un système autocratique ? Ou au contraire d’essayer de s’organiser et de faire face à celui-ci comme unique preuve de Résistance, même si dans ce cas précis, on est même pas majeur (ou pire encore, issue de l’ère du crétacé inférieur ?)

La série Marvel’s Runaways est pour moi un vivier de très belles choses.  Au delà des scènes cultes et parfaitement transposées, des décors quasi parfaits, tenues vestimentaires coupes de cheveux etc…
Celle-ci s’impose comme l’une des meilleures adaptations diffusées actuellement chez Marvel, tous média confondu en tout cas et ce, jusqu’à preuve du contraire…

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