SOS Fantômes : la critique de Julien Lordinator


Cinéreview  : SOS Fantômes (2016)

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A l’annonce du reboot de Ghostbusters, l’une des licences cinématographiques emblématiques des années 80, on a eu droit à un véritable ouragan de haine de la part des trentenaires nostalgiques dont le principal argument n’était pas la qualité de la première bande annonce (selon moi, excellente en tout point), mais plutôt à la base de « On ne touche pas au film de mon enfance ! » et de commentaires à peine blindés de sous-entendus du genre « Ouais mais non, je suis pas misogyne, mais pas une équipe de gonzesses quoi ! ».
Moi, je ne suis pas un nostalgique et très franchement, la nostalgie, ça m’emmerde, ça fausse un peu tout les jugements et c’est un peu l’excuse préférée de ceux qui veulent cracher sur quelque chose sans avoir d’arguments vraiment valables. Je passerai sur les commentaires misogynes, sous-entendus ou directs, qui pour moi sont inexplicables et impardonnables et ne méritent même pas que l’on en débatte : Je n’y reviendrai d’ailleurs plus dans cette critique.

Moi je suis quelqu’un d’ouvert, pas vraiment nostalgique, et cette nouvelle version des Ghostbusters, je l’attendais avec impatience, à tel point que le jour même de la sortie nationale, j’étais au cinoche et que là tout de suite maintenant, je vais répondre à la question fatidique : Bon alors, ce film, il est bien ou pas  ?

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Avant toute chose, je précise que pour moi, SOS Fantômes, ce sont deux films cultes, que j’adore et que je connais par cœur, au plan et à la réplique près. Mais comme je le dis plus haut, je ne suis pas un nostalgique borné, je suis quelqu’un d’ouvert et toujours à l’affût de la nouveauté, quitte a être déçu (j’ai été voir les deux Alien Vs Predator au cinéma, donc respect hein !) mais je laisse toujours la chance à un concept, je ne crache dessus si nécessaire qu’après avoir jugé sur pièce et c’est ce que je vais faire aujourd’hui avec ce reboot de SOS Fantômes et je vais le faire en toute honnêteté, ça va de soi.

Déjà autant y aller franco et annoncer la couleur dès le départ, ce film est-il, très honnêtement, meilleur que les deux films originaux ? Non, il ne l’est pas mais est-ce que cela en fait un mauvais film pour autant ? La réponse est encore non. Le film a de nombreuses qualités, mais aussi plusieurs défauts qui l’empêche d’atteindre le niveau de qualité qu’avait les deux films originaux et je vais y revenir plus précisément durant cette critique.

L’histoire commence en 2016, après qu’un jeune guide ait fait visiter un manoir prétendument hanté à des touristes, celui-ci se retrouve pris au piège à l’intérieur après la fermeture et est victime de phénomènes paranormaux particulièrement violents.
Le lendemain, son patron prend contact avec Erin Gilbert, une scientifique professeure d’université spécialiste en phénomènes paranormaux.
Erin apprend par cet homme que Abigail Yates, son amie d’enfance, a republié un livre traitant de paranormal dont elle a particulièrement honte et tente de cacher à son entourage, ledit bouquin risquant de mettre en péril sa future titularisation à l’université où elle travaille. Erin reprend donc contact avec Abby, elle aussi férue de paranormal. Abby travaille dans une petite université avec Jillian Holtzmann, une spécialiste en mécanique et électronique de pointe quelque peu… Extravagante.
Apprenant l’existence d’un fantôme dans le manoir, les trois femmes s’y rendent aussitôt et y rencontrent le fantôme, qui au final se révèle particulièrement hostile… Bientôt rejoint par Patty, une employée de métro ayant elle aussi rencontré un fantôme, la fine équipe va alors se mettre en chasse de ces fameux spectres et découvrir pourquoi New York est devenu subitement l’épicentre de tellement de phénomènes paranormaux.

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Dès la scène d’ouverture, on est en terrain connu : L’esprit des films originaux est bien là et cela se ressentira durant tout le film : Les scénaristes et le réalisateur (Katie Dippold et Paul Feige) n’ont pris aucun risque de ce côté là, le déroulement du film étant calqué sur celui des précédents films, les deux compères ne s’en cachent d’ailleurs pas, multipliant les clins d’œil aux films originaux avec la complicité d’un Bill Murray qui au passage s’offre le caméo le plus long du film en la personne du détestable démystificateur Martin Heiss.

Niveau scénario, pas de surprise, l’intrigue suit donc une voie toute tracée et si vous connaissez comme moi sur le bout des doigts les films originaux, vous arriverez sans peine à deviner comment et quelles scènes vont arriver. Est-ce un défaut en soit ? Pas vraiment, la structure narrative des deux films originaux, à savoir l’enchaînement Formation de l’équipe – Création du matériel – Chasse aux fantômes – Identification de la menace – Combat final est quasiment la même et cela fonctionne très bien dans les deux premiers films, pas de raison donc que pour cette version de 2016, ça ne fonctionne pas non plus et force est de reconnaître que… Ça marche encore plutôt bien car, même si je savais plus ou moins comment ça allait se passer, j’ai regardé le film sans aucune lassitude ni déplaisir, ayant passé un très agréable moment avec nos quatre apprenties chasseuses de fantômes.

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L’un des points forts du film, c’est sans aucun doute son casting, c’est même très honnêtement ce qui tient le film et le fait fonctionner : L’alchimie entre les quatre actrices est flagrante à l’écran et la complicité et la bonne humeur qui s’en dégage est réellement communicative : L’expérience des quatre femmes dans le stand-up et plus particulièrement l’émission du Saturday Night Live est particulièrement bienvenue et montre sans conteste que le casting est un véritable sans faute.

En effet et comme c’était le cas pour les deux films originaux, la quasi totalité du casting du film provient de l’émission humoristique Saturday Night Live : Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Leslie Jones et Kate McKinnon viennent de cette émission… Tout comme c’était le cas de Ivan Reitman, Dan Aykroyd et Bill Murray pour les films originaux. Niveau humour, on est donc en terrain connu mais on est plus non plus dans les années 80, reste à savoir si l’humour américain contemporain vous amuse, moi oui, j’ai donc eu plusieurs éclats de rire durant le film et ça faisait très longtemps que ça ne m’était pas arrivé au cinéma.

Impossible de parler du casting sans parler de l’extraordinaire prestation de Chris Hemsworth : Complètement à contre-emploi dans ce film, le bellâtre campe Kevin, le standardiste, un véritable benêt dont la candide idiotie touche parfois au génie comique absolu. Hemsworth est véritablement la révélation comique du film la plus surprenante, s’en tirant avec certaines des répliques les plus hilarantes du film.

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Pour ce qui est des seconds rôles et des caméos, c’est un véritable festival de têtes connues : Andy Garcia, Charles Dance, la quasi intégralité du casting des films originaux (il ne manque que Rick Moranis…) et même Ozzy Osbourne sont de la fête.
Un hommage est même rendu à plusieurs reprises dans le film à Harold Ramis, qui nous a quitté récemment, l’interprète de l’intello Egon Spengler dans les films originaux, je vous laisse le soin de les débusquer comme je l’ai fait.
D’ailleurs, pour les fans hardcore du cinéma des années 80, d’une manière plus générale, sachez également que le film est blindé de références plus ou moins directes à toute cette période cinématographique.

Niveau réalisation, pas vraiment besoin de s’attarder sur ce point : On a là du Paul Feige pur jus, avec tout ses poncifs et passages obligés. Si vous avez vu ces films précédents (je pense surtout au film Les Flingueuses, très proche en terme de réalisation avec SOS Fantômes 2016), le bonhomme continue sur sa lancée. Après, reste à savoir si vous aimez son style ou pas, moi j’aime bien, sans plus, et ça ne m’a pas gêné plus que ça pour apprécier ce film.

Les effets spéciaux sont également assez réussis et ce qui m’a marqué plus particulièrement, c’est l’aspect des fantômes : Là où dans les films originaux, ils ont un aspect volontairement cartoon, dans cette version 2016, ils ont une apparence beaucoup plus sérieuse et monstrueuse, voir quasiment effrayante (le fantôme du manoir ou celui du métro par exemple), leurs designs sont en général très réussis, portant leur histoire dans leur aspect, ce qui m’a d’ailleurs rappelé deux autres films de fantômes qui avaient eux aussi réussi cela : Fantômes Contre Fantômes (Peter Jackson, 1996) et 13 Fantômes (Steve Beck, 2001. Film qui au passage n’avait que ça de réussi, ses fantômes…). Un bon point pour cette version 2016, assurément. Seul fantôme vraiment en décalage avec les autres, le rigolo et emblématique Slimer (Bouffe-Tout en VF) dont l’absence aurait néanmoins été incompréhensible.

GHOSTBUSTERS

Par contre autant être franc, mon œil moyennement aiguisé a parfois un peu tiqué sur certains effets en fond vert un peu voyant, mais ce n’est honnêtement pas vraiment gênant pour quelqu’un qui n’y prête pas attention.

Maintenant que j’ai suffisamment jeté des fleurs au film, passons à la douloureuse partie des points négatifs… Et il y en a.
Première chose qui m’a vraiment énervé durant tout le film, et j’ai remarqué que c’est une impression que j’ai de plus en plus avec les films récents, c’est que le film a été manifestement charcuté par le studio pour tenir en moins de deux heures : Ainsi certaines coupes sont tellement flagrantes qu’elles en deviennent gênantes, à l’image du show final de Chris Hemsworth, coupé dans le film mais… Montré durant le générique de fin ! Idem pour certains passages, anormalement survolés mais longtemps débattu en amont par les héroïnes (l’explication des lignes telluriques entre autres choses). Je me suis surpris à plusieurs reprises durant le film à lever un sourcil dubitatif en me disant « C’est bizarre, j’ai l’impression qu’il manque un truc là… » et de mémoire, la dernière fois que j’ai fait ça, c’était durant Batman V Superman qui a eu droit à un tonitruant director’s cut qui enrichissait le film de plus de 30 minutes…

Cela se ressent également dans le personnage du méchant dont au final ont ne sait quasiment rien, juste que « Il n’aime pas les gens et veux détruire la ville »… On est loin du charismatique Viggo des Carpates du second film original. Aux vues du peu que l’on voit de ce nouveau méchant dans le film, je pense que les scénaristes avaient des plans bien plus larges pour ce personnage.

Second défaut du film et là on a encore un défaut inhérent au cinéma contemporain, le syndrome du « Premier épisode de la trilogie »… Car après le visionnage du film, cet aspect est évident : Les personnages et leur situation « n’avancent pas » et c’est particulièrement frustrant, surtout quand on se rend compte que c’est pour garder des cartouches pour une éventuelle suite. Des pistes sont lancées, des portes s’ouvrent sur des intrigues ou des histoires secondaires pour se claquer violemment à la tête du spectateur qui doit ronger son frein et se rendre à l’évidence d’une suite prochaine… (d’ailleurs pour les grands fans des films originaux, restez après le générique, vous allez apprécier.).
Dans un sens c’est encourageant, car ça signifie qu’une suite est probablement sur les rails mais c’est aussi particulièrement énervant de jouer avec les nerfs du spectateur en lui faisant miroiter plusieurs concepts intéressants (notamment le coup du QG ou la création de la chambre de confinement, des poncifs du film original, ici à peine esquissés) pour ne pas ou peu y donner suite.
Cette obsession de la suite programmée devient véritablement gênante à la longue, surtout quand elle nuit au film, comme c’est ici le cas.

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En résumé est-ce que ce reboot de Ghostbusters mérite le bashing et les torrents de commentaires haineux qu’il a engendré avant même sa sortie ? De mon avis, clairement pas. A défaut d’être un film vraiment original, il reprend de façon intelligente les idées et poncifs des films originaux et les ressert à la sauce contemporaine, Paul Feige n’a au final pas pris de risques et c’est tant mieux : Il ressort de cette nouvelle version un respect évident pour le matériel original et beaucoup de reboots/remakes feraient bien de s’en inspirer. Même sans prendre de risques, Feige réussi malgré tout à y imposer son style et son humour avec surtout un casting exemplaire et admirable qui est sans conteste la grande force du film, on a nos nouveaux Ghostbusters et ils fonctionnent, point.

Sans atteindre le niveau des films originaux et malgré ses défauts, ce Ghostbusters version 2016 réussi néanmoins à atteindre son but : Celui d’être une comédie fantastique réussie, jouissive, divertissante et drôle, un vrai film pop-corn, dans le sens plus noble du terme.

 

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