Dans la toile de Jessica


32-1On pourrait croire que Spider-Woman fasse partie de cette vague de super héroïnes créées par Stan Lee et ses amis de la Maison des Idées, à l’image de Ms Marvel ou Hellcat dans le but d’amener un nouveau lectorat -celui des femmes- au sein de l’industrie. Que nenni ! Ses origines proviennent d’une considération beaucoup plus pragmatique qui était d’empêcher d’autres compagnies de s’approprier la « marque » d’un Spider-Man au féminin et ainsi couper l’herbe sous les pieds de Marvel. En effet, la rumeur de la création d’une certaine Web Woman, devant apparaître dans un programme pour enfants diffusé le samedi matin commençait déjà à faire trembler l’éditeur.
En fin visionnaire, Stan Lee demande donc à Archie Goodwin de créer et développer manu militari le personnage de Spider-Woman dont les aventures démarreront dans Marvel Spotlight #32 en février 1977. Il est aidé en cela par Marie Severin, qui imaginera l’aspect et le costume de la belle. Sal Buscema au dessin et Jim Mooney à l’encrage prendront ensuite la relève sans changer quoique ce soit.

C’est dans ce Marvel Spotlight #32 que nous découvrons donc les origines de cette nouvelle héroïne, dans ce qui s’avère être un numéro d’une intensité (mélo)dramatique folle, où l’on fait la connaissance d’Arachnée, une super agent de l’Hydra chargée de s’infiltrer dans une base du SHIELD, d’éliminer Nick Fury, et de sauver son amant Jared qui s’avère être en fait un beau salopard qui faisait semblant d’être amoureux d’elle.
J’en connais certaines qui se seraient mises en colère pour moins que ça.
Découvrant le pot aux roses, le choc est d’autant plus rude lorsqu’elle apprend qu’elle n’est ni plus ni moins qu’une araignée ayant évolué en un être humain grâce aux bons soins du Maître de l’évolution.

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Qu’on se le dise, être une héroïne chez Marvel, parfois ça craint. Même si  Marvel Spotlight #32 se vent mieux que prévu, Stan Lee en personne n’est pas fan de ces origines insectoïdes. Il demande alors à Marv Wolfman de les remanier, une allusion subtile y est d’ailleurs faite dans Marvel Two-In-One #33 lorsque Modred fait comprendre à la femme araignée que ses origines ne sont pas se qu’elle pense qu’elles sont (…). Spider-Woman devient ainsi Jessica Drew dans Spider-Woman #1 en avril 1978, toujours écrit par Wolfman et où sont introduites ses vraies origines.

Jessica est donc la fille de deux scientifiques, Jonathan et Miriam Drew, qui travaillent sur un sérum impliquant des araignées. Lorsque la petite tombe soudainement malade dû à un empoisonnement à l’uranium, à cause d’une mine à proximité du laboratoire où sa famille s’était installée, son père lui injecte un de ses sérums mais l’effet n’est pas immédiat. En attendant la petite est placée dans un accélérateur génétique afin d’assurer sa survie, mais ses parents décèderont pendant son hibernation.

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C’est le Dr Herbert Wyndham, l’associé de son père (et qui deviendra plus tard Maître de l’évolution) qui va veiller sur elle pendant des décennies jusqu’à ce qu’il la diagnostique guérie des radiations. Le sérum inoculé des années plus tôt lui confère de nombreux pouvoirs : elle peut voler, projeter des décharge bio-électrique de « venin », possède une vitesse sur-humaine, peut rester accrochée aux murs et est vaccinée contre tout poison. Elle émet également des phéromones qui séduisent les hommes.

En élaborant cette nouvelle identité, le souhait de Wolfman est de démarquer son héroïne le plus possible de son alter ego masculin.
Aux dessins on retrouve Carmine Infantino qui sera présent jusqu’au #19, avant de rejoindre la série The Flash chez DC Comics. A la demande du scénariste, il apporte quelques modifications au costume créé par Marie Severin, notamment une ouverture sur son masque afin de libérer sa longue chevelure.
Sous la plume de Wolfman, Jessica Drew (comme la plupart des héros Marvel) va se retrouver avec des problèmes bien concrets : son passé trouble ne lui permet pas de trouver un travail, et les femmes ne lui font naturellement pas confiance. Il va également lui donner un prétendant en la personne de Jerry Hunt, un agent du SHIELD, ainsi qu’une ennemie du nom de Morgan LeFay.
C’est Mark Gruenwald qui prendra ensuite la relève au scénario, mais les ventes sont loin d’atteindre le même niveau que lors de sa première apparition, tant et si bien que Marvel décide de la faire apparaître dans une série animée en 1979, l’actrice Joan Van Ark lui prêtant même sa voix.

tumblr_m9hgpyj9Oz1qzoglfo1_1280La Maison des Idées avait en effet l’espoir de faire de Spider-Woman leur princesse amazone, au moins du point de vue des produits dérivés. Mais malgré la présence d’un petit groupe de fans hardcore, l’héroïne reste mal perçue. Gruenwald quitte la série un numéro après Infantino, se succèdent alors dessinateurs et scénaristes : Michael Fleisher du #21 au #36, Chris Claremont du #37 au #46 (celui-ci instaurera un lien entre elle et les personnages des X-Men), pour finir avec Ann Nocenti jusqu’au #50.
Ce numéro fatidique où notre héroïne meurt et dont la couverture est une photographie mettant en scène ceux qui travaillaient sur la série à l’époque : Ann Nocenti en Tigra, Mike Carlin, le coloriste Bob Sharen, Mark Gruenwald alors éditeur et sa femme Belinda, Brian Postman, et Jack Morelli. Quant à Spider-Woman, c’est Lynn Luckman, une secrétaire de la Marvel qui enfile la combinaison.

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Dans cet ultime épisode, Jessica aidée de Magnus réussi une fois de plus à vaincre Morgan LeFay, mais celle-ci parvient à rompre le lien entre le corps astral de l’héroïne et son corps physique, laissant celui-ci apparemment sans vie alors que Jessica se résigne à demeurer avec Magnus sur le plan astral.

Il ne faudra heureusement pas attendre longtemps pour que Spider-Woman revienne dans les pages de The Avengers #240 et #241 (en février et mars 1984), épisodes dans lesquels Tigra, les Vengeurs et le Dr Strange réussiront à retrouver son corps et la ranimer.
Mais Jessica va disparaître de la circulation (et perdre ses pouvoirs) pour céder sa place à d’autres Spider-Women, tout d’abord Julia Carpenter dont on fait la connaissance dans Marvel Superheroes Secret Wars (1984), puis « Mattie » Franklin et Charlotte Witter.

Il faudra ensuite attendre The New Avengers #14 et #15 écrits par Bian Michael Bendis et dessinés par Frank Cho pour retrouver notre héroïne, puis elle tiendra un rôle prépondérant dans la saga Secret Invasion. Bendis toujours lui fera d’elle l’héroïne d’une mini série illustrée par Alex Maleev, mais qui n’aura pas le succès escompté, sans parler d’une autre mini série avec les frères Luna intitulée Spider-Woman Origin qui revisite complètement les origines de Jessica jusqu’à son départ initial d’Hydra.

Au final il semblerait que Marvel n’ai jamais vraiment su quoi faire de ce personnage, les causes de sa création étant déjà le signe d’un manque d’intérêt pour celui-ci. Elle est à l’image de ce que les deux éditeurs ont souvent infligé à leurs héroïnes, soit en les reléguant à des rôles d’alter ego féminins de personnages à succès, soit en les remaniant de nombreuses fois afin d’en tirer les meilleurs profits.

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2 commentaires sur “Dans la toile de Jessica

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  1. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec la conclusion. Bien que Jessica ait eu une vie éditoriale assez erratique, elle semble avoir trouvé 2 auteurs qui l’apprécient vraiment chez Brian Bendis (dans son long run sur Avengers) et plus récemment Kelly Sue DeConnick qui centre actuellement Avengers Assemble sur elle, en plus d’en faire un personnage secondaire important pour Captain Marvel. En fait c’est bien simple, c’est mon personnage de comics préféré en ce moment. Ce n’est pas évident d’expliquer pourquoi : ses pouvoirs ne connotent pas vraiment l’araignée sorti de sa capacité à adhérer aux murs, et ses origines multiples et mouvementées rendent difficile l’identification à son parcours. Par contre je trouve que c’est un personnage profondément humain, qui en plus est tombé sur deux auteurs qui ont un talent certain pour le dialogue et le développement des personnages (sans oublier les répliques rigolotes et/ou finement ciselées). N’étant pas très porté cosmique, l’event Infinity ne me passionne pas des masses, même si je reconnais que c’est très joli. Du coup, en plus de la série Captain Marvel, je lis juste la mini-série éponyme et Avengers Assemble, car dans cette dernière on vit plus les événements de l’intérieur, à travers les yeux de Jessica, ça ramène un peu d’humanité dans cette débauche de personnages et d’explosions très « blockbuster » (notamment quand le vaisseau de Captain Marvel est porté disparu et qu’on ne sait pas immédiatement si on reverra l’équipage vivant).

    Bref, je suis très curieux de connaître l’avenir de ce personnage, qui m’a l’air suffisamment intéressant pour continuer à apparaître régulièrement, sans faire partie des personnages incontournables qu’on voit tout le temps partout, et du coup plus ou moins bien traités.

  2. Pas d’accord non plus avec la fin de cet article. Bendis apprécie particulièrement Jessica Drew et a eu à cœur pendant les 10 ans qu’il était en charge des Avengers chez Marvel de réhabiliter ce personnage.
    Tout comme Carol Danvers et Natasha Romanova, Jessica fait maintenant partie des membres féminin incontournables des Avengers et elles ne sont clairement pas en reste niveau visibilité par rapport aux Captain America, Iron Man, Thor et Hulk 😉
    Bref, des changements (positifs en plus!) sont toujours possible chez Marvel 🙂

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