Batwoman #1

Elle était devenue mon Arlésienne. De promesses en reports, elle me faisait languir par ses couvertures hallucinantes, ses previews ahurissantes, puis les échos et les interviews de ses auteurs me confortaient dans mon impatience tout en me rassurant sur le fait que ce livre là, serait l’œuvre la plus importante de ma vie en tant que lectrice, aux côtés de Strangers in Paradise.
Parce que je suis une vieille peau. Il n’y a pas si longtemps encore, je pensais d’une manière un peu arrogante avoir tout vu en matière de comics, je croyais que plus rien ne me toucherais au point de vouloir racheter des singles, et attendre chaque mois le jour fatidique telle une petite délurée qui se retient de faire pipi dans sa culotte avant la sortie d’un album de Tokio Hotel.

Batwoman a changé ça. Et JH Williams III a révolutionné ma perception de la bande dessinée. A tout ceux qui trouvent que son style est trop tape à l’œil, ou m’as-tu vu, trop baroque, trop complexe à lire, alors certes tout les goûts sont dans la nature, mais son art est tout sauf grandiloquent. C’est au contraire un savant mélange de plusieurs styles, de plusieurs influences imbriquées les unes avec les autres, entres celles qu’il utilise depuis ses débuts (Shase, Promethea), et celles qui lui ont forcément été inspirées par son héroïne et sa représentation en tant qu’Icône.

Car Williams III travaille sur Batwoman depuis si longtemps, que cela se ressent jusqu’aux tripes. Il aime son héroïne plus que tout et la sublime de case en case, qu’elle soit l’ange rouge de la justice ou la jeune femme mélancolique et torturée. C’est ainsi qu’on navigue tout le long de ces 22 pages entre le choc et la jubilation visuelle des scènes d’actions et d’ambiance si particulières toujours autant transcendées par la couleur de Dave Stewart, et ces moments plus intimistes où Kate Kane semble semble s’enfermer dans sa tour d’ivoire, comme pour se protéger de ses propres fêlures. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses.

C’est d’ailleurs par le biais de l’une d’entre elle, la fin de sa relation avec Renee Montoya (qui a traversée toute la série 52 parue en 2006, et dont les origines ont été expliquées dans Batwoman Elegy), que l’auteur décide de s’attarder, judicieusement, comme un hommage appuyé à son comparse Greg Rucka.

C’est désormais une nouvelle intrigue amoureuse (mais déjà à peine abordée également dans Elegy) qui démarre ici avec la Détective Maggie Sawyer (qui était Capitaine avant le Rebaunch, c’est un personnage dont j’ai fait allusion dans ma fiche perso sur Renee, remember ?) dont les bases sont envisagées par la promesse d’un rendez-vous.

Les autres moments riches scénaristiquement vont s’appuyer autour de la famille de Kate, que ce soit son père avec lequel elle est en conflit (vous savez pourquoi si vous avez lu Elegy, mais Williams nous l’explique dans une double page dantesque), et sa cousine, Bette alias Flamebird qui malgré sa prestation au sein des Teen Titans doit faire ses preuves aux yeux de Kate, qui lui impose une instruction somme toute militaire, et dont le costume flamboyant a été remplacé par un uniforme d’entrainement. On pourra d’ailleurs aisément faire un parallèle entre ces deux relations, Kate devenant ainsi le mentor que son père était jadis pour elle (wow non mais attendez, j’ai une licence de psy moi les mecs !)

Mais il serait totalement ingrat et absurde de ne pas décrire la fantasmagorique entrée en matière de ce premier numéro à savoir la fameuse Weeping Woman et son aura destructrice, le dessin de Williams impose une dramaturgie froide et implacable, où des enfants se font enlever sous les yeux de leurs parents impuissants, ici encore on est une fois de plus  subjugué par la maitrise de son art, où la fluidité des scènes se conjugue à la perfection avec l’imagerie aérienne et angoissante de nos cauchemars d’enfant. C’est monstrueusement beau.

A cela, il faut ajouter la présence intéressante du personnage de Chase (créé par Williams III), qui ont le sent va pimenter la vie déjà trépidante de notre belle rouquine, et vous obtenez ces quelques pages qui ont été au final à l’image de la naissance d’un enfant issu d’une famille homoparentale : longuement et ardemment désirée, subissant les aléas du mauvais sort faits de reports, d’annulation de dernières minutes et de fausses couches, mais au final, le bébé est là , il est magnifique, et surtout il grandira sagement, surement sous la protection de ses géniteurs (ou de ses génitrices).

C’est une nouvelle génération de comics que DC nous permet enfin de lire. Elle met en scène une femme dans un rôle titre qui non seulement est lesbienne mais qui en plus est loin de faire de la figuration. Elle n’est pas là pour exciter la rétine des lecteurs masculins (elle en est pourtant capable et c’est une très bonne chose !), elle est là parce que l’industrie des comics a changé et s’est diversifié. Et c’est une grande chance en tant que lecteur de pouvoir assister à cela.  Qu’on se le dise, Batwoman Hydrology n’est pas la meilleure série de ce Rebaunch. C’est tout simplement la meilleure série de l’année.

5 commentaires sur “Batwoman #1

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  1. Batwoman a vraiment un côté « créature de rêve ».Les planches sont vraiment magnifiques à regarder.Une fois que je l’aurai, je la placerai entre le Marvels de Buziek et Ross d’un côté et de l’autre, le Wonder woman de Ross.

    Je suis content qu’il y ai du neuf pour Flamebird qui est un personnage que j’aime beaucoup et que je suis depuis de nombreuses années (la crainte que j’ai avec ce type de personnage c’est qu’il y passe vu que beaucoup d’auteurs la considère comme archi secondaire…). Bref, content qu’elle revienne en forme.

    MERCI à toi, Katchoo, de nous tenir toujours informé. Y a pas à dire, tu assures!

  2. C’est beau comme du Planetary de Cassaday… Espèrons qu’il n’y ait jamais de fill-in, ça briserait quelque chose…

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