Des comics et des filles

Je suis sûre qu’il vous est déjà arrivé de penser que vous tenez un chef-d’œuvre entre les mains, alors que vous n’avez pas encore commencé à le lire. Alors vous restez là à regarder la couverture, à la contempler dans le moindre détail, en hésitant un peu à l’ouvrir, pour faire durer un peu ce moment de grâce avant le grand saut.

Dans l’univers de Batman, c’est toujours dans une ruelle sombre que tout commence. J H Williams III est aux commandes, et on est loin des planches déjà très prometteuses  de Promethea.

Ici, les couleurs rouge et noir  fusionnent avec le teint pâle de l’héroïne, le travail de Dave Stewart est monumental. Dans la structure des cases, on reste abasourdi tellement les influences sont nombreuses.  Comme si David Mack avait rencontré Alphonse Mucha.

C’est un véritable régal pour les yeux, d’autant plus que le style du dessin varie en fonction des différentes phases de l’héroïne. Les moments avec Batwoman sont de véritables fresques  tricolores (rouge, noir, vert) peintes à l’aquarelle, les poses des personnages se marient magistralement bien avec les contrastes. Bref, on en prend plein les mirettes.

Dans les séquences où l’on voit évoluer Kate Kane, c’est là que l’on retrouve vraiment l’influence Art Nouveau et Art Déco, jusque dans le look de la demoiselle qui rappelle sans nul doute Tamara de Lempicka, icône lesbienne des années folles.


Voilà donc pour ce qui est du côté image, mais d’un point de vue scénaristique, là aussi c’est du grand art.

« Don’t ask, don’t tell »

L’histoire de Batwoman Elegy (qui se découpe en deux phases, bien distinctes mais complémentaires), est absolument passionnante car elle explore plusieurs facettes du personnage en un seul volume. De son homosexualité, à son désir de protéger les plus faibles, du rapport avec son père et sa soeur, jusque dans son parcours professionnel et sentimental chaotique, le scénario de Greg Rucka lance les bases d’une personnalité moderne et actuelle, en faisant référence directement à des faits réels comme la loi du « Don’t ask Don’t tell » qui interdit aux homosexuels de faire partie de l’armée américaine, à moins de se cacher. Comme de nombreux soldats américains, kate va devoir faire le choix entre son homosexualité et l’armée, quitte à en payer le prix et sacrifier une grande carrière.

Sisters in arms

Cela faisait vraiment longtemps que je n’avais pas senti autant de dramaturgie dans un comic-book. Sans vouloir spolier l’histoire, l’inexorable fin vous laisse sans voix, et en même temps vous vous dites « Je le savais ! J’en étais sûre, bordel !!! » On reste sur le cul, mais on se relève presque immédiatement à trépigner d’impatience pour connaître la suite. Et c’est en lisant ce genre d’œuvre que je sais pourquoi je suis tellement accro à l’univers DC, ce sont ces destins sombres et tragiques qui peuplent Gotham City qui me font véritablement tripper. Je suis d’accord, encore faut-il avoir un scénariste de talent, cela va de soit.
C’est le cas ici, assurément.

Batwoman Elegy est donc l’exemple parfait de la symbiose histoire/graphisme ayant atteint son paroxysme. Il ne vous reste plus qu’à l’acheter, si ce n’est pas déjà fait.

6 commentaires sur “Des comics et des filles

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